L'accompagnement sexuel, c'est quoi ?


Pour l'APPAS, l'accompagnement sexuel est une solution pour permettre à une personne en situation de handicap d’avoir accès à une vie intime, sensuelle et/ou sexuelle en faisant appel à un(e) accompagnant(e) qui l’aidera à découvrir, aimer et se réapproprier son corps-plaisir.


Nous vous proposons de découvrir ce qu'est l'accompagnement sexuel en regardant des vidéos et en lisant des témoignages de personnes concernées (personnes accompagnées, parents, professionnels, accompagnant(e)s sexuel(le)s... qui de mieux placé pour en parler ?


La sexualité des personnes en situation de handicap - Extrait du journal de France 3 (2013)

Handicapé, je veux faire l'amour - Extrait du Journal de D8 (2013)

Handicap et sexualité - France 3 Rhône Alpes (2011)

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Madame V., 45 ans

Bonjour, j’aimerais partager l’expérience que j’ai eu avec un assistant sexuel de l’APPAS, que je remercie vivement pour cet accompagnement agréablement inattendu. Je suis âgée de 45 ans et tétraplégique depuis une dizaine d’années.

Etant seule depuis quelques temps, J’ai fait appel à l’association dans le but de combler un sentiment de manque affectif et retrouver les sensations d’un contact physique avec un homme. D’ailleurs ma démarche portait davantage sur l’envie d’une relation de tendresse que sexuelle.

Après quelques appels téléphoniques pour faire connaissance, je me rends au rendez-vous avec seulement l’idée de me laisser porter au gré du ressenti que j’éprouverais face à cet homme. Rencontre qui nécessitait vu la distance entre nos deux villes une nuit à l’hôtel, que nous allions passer ensemble.

Je fais donc la connaissance d’un homme que je trouve charmant, et très plaisant avec qui je me suis sentie rapidement en confiance. Etant donné que nous n’étions pas limités par le temps, nous avons beaucoup discuté, sommes allés boire un café, et diner au restaurant, la communication entre nous s’est vite établie. Je n’avais toujours pas d’idée précise sur la suite de la soirée jusqu’à ce qu’il m’embrasse mais il s’est créé alors une complicité qui m’a donné l’envie d’une relation plus charnelle que je ne le pensais. J’ai partagé mon intimité avec un homme très attentionné, à l’écoute de mes envies, et qui a su faire face avec gentillesse et prévenance à un incident malencontreux inhérent au handicap. Cette rencontre s’est avérée très bénéfique pour moi, affectivement car ces moments de complicité m’ont redonné confiance en moi et sexuellement m’ont permis de renouer avec une libido que je préférais oublier.

J’apporte ce témoignage pour inciter tous ceux qui n’oseraient pas faire la démarche, de passer au-dessus des tabous imposés par la société car l’affectif et la sexualité sont indispensables à la vie de chaque individu, homme, femme, handicapé ou même valide. Encore merci à l’association APPAS pour l’accompagnement de qualité qu’elle propose.


Gaëtan, 33ans

Je suis âgé de 33ans  et souffre d'une infirmité motrice cérébrale depuis ma naissance. Je me déplace en fauteuil électrique et vie en appartement. Je dirai que j'ai un lourd handicap mais que sur l'échelle des lourds, je suis léger. Par ailleurs je suis auteur et interprète dans un groupe de musique. Je traine aussi sur les scènes slam où j’évolue sous le pseudonyme de ROLLINGMAN. Une grande partie de mes textes parlent de sexualité et de handicap, souvent par le prisme de l’autodérision. Inutile de dire que la scène joue un rôle cathartique, face à mes frustrations.

Il m'arrive de temps en temps de faire appel aux services d'Escort Girl pour répondre aux besoin de mon cerveau reptilien. Je peux tout de même être autonome sur la questions des plaisirs solitaires. Mon témoignage est donc hors de propos si l'on cantonne le rôle de l'assistant à une aide à la masturbation.

Notez que j'ai déjà eu des relations sexuelles et amoureuses ordinaires avec des femmes valides ou non. Mais depuis 3 ans et demi je traverse une longue période de célibat... C'est une pratique que j'assume, car psychologiquement j'en ai besoin mais qui me questionne néanmoins :

- au niveau de l'égo : se dire qu'il faut payer pour avoir accès aux plaisirs charnelles, n'est pas forcément facile à accepter. Même au delà de la dimension "histoire d'amour", quand j'observe mon entourage, mes ami(e)s valides ont des relations d'un soir sans dimension mercantile, je peux donc ressentir une forme d'injustice...

- Je n'ai pas de problèmes avec la morale, cependant j'ai toujours un sentiment de culpabilité en me disant : "Mon dieu tu profites de la faiblesse d'une femme…"

D’un point de vu financier, c’est un gouffre. La basse fréquence d’activité sexuelle favorise de fait une éjaculation relativement précoce. Quand je fait appel à une escort c’est donc sur un temps assez long, une heure ne saurai pas suffisante pour recharger les batterie, pour un second tour de manège et 300€ les 2min c’est assez rageant. Je me trouve donc avec des sessions de 2 h minimum me coutant 600€.

- Le regard de la société sur ce phénomène est assez intéressant, j'entend par là que quand je parle de cela à mon entourage, les gens ont tendance à me féliciter voir à m'encourager. Alors que si un valide fait appel à de la prostitution, il va tout de suite être blâmé. Même si le tabou s'effrite de plus en plus, je trouve cela révélateur d'un autre tabou.... Celui d'une sexualité normée qui en caricaturant se résumerai à :

"vous les handis, c'est impossible on n'aura jamais de rapports avec vous, alors on vous met des assistantes ... ». (il va de soi que je partage votre intérêt sémantique et que le terme « d’accompagnante » est plus approprié)

C'est là où l'effet pervers se fait sentir, au jour d'aujourd'hui j'en arrive à me dire : "Gaëtan, ne te prend pas la tête à séduire, il y a les escorts… Je m’interroge donc sur un aspect « guéthoisant » d’une telle mise en pratique.

- Vous noterez aussi le glissement sémantique qui s'opère. Du mot : "Prostitué" on passe à "Assistant Sexuel", dès lors qu'en est il des valides : "timides, moches, obèses...", doit ont légiférer pour eux aussi ? Car non, les personnes handicapées ne sont pas les seules, à souffrir de misère sexuelle.

Je vous laisse avec trois textes que j’ai écris qui parlent de près ou de loin de ce sujet : AmazonesEtre handicapéVu qu'elle me sert très peu souvent


Sonia, 36 ans

Ma vie scolaire s'est effectuée dans le milieu ordinaire, obtention d'un bac et 6 mois après je me décide à aller au devant de mon futur employeur. Je prends RDV avec lui et obtiens un poste de secrétaire que j'occupe maintenant depuis 13 ans. Je sors avec mes amis dès que je peux. Pour tous, il est quasi normal qu'une personne à mobilité réduite, travaille, sorte... mais qu'en est-il des relations affectives? Personne n'en parle autour de moi. Le sujet de la sexualité est tabou dans ma famille.

Contrairement à d'autres personnes emmurées dans leurs corps, j'ai de la chance (mais pour combien de temps encore, vu que ma maladie évolue et mes muscles s'affaiblissent peu à peu) de pouvoir me masturber, me donner un peu de plaisir, d'assouvir une envie. Mais à 35 ans ça ne me suffisait plus, puis, être encore vierge me paraissait « une honte ». Comment pourrai-je rencontrer un homme et lui dire : « je suis encore vierge » ? Ca me bloquait totalement. Je voulais surtout me libérer de ce poids et découvrir la sensation de toucher le corps d'un homme, savoir enfin ce qui me plairait dans l'acte et ne plus « l'imaginer ».

Et une rencontre sur internet m'a permise d'expérimenter tout ça. Vous allez dire « oh la ! Si rapidement ! » Non non, il a fallu des heures de discussions avec cette personne, pour que je sois  d'une part, certaine de ses attentions et d'autre part, en confiance totale. Un assistant (ou accompagnant) sexuel, ok, mais pour nous les femmes on ne peut pas faire cela à la va-vite (surtout pour une première fois) il faut une totale confiance pour que cela se passe au mieux. Nous les femmes avons besoin de sentiments pour l'amour contrairement aux hommes.

Mais là dans ma situation, pas question d'avoir de l'attachement pour cet homme. Il a fallu un travail sur moi-même. Puis, je me suis lancée (enfin il m'a aidé à me lancer). Je suis trop peu sure de moi, pour oser lui demander un tel accompagnement.

La rencontre se fait, non sans crainte, ma timidité m'a empêchée de faire certaines choses, de prendre totalement plaisir. Mais je savais enfin ce qu'était une relation intime, j'avais enfin vu un homme avoir du désir pour mon corps biscornu et dans ma tête c'était important de me dire, « Sonia tu peux provoquer du désir malgré ton corps biscornu ». Mais j'avoue, ma principale satisfaction à ce moment là, c'est de ne plus être vierge (un énorme handicap en moins).

Cet homme me propose donc une seconde rencontre afin que je puisse être totalement à l'aise avec mon corps et son corps. Ca a été un moment de plaisir pour moi, je n'étais plus dans l'intention de perdre ma virginité mais de prendre du plaisir.

Je ne regrette en rien d'avoir eu recours à un tel accompagnement au contraire, surtout pour une première fois, c'est rassurant de le faire avec quelqu'un qui maîtrise le handicap (lève personne, trachéo). Je souhaite à toutes celles qui le souhaitent, de vivre une telle expérience mais en France les mentalités évoluent lentement alors on doit le faire en toute illégalité pour le moment mais l'APPAS est là pour faire évoluer les mentalités et on est tous là pour revendiquer le droit à une vie affective et sexuelle.


Julien, 34 ans

Dans mon travail, on est aidant, au quotidien, et au fur et à mesure on devient le confident.

La solitude, la souffrance, la frustration reviennent souvent sur la table, et puis un jour on me fait une demande. Elle n’a rien de si osée que cela, juste emmener un homme à l’hôtel, le mettre dans lit, le déshabiller, bref, un simple couché comme on dit dans le métier. Ensuite une escorte nous rejoint, je sors, vais faire un tour, un peu plus tard je reçois un sms, je retourne dans la chambre, la fille s’en va, je le rhabille,  le lève, nous partons et c’est tout.

Dit comme cela, rien d’exceptionnel, il a mon âge, un peu plus de 30 ans, mais pour lui c’était une première, il avait enfin pu franchir le pas et faire cette expérience, tout ça parce que nous en avions parlé et que j’avais répondu positivement à une demande pas si saugrenue que ça. Est-ce cela l’assistance sexuelle? On peut dire que c’en est une forme.

Un jour, c’est une femme qui m’en parle, sur internet. Elle aussi est dans ma tranche d'âge. Nous entreprenons donc de lui trouver un escort-boy. La tâche est là, plus compliquée. Je tente d’en contacter quelques-uns, elle, n’osant pas forcément.

Ils sont, pour une bonne partie, homosexuels. Les autres cherchent plus à aller avec des femmes d’un âge certain mais surtout avec une fortune certaine. Le mot « handicap » les fait tous fuir.

La jeune femme me dit que de toutes façons ça n’ira pas, c’est pour une première fois, un parfait inconnu ça ne la rassure pas vraiment, ça l’angoisse un peu, trop même, un inconnu, même beau comme un dieu ça reste un inconnu.

Pour un homme, une belle femme, même inconnue, ça ne pose aucun problème. La sexualité féminine est plus complexe que la sexualité masculine.

Pas avec un inconnu donc, pas sans discuter et faire un peu connaissance, et puis il y a le handicap, même si je ne suis pas loin, mais elle est quand même lourdement handicapée, il faut un lève personne, elle a une trachéotomie, et une ventilation artificielle. Même si je lui trouve un homme finalement c’est pas gagné.

Que faire? Face à tout cela nous finissons par nous dire que le plus simple serait que ce soit moi. Je ne suis pas un travailleur du sexe, je suis un « travailleur du handicap ». En serai-je capable? Je pense que oui. J’ai vécu mes propres expériences, je connais le handicap, il ne me gène pas, je sais ce qu’il faut faire, et comment le faire. Et puis handicap ou pas, une femme est une femme.

C’est ainsi que cette femme a enfin pu vivre sa première expérience. Elle me connaissait un peu, elle avait confiance, moi je connaissais le handicap, nous étions d’accord, pas d’attachement, juste un petit service. Nous avons donc fait cela deux fois, à quelques mois d’écart, le but était simple : qu’elle découvre, acquière un peu d’expérience, et puisse ensuite voler de ses propres ailes, sans porter le poids de son inexpérience.

Et moi? Suis-je devenu assistant sexuel à proprement parler? Est-ce que cela me gène? Est-ce que je referai?

Tout simplement ça ne m’a pas gêné. Assistant sexuel, si c’est le mot, oui, et si un jour une autre femme me demande ce service, eh bien oui, je recommencerai. Pourquoi? Parce qu’on y a tous droit, et qu’il n’y a pas que les trottoirs qui doivent être accessibles, et qu’à mon sens je n’ai fait de mal à personne... au contraire.


Hélène FRANCK, 22ans

Je pense qu'il est important d'autoriser la profession d'assistant sexuel car il y a beaucoup de personnes en situation de handicap qui ne peuvent pas faire autrement car ils n'ont pas l'usage de leurs mains. Par conséquent ils ne peuvent pas subvenir à leurs besoins tout seuls. Ce qui fait qu'ils vivent constamment dans la frustration et peuvent être agressifs. J'estime que ce n'est pas aux aidants familiaux de les aider dans ces actes, parce que cela peut créer une gène ou une tension pour les deux individus. Cela peut même aller très loin quand la personne est désemparée. Il est déjà arrivé qu'un résident de structure demande ce genre de choses à un autre. Dans ces cas, il est important, à mon sens, qu'il y ait des professionnels formés qui répondent à ces demandes.

Il y a aussi tout l'aspect de réapropriation du corps, car lorsque que nous sommes en situation de dépendance physique, nous ne nous retrouvons, que très rarement, seul avec notre propre corps et avons cette impression d'être des objets de soins. C 'est aussi le rôle du professionnel du sexe : aider la personne à se réaproprier son propre corps. Ensuite, il ne faut pas oublier que certaines personnes en situation de handicap souffrent d'isolement. Par conséquent, des rencontres avec ces assistants sexuels seraient les seules solutions pour eux de pouvoir se soulager sexuellement. Il faut prendre cette solution comme une possibilité à part entière et ne pas la confondre avec de la prostitution car ce n'est pas du tout la même chose, selon moi. En effet, l'assistance sexuelle doit être perçu comme un accompagnement pour ceux qui ne peuvent pas faire autrement. Il lest donc important de militer pour la cause de l'APPAS.

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