Nadine

Décembre 2019

– ÉDITO DÉCEMBRE 2019 –

Les éditos se suivent et ne se ressemblent pas. Aussi, pour cette troisième édition, vais-je abandonner la relative distance d’analyse qui avait présidée aux deux précédents pour le billet d’humeur et même de mauvaise humeur. Un énervement qui, de moins en moins contenu, ne demande qu’à s’exprimer et qui vous concerne, VOUS qui sollicitez les services de l’association.
Oui, c’est bien à VOUS que je cause, là ; vous dont je lis depuis quatre ans les questionnaires, les demandes de renseignements, d’interviews et autres sollicitations plus ciblées. A tout cela je réponds aussi sérieusement que mon engagement dans l’asso le requiert, sans compter un temps qui, je le rappelle, est entièrement bénévole (un détail…) 

Concrètement, j’écris (devant un écran) et je parle (au téléphone) – bien qu’il m’arrive aussi de soliloquer mais ça c’est quand j’ai l’esprit égayé par quelques breuvages alcoolisés dont je m’abstiens lorsque je suis au secrétariat. J’écris et je parle disais-je, ça prend du temps, c’est assez répétitif et sans retour particulièrement gratifiant. 
Alors quoi ? Me direz-vous. C’est ton job puisque tu fais office de secrétaire. Une secrétaire ça frappe sur un clavier et ça cause au téléphone non ? 

Si. 

Le problème voyez-vous, c’est qu’après quatre ans de courriels renvoyés et de salive dépensée  j’ai réalisé que, même si je ne suis pas manchote, c’est bien sur les doigts d’une main que je compte les remerciements qui me sont mensuellement adressés.  Alors c’est sûr, ça finit par interroger et provoquer la grimace. 

Serais-je trop exigeante des fois ? Ingrate envers ceux qui ont déjà la malchance d’être dans une situation difficile et qui, en plus, devraient faire preuve de politesse ? Avoir un minimum de considération pour le job fourni ? Qu’en gros ils disent merci ?  Merci d’avoir pris soin de répondre rapidement, merci des précisions apportées à mon cas personnel qui me permettent de comprendre pourquoi je ne suis pas éligible à l’accompagnement – par exemple – ou merci pour votre réponse, tout simplement.  

Evidemment c’est pas drôle d’être d’une quelconque façon empêché par un handicap et de devoir se retourner vers une association pour bénéficier de quelques heures de plaisir et d’attentions délicates,  surtout quand rien n’est fait par ailleurs pour aider à la démarche. Mais après tout, on en veut sa part et basta. Tout comme les hommes valides et comme tout le monde en fait. Donc on demande. Ou plutôt on réclame (vous saisissez la nuance ?) 
Nous, rien ne nous oblige à dire oui à tout le monde, si vous preniez le temps de visiter notre site vous l’auriez compris avant même de vous lancer dans le questionnaire.  

Alors bien sûr je ne vous mets pas tous dans le même sac, que ceux qui ont la gentillesse de manifester leurs remerciements ne se sentent pas visés, c’est aux autres que je cause et aussi à tous ceux (les mêmes peut-être) qui ne jugent pas utile de se délester du minimum de dix balles pour adhérer et aider l’asso à rester vivante. 
Mais qu’est-ce que vous croyez, qu’on baigne dans les subventions et les dons de mécènes ??  

Vous attendez  qu’on vous soulage, qu’on trouve des solutions avantageuses, bien humaines et sensibles, qu’on fasse preuve de toute notre empathie et générosité… pour ne recevoir ni soutien financier ni encouragements divers en retour ? J’sais pas comment vous réagiriez, vous,  mais moi ça commence à m’occasionner de vilaines démangeaisons.

Une petite crise entre deux et elle va se calmer que vous vous dites ?  Mais, pour l’heure, je n’ai aucune raison d’adoucir mes propos. Ce qui me tient ce n’est pas Vous, qui m’arrivez par questionnaires interposés tout auréolés de votre bon droit à bénéficier d’une relation sexuelle juste parce que l’opportunité existe, vous qui de plus en plus souvent n’êtes même pas en situation de perte d’autonomie ou de handicap lourd.  Non, ce qui fait que je suis encore au clavier et au téléphone ce sont ceux qui ont réellement besoin de nous et nous en savent gré, de façon touchante et sincère. Ceux qui ont saisi que derrière le traitement des demandes il y a du boulot, que derrière un site il y a des gens qui l’ont conçu et l’alimentent, que derrière un logo il y a une organisation, un Bureau, que tout ça en fait, mes braves, ce sont DES GENS. Pas des robots, pas des algorithmes. Et pas des gens qui font tourner l’asso parce que cette activité serait le salut de leur santé mentale ou le remède à un ennui chronique.  Nous ne sommes là ni par défaut ni par sacerdoce mais par conviction. 

Je ne parle qu’en mon nom aujourd’hui et votre manque de considération et de soutien me donne souvent envie de vous répondre d’aller…  voir ailleurs – restons corrects. Bien sûr je ne le fais pas puisque je ne quitte pas le poste ; mais pour combien de temps ?  

Défendre la cause de l’accompagnement sexuel  peut s’exprimer depuis des places bien différentes, plus ou moins impliquées et concrètes. Le secrétariat, les mises en relation, sont le pont entre vos demandes et les prestations que, le cas échéant, nous pouvons proposer. Sans ce travail intermédiaire vos questionnaires, vos mails resteraient lettre morte et vous n’auriez qu’à croiser les doigts jusqu’à la Saint-Glinglin. Sans l’engagement bénévole de l’équipe, l’association n’existerait plus. Sans ce que nous y mettons chacun, chacune, de disponibilité, de temps d’écoute, de temps tout court, de confiance, les formations et la boutique ne tourneraient pas davantage. 

Nous n’attendons ni couronnes de laurier ni halos de sainteté, simplement une reconnaissance du travail fourni. Cela passe par des mots et des dons, à la mesure des possibilités d’expression et des budgets des uns et des autres.  Et VOUS qui êtes si contents qu’une telle association s’active dans un contexte qui ne favorise toujours ni son développement ni sa pérennité, réalisez-en la fragilité et prenez-en votre part ! La prochaine fois que vous aurez dix balles en main pour acheter un truc totalement inutile pensez donc à nous. D’ailleurs on a quoi pour dix balles aujourd’hui hein dites-moi ? Peanuts (j’ai la sensation de mendier là…)  

Et, pour ne pas clore le laïus sur la contrariété, j’adresse de francs remerciements à ceux qui  ne sont pas chiches de témoignages reconnaissants, de dons réguliers et de marques de sympathie. Heureusement, il y en a aussi. C’est bien à vous que je penserai lorsque l’avarice en tous genres des autres me désespérera, souhaitant que d’ici quelques mois le constat soit différent…

Et puis c’est bientôt Noël et son cortège de boules, j’ai pris de l’avance, les miennes je les ai déjà déposées là.

A bon entendeur ! 

Nadine MESROBIAN

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