Edito de mai 2017

Par Noémie RIMBOURG

Formatrice en santé sexuelle, membre du Conseil d'administration de l'APPAS et référente régionale

Favoriser une démarche en santé sexuelle à l’APPAS, qu’est-ce que ça veut dire ?

 

L'Organisation Mondiale de la Santé ne cesse de rappeler que la santé sexuelle est avant tout un état de bien-être physique, mental et social dans le domaine de la sexualité et ne consiste pas uniquement en l'absence de maladies sexuellement transmissibles. Il s’agit donc de sortir du discours visant le « tout protection » que nous évoquent les premières campagnes de lutte contre le VIH « sortez couverts », en prenant en compte une approche globale de la personne, de sa santé et de sa sexualité. Cela n'empêche pas de favoriser l'accès à une information sur les risques de transmissions des IST et leurs modalités de dépistage. Ce travail a d'ailleurs été initié cette année par l'APPAS qui a intégré ces informations à sa formation initiale d’accompagnants sexuels. 

 

Il me semblait important, à travers cet édito, de questionner plus en profondeur les différentes dimensions et enjeux relatifs au concept de santé sexuelle, dans le contexte d'une association qui se place à l'interface du handicap et de la sexualité.

Je propose tout d’abord de faire un détour du côté des représentations de la santé, car santé sexuelle et santé ne vont pas l'une sans l'autre. 

 

Pour commencer, il faut dire que nous avons, dans nos sociétés occidentales de tradition cartésienne, opposé le corps et l'esprit jusqu'à naturaliser cette distinction à travers des classifications de handicaps mentaux et de handicap physiques, traduisant une conception de l'humain coupé en deux et instaurant une forme de hiérarchie entre les deux parties. Par exemple, pour rester dans le cadre de l'APPAS, même s'il existe de nombreuses autres illustrations ailleurs, accompagner des personnes en situation de handicap mental est parfois considéré comme plus délicat, nécessitant davantage de sensibilité, de résistance ou d’expérience. Ainsi il serait plus difficile d'appréhender l’esprit que le corps.

 

D'autre part, avec l'apparition des sciences dites «  dures » comme la biologie et la médecine, puis des sciences humaines et sociales, nous avons opposé les savoirs « ordinaires », « populaires » aux savoirs « scientifiques », légitimant aujourd’hui une forme de suprématie du discours académique et du discours biomédical qui véhicule une vision organique et pathologisante de la maladie et donc de la santé. La recherche anthropologique nous apprend pourtant qu’il existe une pluralité de système médicaux et d’itinéraires thérapeutiques, dans le monde, mais aussi à l’intérieur même de notre pays. A l'ère de la globalisation et des voyages, notre rapport à la santé est en train de changer, en s'inspirant d'autres conceptions dans d'autres sociétés. Il n'y a qu'à regarder du côté de l'engouement pour les médecines dites « parallèles » (comme si elles n'allaient jamais être amenées à rencontrer les autres) ou mêmes pour les tradi-praticiens, pour constater que la réponse biomédicale ne suffit plus à elle seule. Ces limites sont également constatées lorsqu’il s’agit de prendre en charge des situations qui ne peuvent plus faire l’impasse d’une approche globale sous peine d’être mises en échec, parfois par les premiers-ières concerné-e-s. La dimension vécue de la maladie est alors mise sur le tapis, il s’agit désormais de considérer les savoirs dits « ordinaires » ou « expérientiels » des malades.

 

Une autre réflexion relative à nos représentations sur la santé dans nos sociétés, est notre tendance à médicaliser, à pathologiser certains aspects qui, dans d'autres sociétés, ne font ni l'objet d'une prise en charge particulière, ni d'un traitement biomédical : c'est le cas du traitement de la ménopause par exemple. Dans le cadre de la sexualité, on pourrait aussi citer l'arrivée du viagra qui marque une forme de pathologisation de la sexualité, la renvoyant à sa dimension organique.

 

Au cœur de toutes ses constructions culturelles et sociales relatives à la santé, mais aussi des nouvelles prérogatives clamant l'intérêt de considérer la santé sexuelle comme un état d'équilibre, l'APPAS agit sur plusieurs dimensions : la sexualité, la santé sexuelle et la reconnaissance des savoirs ordinaires.

 

En agissant dans le domaine de la sexualité qui, nous le savons, est loin d'être une pratique mécanique, l'APPAS ne peut que faire exploser l'opposition entre le corps et l'esprit en proposant un accompagnement sexuel qui prend en compte la personne dans toutes ses dimensions : physique, affective, émotionnelle, sociales, environnementales...

 

L'APPAS propose également des accompagnements sexuels au nom de la santé sexuelle en envisageant celle-ci comme un équilibre. L'association ne considère pas l'accompagnement sexuel comme une fin en soi, pour tout le monde et à tout prix mais comme la possibilité laissée à celles et ceux qui pourraient y trouver un équilibre dans leur sexualité, d'y faire appel.

 

Enfin l'APPAS, et c'est ce qu'il me paraissait important de souligner ici, revendique notamment à travers les formations qu'elle délivre, une reconnaissance des savoirs « ordinaires ». Il s'agit des compétences que chacun-e acquiert au cours de la vie, desquelles naissent des intuitions et des savoir-être, mais aussi parfois des savoir-faire. Ces savoirs ordinaires sont mobilisables dans le domaine de l'accompagnement sexuel. Reconnaître ces savoirs, c'est aussi reconnaître la capacité de chacun-e à faire les meilleurs choix le ou la concernant. Ceci est valable pour les accompagnant-es sexuel-les formé-es mais aussi pour des personnes en demande d'accompagnement sexuel. Reconnaître ces savoirs ordinaires c’est enfin refuser de proposer des réponses toutes faites ou des catalogues de connaissance à acquérir pendant les formations. Parce que lorsqu'il s'agit de travailler ou d'étudier des humains, et la crise des sciences humaines et sociales en témoigne aujourd'hui, il est impossible d'être dans une science exacte. Cela nécessite une adaptabilité quotidienne à la diversité des situations individuelles rencontrées, sans possibilité d’établir des lois générales. 

 

Nous le savons, l’APPAS demande une reconnaissance légale de l’accompagnement sexuel. Faisant face à de nombreux blocages moraux liés aux représentations du handicap, de la sexualité et de la prostitution, elle est aussi confrontée à des blocages liés à nos représentations de la santé en générale, de la santé sexuelle en particulier, mais aussi liés à la non-reconnaissance des savoirs ordinaires dans nos sociétés. 

 

Si l'APPAS continue de lutter pour contourner ces blocages et faire reconnaître sa cause, elle doit être reconnue dans son expertise s’appuyant sur des savoirs ordinaires. Car c’est précisément ça favoriser une démarche en santé sexuelle. Pourvu que le message soit entendu et que la santé sexuelle ne soit pas mobilisée, instrumentalisée dans le champ du handicap, et de l’accompagnement sexuel, à des fins pathologisantes qui n'ont jamais été revendiquées par l'APPAS.

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