Septembre 2019

Édito du Président :

Ça y est, je tourne une page.

Je démissionne de mon poste de président de l’APPAS. Je cède ma place à une nouvelle équipe et une nouvelle dynamique.

Personnellement, j’ai tout donné pendant toutes ces années d’engagement à l’APPAS, et avant, afin de faire reconnaître l’accompagnement sexuel un jour.

Combien de fois ai-je travaillé bénévolement à temps plein, parce que l’APPAS se trouvait prise dans des remous – la gestion d’une association, même petite, est d’autant plus ingrate et instable qu’elle ne repose que sur du bénévolat, c’est-à-dire la bonne volonté de chacune et chacun, les limites, les contraintes et surtout les susceptibilités éventuelles des uns et des autres.

Le bilan de ces six années est néanmoins plutôt positif, me semble-t-il, même si j’ai des regrets, mais on en a toujours. À ce jour :

  • ça fait six ans que nous bravons la justice et sommes confrontés à des politiques qui se voilent courageusement la face, mais aussi à des associations profondément hypocrites et lâches ;
  • ça fait six ans que l’APPAS est l’unique association à oser être en infraction avec la loi sur le proxénétisme, en mettant en relation, en toute transparence – et j’insiste sur ce mot de « transparence » –, des accompagnants sexuels et des personnes en situation de handicap ;
  • nous avons gagné en référé en mars 2015, obtenant ainsi la reconnaissance officielle de notre formation (ce dont d’autres ont aussitôt su tirer profit) ;
  • ça fait six ans que nous disons ce que nous faisons et que nous l’assumons ;
  • en six ans, nous avons formé plus de soixante personnes à l’accompagnement sexuel, reçu plus de 1800 demandes de personnes handicapées et organisé plus de 500 mises en relation ;
  • ça fait six ans que, progressivement, nous avons réussi à faire reconnaître médiatiquement, socialement et publiquement, notre cause, à nous faire entendre – de plus en plus d’associations et de foyers de vie, nous sollicitent, pour des formations mais aussi des mises en relation avec l’intérieur de l’établissement, chose impensable auparavant ;
  • nous avons entamé des négociations avec une grande école de formation en vue d’un partenariat qui devrait voir le jour à la rentrée 2020, offrant ainsi encore plus de poids à la formation à l’accompagnement sexuel.

Côté regret :

  • nous n’avons obtenu aucun soutien financier, aucune subvention et trouvé aucun sponsor, ce qui a considérablement freiné nos actions et notre expansion ; ainsi, nous n’avons jamais pu mettre sur pied des week-ends de sensibilisation et de découverte de la sexualité ; pas plus que nous n’avons eu les moyens de réunir une fois par an toutes les accompagnantes et tous les accompagnants pour leur permettre de se retrouver et d’échanger leurs expériences.

Cependant, au final, mon plus grand regret c’est de m’être heurté au manque d’adhérents, alors même que c’est le nerf de la guerre pour une association qui ne vit et ne peut se développer sans eux. Cette carence est indéniablement préjudiciable à notre cause. Mais d’abord, et avant tout, aux personnes en situation de handicap elles-mêmes. Pourquoi ?

Sur près de 2000 personnes en situation de handicap qui ont fait une demande d’accompagnement sexuel depuis 2015, seules environ 15 % d’entre elles ont adhéré, quand bien même l’adhésion n’est que de 10 € par an pour elles ! Est-ce surprenant ? Non. Pas dans ce milieu où règne l’assistanat et où, donc, pour beaucoup tout est dû, d’autant qu’il y avait prétexte facile du manque de moyens pécuniaires. Au risque de faire péricliter l’APPAS. Oubliant que, sans elle, il n’y aura plus de sitôt d’accompagnement sexuel en France. Et que les chances d’obtenir, un jour, une légalisation de cet accompagnement seront très minimes. Face à ce risque réel, j’invite les personnes handicapées – même si elles ne bénéficient pas pour le moment d’un accompagnement sexuel, par manque d’accompagnant(e) dans leur secteur –, les accompagnant(e)s sexuel(le) et bien d’autres à rejoindre l’APPAS. Qui plus est, détail non négligeable, l’APPAS a géré près de 2000 demandes sans que les personnes responsables des mises en relation ne soient remerciées pour leur engagement, à quelques rares exceptions près. Preuve supplémentaire que tout est dû dans ce milieu.

Être autonome, ai-je appris dans ma vie, ça a un prix, entre autres celui de faire des choix, d’avoir des priorités. Car, handicapé ou non, personne ne peut avoir tout ce qu’il veut dans la vie ; croire le contraire, c’est une illusion dévastatrice. Et rien n’est pire à mes yeux que de se complaire dans son handicap.

Je me bats depuis 40 ans pour que l’autonomie des personnes en situation de handicap soit une réalité et depuis 15 ans pour que l’accompagnement sexuel soit reconnu. J’ai obtenu des avancées irréfutables et majeures, avec la collaboration ou la complicité de partenaires valides et/ou en situation de handicap. Désormais, c’est à d’autres de prendre le relais, de revendiquer leurs droits, de se soulever contre les injustices. J’ai partagé, j’ai obtenu et j’ai fait ce que j’ai pu durant toutes ces années. Si j’ai suscité des vocations, donné du courage et des idées à certaines personnes et l’envie de s’engager à leur tour, j’en serais très heureux.

L’existence m’a appris que la vie n’est pas une question de chance ou de malchance, ni une fatalité comme je l’entends souvent, hélas, mais qu’elle est ce qu’on en fait, avec les moyens qu’on se donne. Brandir son handicap, son AAH, la faute à pas de chance ou que sais-je d’autres, est une erreur fatale. Donc bonne chance à vous dans votre quête de plus d’autonomie et de libertés.

Pour ma part, je vais rester dans le CA de l’APPAS mais je ne ferai plus que des formations, de la sensibilisation et des conférences.

Et je souhaite de tout cœur bonne chance à l’APPAS new-look.

Marcel Nuss

7 réflexions sur “Septembre 2019”

  1. marie paule PELLOUX

    bravo pour cet éditorial courageux, à la mesure de votre engagement.
    c’est un fait avéré dans nos associations-quelles qu’elles soient- qu’il y a un manque flagrant d’implication des personnes qu’elles soutiennent; a quoi bon se battre pour obtenir des droits, des aides techniques si les personnes concernées ne s’en servent pas?
    je suis depuis 20 en assos…j’ai toujours dit que je continuerai tant que j’étais capable de me mettre en colère devant l’injustice et les inégalités…mais maintenant alors que certaines situations me révolte toujours, je préfère les éviter car c’est pas bon du tout pour ma santé!
    prenez soin de vous et des vôtres.
    très cordialement
    Mp

  2. Je n’ai découvert l’Appas et tout ce qui va avec que récemment. J’espère que malgré toutes ces difficultés et toutes ces barrières le « combat » va se poursuivre. Il est vrai qu’il n’y a que très peu d’adhérents par rapport au nombre de personnes qui font appel à vous mais c’est encore un sujet très tabou d’où cette frilosité et les personnes qui font appel à l’Appas n’ont pour beaucoup peut être même pas ne serait ce que les moyens (non pas financiers mais « techniques ») ou assez de « liberté » pour le faire.Bonne continuation à vous M. Nuss.

  3. Bonjour M. NUSS,
    J’ai découvert et pris contact avec des membres de votre association il y a un peu plus d’un an… Mes handicaps psychologiques et des années d’errances et de brutalités liées à celles-ci, aux niveaux sentimental et sexuel, m’y avaient amené (c’était lors de la manifestation HANDICAP & SEXUALITÉS, au 104 à Paris).
    Depuis, de nombreuses associations, en particulier homosexuelles, et hommes et femmes de « bonnes volontés » ont cherché à m’aider à surmonter tous ces handicaps qui condamnent ma vie intime. En vain. Je ne sais trop aujourd’hui qui parmi elles et eux je dois louer ou condamner, eu égard aux souffrances, tortures, douleurs endurées via leurs initiatives. Mais je SAIS la bienveillance et le voeu de beaucoup d’entre elles pour m’éveiller, ou me redonner tous moyens d’accéder à nouveau à ma sensualité, mon corps et les émotions & plaisirs liés. Aussi, en mon nom, je vous remercie et vos équipes pour toutes vos actions. Et puisque rien n’y a fait pour moi dans la vie, la ville et en société, je pense bien cette fois-ci, sans pudeur, tenter d’avoir accès à un renouveau intime grâce à votre association. Je vous présente mes sincères amitiés et reconnaissance, en attendant que votre combat (et les nôtres) soient officiellement reconnus. Thierry Acomat

  4. Eh bien quel choc ! Marcel qui démissionne ! Mince alors, nous perdons notre égérie ! Bon bai va falloir faire avec, comme dans bon nombre de situation, nous allons nous en remettre ! Un sacré bonhomme que ce Marcel ! Bon, il dit qu’il reste dans le CA, au moins nous n’avons pas tout perdu ! En tout cas chapeau l’artiste, enfin non, cette phrase n’est pas indiquée pour cette homme d’un autre acabit, ce n’est pas un artiste mais un funambule ! Chapeau bas monsieur, que de bonheur à vous lire et vous écouter. Grand respect à toi Marcel. Pour finir, je dirais que moult citation pourraient allez à ce grand homme, je garde ma préférée de toute « Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait », Mark Twain et j’ajoute celle-ci, qui, je trouve, va bien à Marcel !
    « Ceux qui pensent qu’il est impossible d’agir sont généralement interrompus par ceux qui agissent. » James BALDWIN A bientôt Marcel

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *