Janvier 2016

L’APPAS a deux ans d’existence. Deux années que nous n’avons pas vu passer comme vous avez pu le constater, vous qui nous suivez fidèlement sur notre site et notre page Facebook.

2015 aura été l’année de la concrétisation et de la consécration de notre engagement en faveur de la reconnaissance de l’accompagnement à la vie affective, intime, sensuelle et sexuelle des personnes en situation de handicap ou de perte d’autonomie. Ainsi, en mars, nous avons gagné un contentieux en référé qui a légitimé notre formation à l’accompagnement sexuel. Nous mettons régulièrement en relation des accompagnant(e)s sexuel(le)s et des personnes qui souhaitent bénéficier de ce type d’accompagnement. Et, en juin, l’association a été récompensée pour son engagement controversé par le prix « coup de cœur » de l’OCIRP. Symboliquement, ce trophée est d’une importance certaine.

Pour autant, très pragmatiquement, où en sommes-nous ?

Nous avons aujourd’hui environ quatre-vingts adhérents – près de deux fois moins qu’en 2014 (cent cinquante). Nous avons cent quatre-vingt-dix demandes d’accompagnement sexuel en attente, dont beaucoup ne pourront pas être honorées car ces personnes vivent dans des régions qui ne sont pas (encore) desservies par l’APPAS. Nous avons cent dix-huit postulants à la formation d’accompagnants sexuels – dont certains ne répondent évidemment pas nécessairement aux critères d’admission. À ce jour, nous avons formé vingt personnes, parmi lesquelles douze pratiquent plus ou moins régulièrement l’accompagnement sexuel. Nous espérons en former au moins autant en 2016 afin de pouvoir plus et mieux couvrir le territoire, offrant ainsi davantage de proximité.

De surcroît, nous avons accueilli un accompagnant et une accompagnante sexuels dans notre conseil d’administration pour qu’ils puissent participer aux débats internes et les enrichir par leur expérience et leurs compétences spécifiques.

Cependant, nous avons beaucoup d’autres projets qui restent en suspens par manque de moyens pour les mettre en œuvre. À l’instar de beaucoup d’associations, notre talon d’Achille, ce sont l’argent et les soutiens politiques, bien sûr, mais pas que…

En effet, comment ne pas être interpellé en constatant que nous avons perdu la moitié de nos adhérents en un an. Pourquoi ? Pourquoi alors que 2015 a été l’année de tant de concrétisations. L’année de la réponse à tant de demandes jusqu’à présent totalement ignorées en France par manque de courage et de détermination de la part d’associations qui se contentent de théoriser et de faire de la rhétorique pleine de bons sentiments ? Oui, pourquoi cette désaffection ? En raison de quel mécontentement ? Parce que ça ne va pas assez vite ? Parce qu’on est frustré de ne pas encore pouvoir « jouir » d’un accompagnement sexuel ?

En parallèle, nous avons plus du double de demandes d’accompagnement sexuel. Donc, une centaine au moins de personnes qui veulent être aidées mais ne voient pas l’intérêt de nous aider en retour. Même s’il n’est pas véritablement surprenant, ce constat est désolant et désespérant pour ceux et celles qui donnent de leur temps et de leur énergie, de leurs convictions et de leur courage militant en faveur de cette liberté fondamentale. D’autant que l’adhésion est de seulement 10 € par an pour tous les demandeurs qui n’ont que l’AAH pour vivre. 10 € pour défendre leur cause et leur liberté, obtenir une révision de la loi sur le proxénétisme et la reconnaissance de l’accompagnement sexuel, par conséquent, la possibilité d’espérer « profiter » d’un accompagnement sexuel partout en France. De même que l’adhésion est de 25 € pour les professionnels du médico-social, par exemple. 25 € pour être conseillé, informé, voire accompagné pour le travail éducatif…

Nous n’avons jamais souhaité conditionner l’adhésion, préférant faire confiance au bon sens, à la responsabilité, à la solidarité et à la citoyenneté des personnes qui font appel à nous. Et nous ne le ferons jamais. Toutefois, il faut que tout un chacun soit conscient de nos limites et de nos contraintes. Des limites et des contraintes qui indéniablement nous freinent et nous réfrènent dans nos avancées. Ce qui a forcément des répercussions au niveau des attentes.

Et puis, au-delà de nos contingences pécuniaires, comment pouvons-nous avoir un poids, une crédibilité et une lisibilité mobilisatrice autour de nos valeurs auprès des politiques avec quelque 80 adhérents ? Naïvement, je rêvais de quelques centaines, nous permettant a minima d’avoir une certaine autonomie financière et donc de mouvement, à défaut de pouvoir nous investir dans des projets ambitieux et d’avoir la capacité de faire un réel lobbying auprès des pouvoirs publics et des politiques.

Défendre et soutenir nos actions en faveur de la reconnaissance de l’accompagnement à la vie affective, intime, sensuelle et sexuelle, c’est d’abord défendre une certaine idée de la liberté, de nos libertés individuelles trop souvent bafouées par des moralisateurs dogmatiques, aveugles jusqu’à l’inhumanité parfois. En tant que personne en situation de dépendance vitale, je n’ai jamais considéré que tout m’est dû, que la solidarité va à sens unique et que j’ai tous les droits. Sauf à être un assisté. J’ai appris à assumer mes responsabilités et à me donner les moyens de réaliser mes attentes et de satisfaire mes besoins.

Quoi qu’il en soit, à l’aube de cette nouvelle année, j’émets avec force le vœu qu’il y ait une vraie prise de conscience et que nous soyons rejoints et soutenus par un raz-de-marée de personnes en phase avec nos valeurs et nos engagements pour avoir la possibilité de profiter des élections présidentielles qui se profilent à l’horizon 2017 afin que nos revendications soient écoutées attentivement et prises en compte par les futurs candidats à l’investiture suprême. Suis-je utopique ? Toute avancée repose sur des opportunités politiques. À nous d’en tirer profit avec et pour vous.

Mais pour être entendus demain, nous devons tous nous engager aujourd’hui ! Merci de nous rejoindre et de nous apporter votre expérience et vos conditions.

En attendant, très bonne année 2016 de la part du Conseil d’administration de l’APPAS et de son président-fondateur.

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