Janvier 2017

« Tel est le sens le plus profond du mot humanité : que nous sommes un lien, un pont, une promesse »

Henry Miller, Sexus, 1949

La nouvelle année est toujours une promesse : celle d’une suite meilleure, d’un avenir serein, d’une renaissance. Pour l’APPAS, et la cause qu’elle défend, nous souhaitons que 2017 soit l’année de la reconnaissance.

Il est difficile d’admettre que la liberté sexuelle rencontre encore aujourd’hui tant de détracteurs et doive être défendue avec tant d’ardeur. Et pourtant, les lancinants lieux communs sur l’accompagnement sexuel sont légions : « La personne handicapée a besoin en priorité de liens, d’une vie relationnelle satisfaisante [1] ! », « Les personnes handicapées ont bien entendu envie de pouvoir rencontrer quelqu’un [2] ».

Il est ainsi douloureux de constater qu’il n’est pas socialement admis que « le handicapé » ait des désirs aussi variés que tout être humain.

Le handicap, quel qu’il soit (mental, moteur, social), aurait un dénominateur commun : chercher une relation amoureuse stable. La surprise sera de taille pour certains lecteurs, mais il faut sans plus attendre les informer d’une réalité difficilement contestable : d’après les termes de la loi n°2005-102 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées (article 114),  « Constitue un handicap (…) toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d’un polyhandicap ou d’un trouble de santé invalidant. » Ainsi, le handicap peut consister en une perte de libido, mais bien plus souvent il s’agit de la perte d’autres aptitudes, ce qui laisse persister un désir sexuel ! Il s’en suite que les désirs et aspirations d’êtres humains handicapés sont aussi variés que ceux de tout être humain : du romantisme au fétichisme, du sadomasochisme à l’asexualité.

De longue date, la Cour européenne des droits de l’homme permet à chaque citoyen de mener sa vie sexuelle comme il l’entend, même si son choix n’est pas celui du “plus grand nombre“.

Il ne vient plus à l’esprit de quiconque (en terres civilisées) de condamner l’homosexualité, de jeter l’opprobre sur celui qui préfère les unions d’un soir à l’union sacrée, ou d’interdire les mariages entre personnes ayant une grande différence d’âge.

Nous avons enfin pu séparer la sexualité de la reproduction, alors que l’épouse a été si longtemps assignée à son rôle dédié de mère de famille et rejetée quand elle ne pouvait le satisfaire. Fort heureusement, il n’est plus admissible (en terres civilisées toujours) de reprocher à une femme son choix de ne pas avoir d’enfant. Si séparer la question de la sexualité de celle de la reproduction est une avancée sociale, pourquoi refuser de la séparer de celle des sentiments amoureux ? Pourquoi renvoyer à l’image d’Épinal du « satyre [3] » ceux et celles qui souhaitent avoir une vie sexuelle sans exiger qu’elle soit aussi amoureuse ? La vie est une question de priorité, laissons à chacun le droit de définir les siennes.

Autre lieu commun sur lequel il est particulièrement difficile de débattre : « La prostitution n’est pas un choix, c’est une violence faite aux femmes [4] ».

Depuis peu, l’État sanctionne celui qui a des relations sexuelles en échange d’argent ou d’avantage en nature car nos députés sont convaincus que « la prostitution, (…) n’est pas l’exercice sublimé d’une liberté mais une souffrance et un drame humain » [4]. La loi du 13 avril 2016 est en réalité issue d’une volonté de lutter contre la prostitution, plus que contre les violences faites aux femmes et aux hommes victimes de réseaux mafieux. Au contraire, le gouvernement du Luxembourg affiche pour sa part la lutte contre la « traite des êtres humains » (Voir http://www.stoptraite.lu/fr/), qu’il s’agisse de prostitution forcée ou de tout autre violence subie (travail forcé, vente d’organes, mendicité, etc.).

Le mot prostitution (du radical du supin prostitutum de prostituo « exposer, mettre en vente » ) est trop chargé socialement pour refléter un pan de la liberté sexuelle et, pourtant, c’est une réalité. Pour certains hommes et certaines femmes, c’est un choix qu’il faut respecter, même s’il est difficilement compréhensible par “le plus grand nombre“.

Alors que la Cour Européenne des Droits de l’Homme admet que des pratiques sadomasochistes extrêmement violentes relèvent de la liberté sexuelle pourvu qu’elles soient consenties [5], pour le législateur français, l’inacceptable en matière sexuelle est d’être payé pour caresser… même si celui qui paie pour qu’on le caresse n’a jamais pu le faire seul. Seule la liberté doit faire foi.

Les liens entre Hommes font l’Humanité et c’est faire preuve d’Humanité que de permettre à chacun de choisir les liens qui souhaitent tisser. Le contraire, c’est un état de violence, d’oppression et de tyrannie.

Je vous souhaite à tous une bonne et heureuse année 2017 dans un pays que je voudrais plus libre.

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[1] CCNE, AVIS N°118 : Vie affective et sexuelle des personnes handicapées : Question de l’assistance sexuelle, 2012. Voir : Thierry JB., Les paradoxes de l’avis du CCNE sur l’assistance sexuelle. Rev Jurid Personnes Fam 2013;5:4 ; PY B., « De l’assistance sexuelle à l’accompagnement érotique des personnes en situation de handicap », Revue Sexologies, 2015, 24, pp. 134-139.

[2] PIOT M., Réponse Marcel Nuss janvier 2013 suite à l’article de Libération du 4 janvier 2013.

[3] N’oublions pas que le satyre est la divinité représentée avec un corps d’homme, des cornes et des membres inférieurs de bouc, réputé pour son comportement libidineux, mais aussi un très beau papillon diurne à grandes ailes marquées de brun roux et de jaune !

[4] Rapport d’information sur la loi n° 2016-444 du 13 avril 2016 visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel et à accompagner les personnes prostituées, publiée au Journal Officiel du 14 avril 2016, disponible à : http://www.assemblee-nationale.fr/14/rap-info/i1360.asp

[5] Cour. EDH, 17 février 2005, K.A et A.D c/ Belgique

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