Novembre 2019

Édito de Novenbre 2019

L’assemblée générale est passée, un nouveau bureau a pris ses fonctions. J’ai de nouvelles responsabilités puisque j’ai intégré l’équipe qui s’occupe des mises en relation.

Mettre en relation des personnes porteuses d’un handicap physique ou intellectuel avec des accompagnant(e)s sexuel(le)s, cela me permet étonnamment de… voyager virtuellement et de découvrir ou redécouvrir la géographie de notre si beau pays, que je connais finalement très mal (l’accompagnement sexuel vous amène même à vous cultiver).

Attardons-nous sur la notion de handicap, il existe bien des définitions (dont je vous ferai grâce) et, après tout, chacun a peut-être la sienne. Toujours est-il qu’en matière de demandes d’accompagnement à la vie affective, sensuelle et/ou sexuelle, j’en découvre tous les jours de très inattendues. Cela va de la grande timidité, à la solitude, en passant par l’obésité ou encore le strabisme. Certes, c’est socialement handicapant mais cela n’empêche pas ces personnes de se caresser et de se masturber, elles ne sont pas déconnectées de leur corporéité, contrairement aux personnes que nous accompagnons depuis 2015. D’autres demandes sont très exigeantes et très précises : « Je souhaite être accompagné par une personne entre 20 et 35 ans, brune et mesurant entre 1m70 et 1m80 », comme si l’APPAS disposait d’un catalogue à l’instar des sites d’escort-girls. 

J’avoue que ce genre de requête m’interpelle et m’interroge. Est-ce vraiment le rôle d’une association telle que la nôtre d’accompagner des personnes qui relèvent davantage de spécialistes (sexologue ou psychologue, par exemple) ou encore de la prostitution classique ? Il ne s’agit pas de minimiser la souffrance et les problèmes que ces personnes rencontrent au quotidien, les complexes et manque de confiance que cela peut susciter chez elles. Cela soulève toutefois la question essentielle du cadre d’un accompagnement aussi spécifique que l’accompagnement sexuel. C’est du reste une question que nous nous posons depuis l’origine de l’association.

Après réflexion, il a été consensuellement décidé que le but premier de l’APPAS est de faire prioritairement bénéficier de l’accompagnement sexuel des personnes en situation de handicap coupées de leur corporéité, ne pouvant pas se toucher, se caresser et se masturber. Pour des raisons autant stratégiques, politiques, que pratiques et logiques, il a été d’emblée décidé de poser un cadre précis et restrictif sur cette pratique illégale. Pourquoi ? Juridiquement, nous sommes en infraction avec la loi sur le proxénétisme, pour autant on nous laisse carte blanche et nous travaillons en toute transparence. Le législateur serait-il toujours aussi conciliant si nous acceptions d’accompagner des personnes (dites valides) souffrant de misère affective et sexuelle ? Bien sûr que non, on considérerait – et particulièrement les adversaires à l’accompagnement sexuel – que nous proposons des prestations sexuelles relevant de la prostitution classique, et non que nous proposons une forme de thérapie entrant dans le cadre des préconisations de l’OMS dans sa définition de la santé sexuelle, même s’il est évident qu’un tel accompagnement pourrait énormément apporter à ces personnes (dites valides) souffrant de misère affective et sexuelle, isolées, précarisées et marginalisées. De plus, l’APPAS n’a pas un catalogue d’accompagnant(e)s sexuel(le)s à sa disposition, comme je le disais précédemment. Il y a actuellement au maximum une trentaine de personnes en exercice pour couvrir presque toute la France métropolitaine. Presque, car des régions, dont les DOM-TOM, le nord-ouest ou le centre, sont totalement en déshérence parce qu’il n’y a pas d’accompagnant(e)s formé(e)s. 

Pour des raisons éthiques, stratégiques et logistiques, nous sommes obligés d’avoir des statuts et un cadre clairs et contraignants. Tout en déplorant la souffrance des personnes que nous refusons de mettre en relation, car toute souffrance doit être entendue et accompagnée, ne serait-ce que psychologiquement. Mais ici nous entrons dans le champ du législateur, c’est à lui de faire évoluer les lois, de proposer des statuts et un cadre définissant les limites de la pratique, afin de faire reconnaître l’accompagnement sexuel, comme c’est le cas dans de nombreux pays de la communauté européenne. C’est à lui de poser un cadre juridique humaniste et humanisant pour des situations aussi spécifiques que celles prises en compte par l’APPAS.

Cela n’empêche pas que tout le monde peut se faire son opinion et lancer un débat sur ce sujet.

En tout cas, cela met en lumière l’état dramatique dans lequel se trouve la France sociale et socioculturelle, un état d’abandon et de précarisation qui amène à réfléchir sur la France que nous souhaitons, sur les notions de bien-être, de santé, de justice et de liberté. Mais je laisse à d’autres le soin de mener ce débat.

Sophie

1 réflexion sur “Novembre 2019”

  1. Je comprends parfaitement que l’APPAs respecte ces limites, surtout dans le cadre législatif actuel en France et aussi, il faut le dire, à l’attitude générale relativement négative de la population envers la sexualité depuis quelques années… on parle surtout d’abus, de maladies, de dangers, mais pas beaucoup de plaisir et du bien-être particulier à la sexualité et encore moins de la souffrance qui existe quand une sexualité désirée manque… .
    Cette détresse sexuelle touche cependant un public beaucoup plus large que les personnes définies comme « en situation de handicap » et il serait certainement souhaitable qu’une réponse (l’accompagnement sexuel est une réponse parmi d’autres) leur soit également offerte.
    Dans les formations d’accompagnement, cette question se pose car elle fait aussi partie de la panoplie des motivations qui peuvent pousser une personne à entreprendre ladite formation.
    Alors, si je peux me permettre, que l’APPAs refuse ces demandes pour le moment, mais qu’elle motive son refus et accompagne sa réponse de beaucoup de compréhension et de bienveillance.

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