Témoignages

Retrouvez ici les témoignages de personnes accompagnées, de parents, de professionnels ou d’accompagnant(e)s sexuel(le)s…

Bonjour, j’aimerais partager l’expérience que j’ai eu avec un assistant sexuel de l’APPAS, que je remercie vivement pour cet accompagnement agréablement inattendu. Je suis âgée de 45 ans et tétraplégique depuis une dizaine d’années.

Etant seule depuis quelques temps, J’ai fait appel à l’association dans le but de combler un sentiment de manque affectif et retrouver les sensations d’un contact physique avec un homme. D’ailleurs ma démarche portait davantage sur l’envie d’une relation de tendresse que sexuelle.

Après quelques appels téléphoniques pour faire connaissance, je me rends au rendez-vous avec seulement l’idée de me laisser porter au gré du ressenti que j’éprouverais face à cet homme. Rencontre qui nécessitait vu la distance entre nos deux villes une nuit à l’hôtel, que nous allions passer ensemble.

Je fais donc la connaissance d’un homme que je trouve charmant, et très plaisant avec qui je me suis sentie rapidement en confiance. Etant donné que nous n’étions pas limités par le temps, nous avons beaucoup discuté, sommes allés boire un café, et diner au restaurant, la communication entre nous s’est vite établie. Je n’avais toujours pas d’idée précise sur la suite de la soirée jusqu’à ce qu’il m’embrasse mais il s’est créé alors une complicité qui m’a donné l’envie d’une relation plus charnelle que je ne le pensais. J’ai partagé mon intimité avec un homme très attentionné, à l’écoute de mes envies, et qui a su faire face avec gentillesse et prévenance à un incident malencontreux inhérent au handicap. Cette rencontre s’est avérée très bénéfique pour moi, affectivement car ces moments de complicité m’ont redonné confiance en moi et sexuellement m’ont permis de renouer avec une libido que je préférais oublier.

J’apporte ce témoignage pour inciter tous ceux qui n’oseraient pas faire la démarche, de passer au-dessus des tabous imposés par la société car l’affectif et la sexualité sont indispensables à la vie de chaque individu, homme, femme, handicapé ou même valide. Encore merci à l’association APPAS pour l’accompagnement de qualité qu’elle propose.

 

Madame V., 45 ans, nous raconte sa rencontre, en septembre 2016, avec un accompagnant sexuel formé par l’APPAS

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A mes frères et mes sœurs handicapé-e-s,
Dans un livre récent, j’ai dit tout le mal que je pense de la proposition d’un service institutionnalisé d’accompagnement sexuel destiné aux personnes handicapées.

Dans ce pamphlet, je crie, je hurle que reconnaître un droit à l’accompagnement sexuel c’est surtout reconnaître que ces corps-là ne feront jamais envie. C’est avouer que nous ne sommes pas vraiment humains. Demander à la société de s’exprimer sur ce sujet, c’est comme graver dans le marbre et affirmer que depuis toujours, et à jamais, certains corps sont faits pour plaire et d’autres pas. On crache à la gueule de tous ceux et toutes celles qui affirment que les histoires de corps sont plus compliquées que ça. Faites passer le désir dans la moulinette du cadre administratif et institutionnel, il en ressort vide de tout son contenu.…lire la suite

Rémi, opposant à l’accompagnement sexuel

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Assistance Sexuelle – Comment ça marche?

Une personne représente une partie de ce tout que nous nommons univers, une partie limitée dans le temps et dans l’espace. Une personne se découvre elle-même, perçoit ses pensées et ses sentiments comme étant séparés du reste du monde, une sorte d’illusion d’optique au niveau de sa conscience. Cette illusion est un piège qui nous confine dans nos désirs personnels et dans la sympathie pour nos proches. Notre tâche consiste ainsi à nous libérer de ce piège en élargissant notre horizon spirituel et notre compassion, afin de comprendre entièrement tous les êtres vivants et la nature dans son ensemble dans ce qu’ils contiennent de plus beau“. Albert Einstein

Sexualité

Notre façon de considérer les rapports sexuels repose sur un malentendu, à savoir que ceux-ci impliquent forcément quelque chose de spectaculaire. Nous sommes de toute évidence issus de rapports sexuels. …lire la suite

Nina de Vries, accompagnante sexuelle Néerlandaise exerçant en Allemagne essentiellement auprès de personnes en situation de handicap mental

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Je suis âgé de 33ans et souffre d’une infirmité motrice cérébrale depuis ma naissance. Je me déplace en fauteuil électrique et vie en appartement. Je dirai que j’ai un lourd handicap mais que sur l’échelle des lourds, je suis léger. Par ailleurs je suis auteur et interprète dans un groupe de musique. Je traîne aussi sur les scènes slam où j’évolue sous le pseudonyme de ROLLINGMAN. Une grande partie de mes textes parlent de sexualité et de handicap, souvent par le prisme de l’autodérision. Inutile de dire que la scène joue un rôle cathartique, face à mes frustrations.

Il m’arrive de temps en temps de faire appel aux services d’Escort Girl pour répondre aux besoin de mon cerveau reptilien. Je peux tout de même être autonome sur la questions des plaisirs solitaires. Mon témoignage est donc hors de propos si l’on cantonne le rôle de l’assistant à une aide à la masturbation.

Notez que j’ai déjà eu des relations sexuelles et amoureuses ordinaires avec des femmes valides ou non. Mais depuis 3 ans et demi je traverse une longue période de célibat… C’est une pratique que j’assume, car psychologiquement j’en ai besoin mais qui me questionne néanmoins :

– au niveau de l’égo : se dire qu’il faut payer pour avoir accès aux plaisirs charnelles, n’est pas forcément facile à accepter. Même au delà de la dimension « histoire d’amour », quand j’observe mon entourage, mes ami(e)s valides ont des relations d’un soir sans dimension mercantile, je peux donc ressentir une forme d’injustice…

– Je n’ai pas de problèmes avec la morale, cependant j’ai toujours un sentiment de culpabilité en me disant : « Mon dieu tu profites de la faiblesse d’une femme… »

D’un point de vu financier, c’est un gouffre. La basse fréquence d’activité sexuelle favorise de fait une éjaculation relativement précoce. Quand je fait appel à une escort c’est donc sur un temps assez long, une heure ne saurai pas suffisante pour recharger les batterie, pour un second tour de manège et 300€ les 2min c’est assez rageant. Je me trouve donc avec des sessions de 2 h minimum me coûtant 600€.

– Le regard de la société sur ce phénomène est assez intéressant, j’entend par là que quand je parle de cela à mon entourage, les gens ont tendance à me féliciter voir à m’encourager. Alors que si un valide fait appel à de la prostitution, il va tout de suite être blâmé. Même si le tabou s’effrite de plus en plus, je trouve cela révélateur d’un autre tabou…. Celui d’une sexualité normée qui en caricaturant se résumerai à :
« vous les handis, c’est impossible on n’aura jamais de rapports avec vous, alors on vous met des assistantes … ». (il va de soi que je partage votre intérêt sémantique et que le terme « d’accompagnante » est plus approprié)

C’est là où l’effet pervers se fait sentir, au jour d’aujourd’hui j’en arrive à me dire : « Gaëtan, ne te prend pas la tête à séduire, il y a les escorts… Je m’interroge donc sur un aspect « guéthoisant » d’une telle mise en pratique.

– Vous noterez aussi le glissement sémantique qui s’opère. Du mot : « Prostitué » on passe à « Assistant Sexuel », dès lors qu’en est il des valides : « timides, moches, obèses… », doit ont légiférer pour eux aussi ? Car non, les personnes handicapées ne sont pas les seules, à souffrir de misère sexuelle.

Je vous laisse avec un texte que j’ai écris qui parle de près ou de loin de ce sujet.

Etre handicapé

Gaëtan, 33ans, atteint d’Infirmité Motrice Cérébrale

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Ma vie scolaire s’est effectuée dans le milieu ordinaire, obtention d’un bac et 6 mois après je me décide à aller au devant de mon futur employeur. Je prends RDV avec lui et obtiens un poste de secrétaire que j’occupe maintenant depuis 13 ans. Je sors avec mes amis dès que je peux. Pour tous, il est quasi normal qu’une personne à mobilité réduite, travaille, sorte… mais qu’en est-il des relations affectives? Personne n’en parle autour de moi. Le sujet de la sexualité est tabou dans ma famille.

Contrairement à d’autres personnes emmurées dans leurs corps, j’ai de la chance (mais pour combien de temps encore, vu que ma maladie évolue et mes muscles s’affaiblissent peu à peu) de pouvoir me masturber, me donner un peu de plaisir, d’assouvir une envie. Mais à 35 ans ça ne me suffisait plus, puis, être encore vierge me paraissait « une honte ». Comment pourrai-je rencontrer un homme et lui dire : « je suis encore vierge » ? Ca me bloquait totalement. Je voulais surtout me libérer de ce poids et découvrir la sensation de toucher le corps d’un homme, savoir enfin ce qui me plairait dans l’acte et ne plus « l’imaginer ».

Et une rencontre sur internet m’a permise d’expérimenter tout ça. Vous allez dire « oh la ! Si rapidement ! » Non non, il a fallu des heures de discussions avec cette personne, pour que je sois  d’une part, certaine de ses attentions et d’autre part, en confiance totale. Un assistant (ou accompagnant) sexuel, ok, mais pour nous les femmes on ne peut pas faire cela à la va-vite (surtout pour une première fois) il faut une totale confiance pour que cela se passe au mieux. Nous les femmes avons besoin de sentiments pour l’amour contrairement aux hommes.
Mais là dans ma situation, pas question d’avoir de l’attachement pour cet homme. Il a fallu un travail sur moi-même. Puis, je me suis lancée (enfin il m’a aidé à me lancer). Je suis trop peu sure de moi, pour oser lui demander un tel accompagnement.
La rencontre se fait, non sans crainte, ma timidité m’a empêchée de faire certaines choses, de prendre totalement plaisir. Mais je savais enfin ce qu’était une relation intime, j’avais enfin vu un homme avoir du désir pour mon corps biscornu et dans ma tête c’était important de me dire, « Sonia tu peux provoquer du désir malgré ton corps biscornu ». Mais j’avoue, ma principale satisfaction à ce moment là, c’est de ne plus être vierge (un énorme handicap en moins).

Cet homme me propose donc une seconde rencontre afin que je puisse être totalement à l’aise avec mon corps et son corps. Ca a été un moment de plaisir pour moi, je n’étais plus dans l’intention de perdre ma virginité mais de prendre du plaisir.
Je ne regrette en rien d’avoir eu recours à un tel accompagnement au contraire, surtout pour une première fois, c’est rassurant de le faire avec quelqu’un qui maîtrise le handicap (lève personne, trachéo). Je souhaite à toutes celles qui le souhaitent, de vivre une telle expérience mais en France les mentalités évoluent lentement alors on doit le faire en toute illégalité pour le moment mais l’APPAS est là pour faire évoluer les mentalités et on est tous là pour revendiquer le droit à une vie affective et sexuelle.

Sonia, 36 ans, atteinte d’une myopathie (FSH pour préciser) et trachéotomisée depuis 5 ans

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Dans mon travail, on est aidant, au quotidien, et au fur et à mesure on devient le confident.
La solitude, la souffrance, la frustration reviennent souvent sur la table, et puis un jour on me fait une demande. Elle n’a rien de si osée que cela, juste emmener un homme à l’hôtel, le mettre dans lit, le déshabiller, bref, un simple couché comme on dit dans le métier. Ensuite une escorte nous rejoint, je sors, vais faire un tour, un peu plus tard je reçois un sms, je retourne dans la chambre, la fille s’en va, je le rhabille,  le lève, nous partons et c’est tout.

Dit comme cela, rien d’exceptionnel, il a mon âge, un peu plus de 30 ans, mais pour lui c’était une première, il avait enfin pu franchir le pas et faire cette expérience, tout ça parce que nous en avions parlé et que j’avais répondu positivement à une demande pas si saugrenue que ça. Est-ce cela l’assistance sexuelle? On peut dire que c’en est une forme.
Un jour, c’est une femme qui m’en parle, sur internet. Elle aussi est dans ma tranche d’âge. Nous entreprenons donc de lui trouver un escort-boy. La tâche est là, plus compliquée. Je tente d’en contacter quelques-uns, elle, n’osant pas forcément.
Ils sont, pour une bonne partie, homosexuels. Les autres cherchent plus à aller avec des femmes d’un âge certain mais surtout avec une fortune certaine. Le mot « handicap » les fait tous fuir.
La jeune femme me dit que de toutes façons ça n’ira pas, c’est pour une première fois, un parfait inconnu ça ne la rassure pas vraiment, ça l’angoisse un peu, trop même, un inconnu, même beau comme un dieu ça reste un inconnu.

Pour un homme, une belle femme, même inconnue, ça ne pose aucun problème. La sexualité féminine est plus complexe que la sexualité masculine.
Pas avec un inconnu donc, pas sans discuter et faire un peu connaissance, et puis il y a le handicap, même si je ne suis pas loin, mais elle est quand même lourdement handicapée, il faut un lève personne, elle a une trachéotomie, et une ventilation artificielle. Même si je lui trouve un homme finalement c’est pas gagné.

Que faire? Face à tout cela nous finissons par nous dire que le plus simple serait que ce soit moi. Je ne suis pas un travailleur du sexe, je suis un « travailleur du handicap ». En serai-je capable? Je pense que oui. J’ai vécu mes propres expériences, je connais le handicap, il ne me gène pas, je sais ce qu’il faut faire, et comment le faire. Et puis handicap ou pas, une femme est une femme.
C’est ainsi que cette femme a enfin pu vivre sa première expérience. Elle me connaissait un peu, elle avait confiance, moi je connaissais le handicap, nous étions d’accord, pas d’attachement, juste un petit service. Nous avons donc fait cela deux fois, à quelques mois d’écart, le but était simple : qu’elle découvre, acquière un peu d’expérience, et puisse ensuite voler de ses propres ailes, sans porter le poids de son inexpérience.

Et moi? Suis-je devenu assistant sexuel à proprement parler? Est-ce que cela me gène? Est-ce que je referai?
Tout simplement ça ne m’a pas gêné. Assistant sexuel, si c’est le mot, oui, et si un jour une autre femme me demande ce service, eh bien oui, je recommencerai. Pourquoi? Parce qu’on y a tous droit, et qu’il n’y a pas que les trottoirs qui doivent être accessibles, et qu’à mon sens je n’ai fait de mal à personne… au contraire.

Julien, 34 ans, auxiliaire de vie à domicile et accompagnant sexuel occasionnel

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Je pense qu’il est important d’autoriser la profession d’assistant sexuel car il y a beaucoup de personnes en situation de handicap qui ne peuvent pas faire autrement car ils n’ont pas l’usage de leurs mains. Par conséquent ils ne peuvent pas subvenir à leurs besoins tout seuls. Ce qui fait qu’ils vivent constamment dans la frustration et peuvent être agressifs. J’estime que ce n’est pas aux aidants familiaux de les aider dans ces actes, parce que cela peut créer une gène ou une tension pour les deux individus. Cela peut même aller très loin quand la personne est désemparée. Il est déjà arrivé qu’un résident de structure demande ce genre de choses à un autre. Dans ces cas, il est important, à mon sens, qu’il y ait des professionnels formés qui répondent à ces demandes.

Il y a aussi tout l’aspect de réappropriation du corps, car lorsque que nous sommes en situation de dépendance physique, nous ne nous retrouvons, que très rarement, seul avec notre propre corps et avons cette impression d’être des objets de soins. C ‘est aussi le rôle du professionnel du sexe : aider la personne à se réapproprier son propre corps. Ensuite, il ne faut pas oublier que certaines personnes en situation de handicap souffrent d’isolement. Par conséquent, des rencontres avec ces assistants sexuels seraient les seules solutions pour eux de pouvoir se soulager sexuellement. Il faut prendre cette solution comme une possibilité à part entière et ne pas la confondre avec de la prostitution car ce n’est pas du tout la même chose, selon moi. En effet, l’assistance sexuelle doit être perçu comme un accompagnement pour ceux qui ne peuvent pas faire autrement. Il lest donc important de militer pour la cause de l’APPAS.

Hélène FRANCK, 22ans, en situation de handicap, élue en commission de la jeunesse Franche Comté

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Dans ma pratique professionnelle, je suis quelquefois témoin (pour ne pas dire souvent) d’inepties et d’incompréhensions de la part des soignants, quelques soient leurs fonctions, d’ailleurs.

Je ne supporte plus ces manques, ces décisions d’autorité que j’associe à une forme de maltraitance d’autant plus insupportable qu’elle est bein pensante.

J’ai mûrement réfléchi, j’ai beaucoup lu, je me suis documentée à défaut de pouvoir suivre en France une formation qui n’est pas autorisée… je souhaiterais proposer mes services comme accompagnante sexuelle, car je suis intimement convaincue que je pourrai réellement apporter ma pierre à l’édifice, que ça me plairait et que je pourrait être utile.

Marie, 38 ans, infirmière

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Je trouve déplorable que dans notre société dite évoluée, nous soyons obligés, nous soignants de personnes en situation de handicap, d’attendre l’accord des Tuteurs ou Tutrices pour conduire les personnes qui nous en font la demande à des professionnel(le)s du sexe !

J’ai appris récemment que des demandes avaient été faites depuis 3 ans !
Ou va t-on ? 
Pourquoi le droit au sexe gêne t-il tant que ça ?
Et si on privait ces Tuteurs et Tutrices de sexe pendant des années, qu’en penseraient-ils, eux ?
Franchement déplorable !

Continuez votre combat, l’équipe de l’APPAS, et croyez bien que je serai la première à militer avec vous !

 

Emilie, 50 ans, Aide Medico Psychologique en Maison d’accueil spécialisée et Foyer d’accueil médicalisé

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Pour être tout à fait honnête, j’ai toujours eu envie d’être travailleuse du sexe sans jamais oser passer à l’acte, trop dangereux, incertain, réprouvé par la morale.

Je me retrouve beaucoup dans le témoignage magnifique d’Aline, la prostituée, publié dans Langue de Putes : « Et si les gens étaient fait pour s’aimer ».

Ma vie est passée, je me suis mise en couple, j’ai élevé mes enfants en me coupant du monde professionnel… Les enfants ont grandis et j’ai décidé de faire une formation d’aide-soignante.

Durant cette formation, lors d’un stage, j’ai vécu une expérience sensuelle avec un monsieur lourdement handicapé.

Cette expérience m’a profondément marquée, je me suis posée plein de questions : suis-je normale, suis-je perverse… ? J’ai même consulté une psychothérapeute qui m’a plutôt rassurée.

Alors j’ai commencé à faire des recherches, j’ai découvert l’existence du « métier » d’assistante sexuelle dans les pays du nord de l’Europe, de la formation en Suisse… J’ai lu des livres de Marcel Nuss, de Catherine Aghte Diserens et Françoise Vatré, je suis allée à des colloques sur la question du handicap et de la sexualité, j’ai rencontré des militants de la cause…

Tout ça me trottait dans la tête mais, travaillant à temps plein dans un hôpital, je n’avais ni le temps ni l’énergie pour me lancer dans une telle aventure.

Jusqu’au jour où épuisée par mon travail, j’ai saisi une opportunité pour travailler à mi-temps. Là, je me suis dit que c’était le moment de passer à l’action, c’était 3 ans après ma fameuse expérience de stage…

Cela fait maintenant 9 mois que j’ai commencé à rencontrer des personnes en situation de handicap pour des rendez- vous intimes et sensuels.

A mes premiers contacts qui ne comprenaient pas bien la différence avec la prostitution, j’expliquais que je n’avais aucune obligation de résultat. Que c’était avant tout une rencontre entre un homme et une femme. Certes, il y aurait des massages, des contacts peau à peau, des caresses érotiques et sensuelles, mais n’étant pas une escort, je ne me sentais pas obligée d’aller plus loin. Je fonctionne au feeling…

Je me suis rendue compte qu’il n’y avait pas une assistance sexuelle mais bien des assistances sexuelles comme autant de handicap.

J’interviens auprès de personnes qui n’ont pas ou plus accès à leur corps, comme des myopathes ou des malades souffrant de sclérose en plaque.

Ou encore des personnes qui ont mal accès à leur corps, comme des IMC ou d’autres nés avec des maladies génétiques très invalidantes.

Enfin, je vois aussi des hommes paraplégiques victimes d’accidents de la voie publique.

L’approche est donc très différente selon que je rencontre un homme qui a connu une vie sexuelle de valide antérieurement, ou une personne qui n’a pas ou peu d’expérience en la matière.

C’est sans aucun doute avec des personnes en situation de handicap de naissance, que j’ai le plus le sentiment de faire de l’accompagnement sexuel. Car je ne prodigue pas seulement des caresses, je partage ma connaissance de la sexualité, j’ai un rôle pédagogique. Les hommes IMC veulent savoir comment faire l’amour à une femme, ils se demandent s’ils vont être capables de lui donner du plaisir. Certains sont dans l’action à tout prix ce qui me complique beaucoup les choses à cause de leurs mouvements athétosiques. A défaut de câlins, je cherche à éviter les coups. Je dois alors expliquer sans vexer que c’est d’abord dans le lâcher-prise qu’une rencontre sensuelle sera possible. Certains comprennent et évoluent, d’autres, découragés, ne m’ont pas recontactée… Dans ce genre de situation, j’aimerais pouvoir échanger avec des professionnels du handicap, des sexothérapeutes, des médecins, des psy… Peut-être que l’APPAS pourra m’apporter des réponses, c’est vrai que je me sens assez isolée parfois…

Parmi tous ces hommes, il y a une femme qui n’a pas accès à son corps et que j’ai rassurée sur ses capacités à ressentir du plaisir sexuel. Je lui ai confirmé qu’elle n’était absolument pas handicapée de ce côté-là. Je me suis inquiétée de lui avoir fait découvrir cette chose merveilleuse qu’est la sexualité féminine comme une boite de Pandore ouverte sur un monde de frustrations. Elle m’assure que je lui ai « sauvé la vie » et qu’elle est suffisamment grande pour savoir gérer les frustrations, comme elle l’a toujours fait dans sa vie semée de frustrations…

Là encore, j’aimerais pouvoir échanger sur ce sujet : on fait découvrir un univers extraordinaire et qui semble infini à des personnes qui ne faisaient que l’imaginer… Et après il se passe quoi pour elles ? Il ne faut pas se leurrer, rares sont ceux qui pourront vivre une sexualité en dehors d’une rencontre tarifée…

J’aime énormément cette activité qui m’apporte beaucoup sur le plan humain et qui m’a révélée à moi-même. Je m’y sens à ma place, il me semble faire ce pourquoi j’ai toujours été faite, car la sexualité a toujours tenu une place primordiale dans ma vie liée au lien privilégié que j’entretiens avec mon propre corps. Depuis toujours je suis à l’écoute de celui-ci grâce à une pratique assidue de la danse, du chant, du sport, du yoga…

Il me semble que je reste dans le domaine du soin en exploitant des aptitudes particulières qui ne peuvent pas s’exprimer dans mon métier d’aide-soignante.

Le plus difficile à gérer reste mon compagnon qui souffre de cette situation et qui a du mal à comprendre mon engagement malgré son ouverture d’esprit et notre entente sexuelle. Il a aussi très peur pour moi, peur que je sois reconnue, peur de me perdre… C’est la raison pour laquelle je ne sais pas si je pourrai poursuivre cette activité encore longtemps…

L’autre problème est que j’exerce dans la clandestinité et que mon travail n’est pas comptabilisé pour ma retraite.

Dans une société idéale, je rêve que l’assistance sexuelle puisse s’exercer en toute transparence en collaboration avec une équipe pluridisciplinaire, dans la reconnaissance de la sexualité comme acte de soin pour les malades et les personnes en situation de handicap.

J’espère qu’une association comme l’APPAS sera en mesure de faire bouger les mentalités en France.

 

Léonore, accompagnante sexuelle

 

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Je suis éducatrice spécialisée pour l’Associations des Papillons Blancs de Dunkerque. J’accompagne des personnes adultes déficientes intellectuelles dans un service d’accueil de jour.
Je suis moi-même sensibilisée également par la question liée à la vie affective et sexuelle car je suis bisexuelle et fais partie d’une asso gayfriendly à Dunkerque. Les difficultés que j’observe dans ma vie professionnelle quant à la vie affective et sexuelle des personnes que j’accompagne : les personnes n’ont pas ou peu d’information et  d’éducation sur le corps et encore moins sur le sexe. J’ai pu constater cela en évaluant les personnes afin de créer des groupes paroles sur la vie affective et sexuelle, que je réalise une fois par semaine avec un psychologue.
Peu de personnes savent nommer les parties de leur corps, ils ont bcp d’à priori également sur le sexe, « c’est sale ». Beaucoup d’idées reçues aussi sur le sexe de la femme comme si elle n’en avait pas. Les émotions ne sont pas connues non plus, ou peu. Elles ne sont pas parlées. Il y a la peur de  parler de ce sujet aux parents, même aux professionnels. Certains professionnels ne savent pas non plus toujours répondre à ces questions quand elles apparaissent, notre formation est très variée, beaucoup de sujets, mais pas toujours d’approfondissement. Nous travaillons pour les groupes paroles avec le support de la valisette « des hommes et des femmes ».
Je pense que l’accompagnement à la vie sexuelle serait bénéfique pour ces adultes en recherche, demande, besoin d’affection et aussi de relation sexuelle avec un partenaire (ou même pour apprendre à se toucher seul). Ils ne trouvent pas toujours ce partenaire car ils habitent en famille et ont peu de possibilités de rencontrer des personnes dans la même demande qu’elles et dans la possibilité de leur apporter en toute sécurité et dans le respect ce qu’elles recherchent.
Je pense que des assistants sexuels formés pourraient procurer un réel épanouissement aux personnes que j’accompagne. Comme pour toute personne adulte, la sexualité est source d’épanouissement. Quand elle ne peut pas s’exprimer en mots ou en actes, cela est source de frustration, de violence, de régression… En tant qu’éducatrice spécialisée, je ne peux pas répondre à ce besoin exprimé par les personnes car je ne me sens pas apte et formée à cette démarche. J’attends donc que de nouveaux professionnels (les assistants sexuels) complètent ce que je ne peux pas faire et ce que je sais pourtant serait  bénéfique et nécessaire pour les adultes que j’accompagne.
S’il existait des assistants sexuels en France je pourrais orienter certaines familles et certaines personnes dans ces demandes.
Actuellement je ne peux que faire des groupe paroles sur ce sujet, malheureusement aussi à contre cœur refréner les élans affectifs de certains adultes envers certaines jolies femmes abordées maladroitement au hasard dans la rue ; j’attends de ces assistants sexuels qu’ils accompagnent de façon respectueuse, digne et personnalisée les demandes des personnes : des simples caresses pourraient parfois être suffisantes, ou des mains à guider pour apprendre à se masturber ; un accueil des parents, un dialogue pour rassurer, j’attends aussi bien sur des assistants sexuels  pour les femmes et les personnes homosexuelles.

J’espère que mon témoignage pourra vous aider, merci à vous de lutter pour ce droit, tenez bon !

 

Nathalie, éducatrice spécialisée

 

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Je m’appelle Pierre, j’ai 55 ans, et je suis atteint d’ostéogenèse imparfaite, maladie dite des « os de verre ». J’ai une forme sévère de cette maladie, puisque je ne marche pas, et je peux difficilement m’assoir. Je vis donc allongé, au niveau du sol, dans un appartement totalement adapté, qui me permet d’être indépendant et autonome.

J’ai une vie sociale et amicale que je qualifierais de « normale », contrairement à ma vie sexuelle et amoureuse qui était inexistante, jusqu’à il y a peu. A cause de mon physique, les femmes se détournaient de moi, et même s’il m’arrivait de penser à faire appel à des prostituées, cela m’était très difficile, puisque j’ai vécu en famille jusqu’à l’âge de 48 ans.

Une fois que j’ai réussi à quitter ma famille, j’ai commencé à y penser plus sérieusement… Malgré tout, je dois avouer que j’avais peur, ne sachant pas comment m’y prendre pour faire venir quelqu’un chez moi (je ne peux pas me déplacer seul), avec les risques que cela présentait, et sans savoir si j’étais « capable »… Et puis cela n’était pas ou plus vraiment une urgence, ayant presque fait mon deuil de certaines choses, et la relation amoureuse me manquant nettement plus que la relation physique….

Début 2011, je me suis quand même décidé à aller sur un site de rencontres « libertines », pour ne pas mourir sans avoir connu au moins une fois un corps de femme, et très rapidement, je suis rentré en contact avec une escort, qui a accepté de venir chez moi. Après quelques discussions par internet et par téléphone, un rendez-vous fut fixé. Le hasard ou le destin a voulu que je me casse un bras, quelques jours avant la date de ce rendez-vous, et après un long séjour à l’hôpital, c’est une amie qui m’a fait l’immense cadeau d’être ma « première »… Mais ceci est une autre histoire….

Après, j’ai quand même voulu reprendre rendez-vous avec l’escort rencontré sur le net, avec qui j’étais toujours en contact, et qui était même venue me rendre visite « amicalement », à l’hôpital… Heureusement que cette première expérience avec une escort n’a pas été ma première expérience tout court, car ce fut un véritable échec, et je dirais même une arnaque. Nous nous entendions pourtant assez bien (j’ai d’ailleurs toujours de ses nouvelles), mais quand elle est venue, elle est restée habillée, et j’ai eu juste droit à une fellation avec préservatif, le tout pour 200 euros… Un peu décevant, malgré tout…

Ensuite, sur le même site web, j’ai rencontré une jeune étudiante qui a accepté de venir. A notre premier rendez-vous, elle n’était pas très à l’aise, et j’ai appris que j’étais son premier client. Mais elle est restée, et tout s’est très bien passé. Elle avait un peu peur et ne savait pas trop comment s’y prendre avec moi pour ne pas me faire de mal, mais j’ai su la rassurer, et finalement nous en avons ri. Ensuite elle est venue régulièrement, pendant plus d’un an, et même une fois elle est venue par surprise, et sans me demander de l’argent. Et puis elle a arrêté, malheureusement, à cause de ses études ou d’un amoureux, je n’ai jamais su…

Après, j’ai rencontré une autre jeune femme, toujours sur le net, qui d’abord a refusé ma proposition, puis l’a accepté. Elle aussi est venue régulièrement chez moi, pendant environ 9 mois, parfois c’était pour une visite « amicale », et d’autres fois pour une relation tarifée… Sexuellement, c’était très bien, mais sa relation avec moi était bizarre… Pourtant je ne me suis pas assez méfié d’elle, et lors de sa dernière visite, en mars, où elle m’a sorti le « grand jeu », elle a réussi à me voler 2 chèques non libellés. Et elle en a encaissé un (700 euros…), avant que je m’en aperçoive…

Voilà toutes mes expériences… Depuis je n’ai vu personne, n’ayant pas été en contact avec quelqu’un en qui je pouvais avoir confiance, ma dernière rencontre m’ayant pas mal refroidi. J’ai un site spécialisé dans les escorts, site qui est sans doute plus « sûr », mais les tarifs demandés sont assez élevés, voire trop élevés pour moi….

Aussi, dans le projet de l’APPAS, je trouve que la création d’un site internet est une idée très intéressante. Il existe beaucoup de sites de rencontres sexuelles, sur le net, pour ça, ce n’est pas très difficile de rentrer en contact avec des femmes, mais ces sites sont pollués par ce que j’appellerais des « arnaqueuses », et il est très difficile de faire le tri. De plus, les personnes en situation de handicap sont souvent vulnérables, en manque affectif et sexuel, et sont des proies idéales pour des personnes qui savent très bien s’y prendre, j’en sais quelque chose.

Alors si votre site peut mettre en relation des travailleurs du sexe avec des personnes handicapées, par votre intermédiaire, et en filtrant les personnes néfastes ou dangereuses, c’est à mon avis une très bonne chose pour ceux qui comme moi qui veulent juste un peu de plaisir et de douceur, sans prendre trop de risques…

Je vais donc suivre l’évolution de l’APPAS, d’autant plus que je suis adhérent, et je vous souhaite beaucoup de forces et de courage, avec cette stupide politique abolitionniste prônée par le gouvernement actuel, tout comme le précédent.

 

Pierre Nazereau, 55 ans, atteint d’ostéogenèse imparfaite

 

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Je m’appelle Nanou, j’ai 32 ans. Le témoignage que je vous apporte se déroule entre l’âge de mes 18 et mes 25 ans, date de mon premier mariage.

Après plusieurs petits boulots en tant que serveuse puis hôtesse, prenant conscience que j’étais une fille « pas trop mal fichue », et que je plaisais aux hommes, j’ai décidé de me mettre à mon compte en tant qu’escort girl.

J’ai pratiqué cette activité pendant quelques années en ayant, au fil du temps, une image de plus en plus dégradée de moi…

Puis j’ai rencontré mon second mari, qui deviendra le père de ma fille. Il était porteur d’un handicap.

J’ai découvert qu’il avait un « autre contact », une autre image de l’amour et du sexe.

A partir de là, mes rencontres avec des personnes en situation de handicap furent de plus en plus fréquentes et je pris conscience de leur « manque de sexe et de sensualité » et de leur souffrance face aux regard des autres. C’est ainsi que commença ma vie d’accompagnante sexuelle. Une vie entourée de handicaps, sans rien connaître du handicap. Je n’y ai toujours vu que le côté humain et sexuel, et non « pathologique », que je laisse aux médecins.

Au bout de 6 ans de vie commune, j’ai décidé, il y a un an, de quitter le père de ma fille. Je suis aujourd’hui devenue son auxiliaire de vie et son accompagnante sexuelle.

Je rencontre également des hommes en situation de handicap et suis navrée de savoir, que, quelque part, j’ai déjà du en blesser certains, notamment sur le plan de l’affect de certains, plus sensibles.

Aujourd’hui, en me tournant vers l’APPAS entre autres, je fais le choix de me documenter, de parler avec des personnes connaissant le sujet de l’accompagnement sexuel afin de pouvoir recommencer cette nouvelle vie à mi temps.

 

Audrey, 32 ans, travailleuse du sexe

 

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Ayant accompagné une personne atteinte d’Infirmité Motrice Cérébrale dans la démarche de trouver des réponses à ses besoins affectifs par l’assistance sexuelle, je puis confirmer que les personnes rencontrées ont un respect et un savoir-être qui donnent franchement des leçons de vie. Ça se situe tellement dans une autre dimension que ce n’est pas comparable du tout à de la prostitution. Il serait judicieux que les politiquent aillent à la rencontre des personnes plutôt que de juger depuis un bureau tellement loin du cœur de la vie.

 

Jean-Paul Rase, 51 ans, moniteur éducateur

 

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