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L'APPAS se donne pour mission de faire entendre la voix des personnes "handicapées" souffrant d'isolement et de misère affectifs et sexuels et de leur permettre d'accéder à l'expérience de l'exploration et de la découverte de leur corporéité à travers l'écoute, le toucher, les massages, les caresses et, si c'est leur choix et leur demande, par l'accompagnement sensuel et sexuel.

Ce site est aussi le vôtre et nous comptons sur vous pour le faire évoluer, l'alimenter de vos expériences et connaissances et le partager au plus grand nombre. 

 

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ACTUALITÉS


DANS[E] TOUS LES SENS

"Il y a des rêves d'enfants et des rêves d'adultes..."

 

Soutenez le spectacle "Danse(e) tous les sens" qui permettra une campagne de sensibilisation sur la thématique de la reconnaissance à la vie affective, intime et sensuelle des personnes en situation de handicap ou de perte d'autonomie.

Découvrez les artistes et le projet audacieux et innovant...à vous le clic pour un déclic humaniste.

Vive l'art. Vive les différences. Vive les libertés.

 

https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/dans-e-tous-les-sens


Accompagnement sexuel – état des lieux

L’APPAS publie la première étude exploratoire sur la situation de l’accompagnement sexuel des personnes en situation de handicap en France

Pour plus d'informations, merci de contacter notre service Communication 

communicationappas@gmail.com


CHAQUE MOIS, RETROUVEZ CI-DESSOUS L'EDITO DE L'UN DES MEMBRES DE L'APPAS...

Edito de Juin 2016

Par Fabrice Flageul

Accompagnant sexuel & Membre du Conseil d'Administration de l'APPAS

Propos tirés du site XXIe SEXE

 

Masseur de métier, je suis aujourd'hui également accompagnant sexuel pour personnes handicapées et j'ai suivi la formation de l'APPAS en 2015. Depuis, je n'ai eu qu'une demande concrète, celle de Sylvie. Il faut dire que beaucoup plus d'hommes recourent, ou plutôt osent recourir à l'accompagnement sexuel.

 

L'association nous a mis en contact. Entre Sylvie et moi, ce sera un simple mais long coup de téléphone. Elle habite à Paris.

 

Elle voulait du sexe. Pas de l'affection. Sylvie est pleine d'entrain et en vient très vite à ce qu'elle attend de moi. Elle m'avait vu en photo et vidéo sur le site de l'APPAS. Je lui plaisais physiquement. Quant à moi, je n'avais aucune certitude. Ni de la désirer, ni d'avoir une érection. Mais je lui ai soutenu qu'on allait réussir. Je suis alors parti à Paris pour 24 heures.

 

Je suis arrivé la veille au soir. Ce n'était pas forcément une bonne idée après réflexion. Il était difficile de créer du désir dans un tel univers. Petit appartement dans un HLM et lit médicalisé de 90 cm de largeur : pas très glamour pour moi qui suis très sensible à la sensualité et au bien-être.

 

Nous avons tout de même fait l'amour des heures durant, en plusieurs fois. Un peu décontenancé au début, j'ai ensuite senti une chimie sexuelle avec elle.

 

Nous ne nous sommes pas embrassés une seule fois. Elle voulait juste sentir un homme en elle. Un homme qui la respecte. J'ai eu plus de plaisir avec cette femme qu'avec certaines bombes avec qui j'ai fait l'amour. Sylvie n'a pas les critères beauté du moment. Jambes non entièrement formées, très serrées, corps tordu, spasmes réguliers : seul le haut de son corps paraît intacte. Je reconnaissais l'anatomie d'une femme par sa poitrine, son sexe, mais c'était dur de la regarder au début. 

 

La levrette est devenue notre position phare. Les malformations de Sylvie ne permettent pas toutes les positions. Je pense que je n'aurais jamais pu lui faire l'amour il y a dix ans, lâche-t-il, cela aurait trop traumatisant pour moi. 

 

Sylvie m'avait demandé dès notre première conversation téléphonique de sucer son sexe. Elle avait peur. On l'avait forcé tant de fois. Elle n'avait jamais vécu cet acte comme beau, sensuel et complice. Nous y sommes allés tendrement. Pour la première fois, elle n'assimilait plus fellation à traumatisme.

 

Pour moi, c'était une première. Je n'avais eu alors qu'une formation de quatre jours. J'ai appris à ce moment que j'étais considéré comme prostitué et l'association comme proxénète puisqu'elle met en relation demandeur et offrant. J'ai découvert les handicaps et ce qu'ils induisent comme limite. 

 

Dans mon métier, je réalise de l'aide psycho-corporelle. C'est comme aller chez le psy sauf qu'on travaille sur le corps, et non le psychique ou la parole. J'avais déjà entendu parlé des accompagnants sexuels. Mais seulement à l'étranger. Je n'accepte pas l'idée qu'on ne puisse pas aider les gens qui ont envie de faire l'amour, c'est terrible quand même ! 

 

Je suis prêt à aider tous les types de demandeurs. Avec le soutien de ma compagne. Tous deux libertins, nous ne croyons pas en la fidélité comme on l’entend ici au niveau culturel, sur le plan sexuel. 

 

Je pense que j’aurais des difficultés avec un homme handicapé, je ne me sens pas encore prêt. » Je n’aime pas la violence. J’ai déjà du mal à claquer une fesse quand on me le demande.

 

J’ai souffert de ne pas pouvoir faire l’amour autant que j’en avais envie. Quand j'étais plus jeune, je n'étais pas un sex-symbol. Je n'avais pas de copine, j'avais besoin de sexe et je me masturbais deux fois par jour, minimum. Ce n’est pas pour rien que je suis devenu masseur. 

 

L’accompagnement sexuel n’est qu’un pas de plus vers mon bien-être. Et vers celui des personnes handicapées. 


Edito de Mai 2016

Par Pierre Ancet

Philosophe & Membre du Conseil d'Administration de l'APPAS

« Il est handicapé et en plus il est homosexuel ? »

 

L’idée même ne lui avait pas traversé l’esprit. C’était une remarque spontanée de la part d’un auditeur pendant l’une des conférences que je donnais sur la thématique du handicap et de la sexualité. « Et en plus » indiquait sans doute qu’il concevait l’homosexualité comme une forme de déviance ou d’anormalité, venant s’ajouter à une autre forme d’anormalité supposée qu’est le handicap. Ce cri du cœur était très révélateur, sans doute parce que beaucoup d’autres personnes dans la salle partageaient cet étonnement sans le manifester. Mais il en dit long à la fois sur la conception du handicap et des pratiques et orientations sexuelles. A une « déviance » par rapport aux normes, on ne va pas en ajouter une autre (celui qui est déjà frappé par le handicap ne va pas en plus être homosexuel…).

 

J’ai pu constater en discutant avec d’autres personnes, pourtant très au fait des questions gay – lesbiennes, que cette idée ne leur était jamais venue non plus. L’une d’elle me disait qu’elle pensait que les personnes vivant avec un handicap devaient vouloir se normaliser dans le champ de la sexualité… tout en reconnaissant immédiatement que c’était ridicule. C’était encore plus surprenant de la part de quelqu’un de déjà sensibilisé aux questions de l’orientation sexuelle, du transexualisme ou du transgenre (je m’excuse par avance de ces termes pour ceux qui connaissent bien ce champ) : on peut beaucoup réfléchir sur la transgression ou la subversion de certaines normes et conserver un point de vue validiste dans son appréciation du handicap, du désir et du plaisir partagé.

 

Car les normes sont très présentes en nous : elles nous indiquent ce qui se fait, ce qui ne se fait pas, mais aussi plus ou moins implicitement qui nous pouvons désirer ou pas. Et visiblement une personne avec un handicap n’entre pas dans le champ de ce que l’on s’autorise généralement à désirer (même si certains sont attirés sexuellement par le handicap physique, plutôt que par la personne qui en est porteuse). Les normes ne sont pas seulement des contraintes explicites venues de la société ou de sa famille. Le poids des normes sociales est très présent dans les jugements extérieurs sur la demande de sexualité, et la possibilité de faire apparaître au grand jour son désir ou son besoin de plaisir ; par exemple certaines familles refusent de voir leur enfant valide ou handicapé se mettre en couple avec une personne atteinte par le handicap. Mais ces normes externes ne sont pas les seules qui existent. Nous les reprenons aussi à notre compte. Nous nous empêchons d’agir ou de faire, nous nous laissons aller à une imitation d’autres pratiques, par exemple en jouant à l’homme en singeant les expressions stéréotypées du masculin alors que l’on pourrait s’apprécier soi-même sans cela, et surtout être apprécié par les autres indépendamment de cette façon de se conduire… Un exemple en est d’ailleurs fourni par les demandes masculines adressées à l’APPAS : celles-ci sont loin d’être toujours subtiles ou exemptes de préjugés sur ce que doit être le rôle masculin et le rôle féminin… Cela aussi fait partie du poids des normes : se masculiniser pour se rassurer quant à sa propre virilité, vouloir posséder une femme pour se croire dominant, etc. Mais les choses deviennent plus difficiles lorsque la réalité du contact de personne à personne vient s’imposer, ou que l’on s’aperçoit que son désir ou son identité est plus complexe que ce que l’on voulait afficher pour se rassurer soi-même… Il y a quantité de personnes dont l’identité sexuelle n’est pas aussi stable qu’elles le croient, ce qui rend d’autant plus ridicules leurs démonstrations machistes (ou d’autant plus nécessaires pour se rassurer…).

 

Ces remarques nous montrent la force des représentations « spontanées », en fait héritées de nos conceptions sociales. Ce que nous désirons, ce que nous aimons, ce en quoi nous croyons nous reconnaître est conditionné par notre éducation, la culture de masse des films et séries, la pornographie, nos premières expériences, nos identifications précoces à des personnes réelles ou à des personnages de fiction… Mais tout cela est aussi limitatif que de croire qu’une personne en situation de handicap doit avoir une sexualité « normale » (comprendre hétérosexuelle), ou rechercher des personnes « comme elles » pour faire l’amour. D’ailleurs, que signifie « comme elles » ? Ne peut-on pas davantage ressembler psychiquement à une personne qui par ailleurs vit en fauteuil qu’à quantité d’autres personnes jugées normales parce qu’elles n’ont pas de problème moteur ? Et si l’on se sent attiré psychiquement, si l’on a rencontré une « âme sœur », ne va-t-on pas prendre et désirer l’intégralité d’une personne, avec son corps, sa beauté, ses défauts et ses travers ? Comment composera-t-on avec la situation si cette « âme sœur » n’a ni l’âge ni le sexe ni le corps que l’on pourrait souhaiter ? Ne pourrait-on pas de même se sentir attiré sans toujours le reconnaître par quantité d’autres personnes, quel que soit leur sexe supposé, leurs orientations sexuelles déclarées, leur différence physique ou psychique apparente ou cachées ?

 

Il y a des attirances qui se développent avec part de fantasme, une part de désir affectif, sensuel, ou simplement de proximité physique ou psychique. Il peut y avoir de la curiosité, de l’intérêt, de l’estime, ou le seulement le désir de se rapprocher de l’autre. Il y a des attirances où tout cela se mêle sans qu’il soit possible de distinguer ce qui attire. Mais je conseille à tous d’assumer cette complexité, et d’assumer également en retour la possibilité que l’on puisse être attirant ou attirante. Il est faux de dire que les personnes dont le handicap est visible n’attirent pas en raison de l’obstacle que représente cette visibilité de leur corps. Elles n’attirent pas toujours pour de bonnes raisons, c’est vrai. Par exemple le désir transgressif d’avoir une sexualité avec un corps différent, s’il n’est pas partagé, peut être particulièrement malvenu. Mais celui de se « taper une fille » parce qu’elle correspond aux canons de beauté ou au canon de son désir personnel est-il, lui, bienvenu parce qu’il correspond à une vision stéréotypée, celle de l’emprise du mâle dominant hétérosexuel ?

 

Il convient d’assumer la nature de son désir, ainsi que la nature du désir que l’on suscite, ce qui n’est pas si facile non plus : « pourquoi moi ? » « pourquoi m’a-t-elle choisi ? » « pourquoi me considère-t-il comme désirable ? ». Là encore, n’imaginons pas que ces questions soient réservées aux personnes en situation de handicap. Il y a quantité de personnes valides qui se les posent (je me les suis d’ailleurs posées moi-même lors de mes premières relations amoureuses), et ce d’autant plus quand l’identité sexuelle n’est pas affirmée ou pas assumée (Est-ce que je préfère les filles ou les garçons ? Ai-je le droit d’aimer les deux ? Ai-je le droit d’être successivement hétérosexuel et homosexuel dans ma vie ?).

 

Il est difficile, c’est vrai, d’assumer ce que l’on ne se sent pas être (désirable, séduisant, agréable), surtout lorsque l’on a subi des déceptions amoureuses, parfois à répétition. J’ai connu des personnes devenues physiquement handicapées qui ne s’étaient jamais remises d’avoir été abandonnées par leur compagne ou compagnon après l’accident. Quinze ans, vingt ans plus tard, il restait palpable que leur difficulté à envisager une relation affective et sexuelle était liée à cette déception amoureuse originelle. Cela se comprend : si le handicap acquis a été la cause de la séparation, cela veut dire pour la personne qui le subit qu’être devenu handicapé, c’est être devenu impossible à vivre, comme si sa valeur s’était brisée avec l’accident, et que rien de soi n’y avait résisté. Mais il faut savoir que de nombreuses personnes valides réagissent elles aussi par la détestation de soi lorsqu’elles sont délaissées amoureusement.

 

C’est une manière de rappeler l’ensemble des dimensions psychologiques qui jouent dans la possibilité de se reconnaître comme séduisant et d’être séduit. Et l’accompagnement sexuel dans tout cela ? C’est précisément une manière d’assumer son corps et ses sensations, de se découvrir attirant ou attirante, cela peut amener à se reconnaître dans le regard d’autrui et à ne pas douter que celui-ci puisse faire preuve d’un intérêt authentique pour soi, même si l’on ne sait pas toujours très bien quelle est la nature de cette attirance. Il faut parfois s’y heurter, s’y brûler les ailes, mais la vie est à ce prix, elle comporte des risques sans lesquels rien d’inattendu, de beau ou d’enthousiasmant n’arrive.


Edito d'Avril 2016

Par Akim Boudaoud

Sexologue, Vice-Président de l'APPAS

Mon désir, mon plaisir et mes envies au-delà de mon handicap

 

Pour aimer et être aimer faut-il être intelligent ?

Pour aimer et être aimer faut-il être fort, costaud et musclé ?

Pour aimer et être aimer faut-il être bien moulé ?

Pour aimer et être aimer faut-il être angélique ?

Pour aimer et être aimer faut-il être bien bâti ?

 

Non, moi je suis, ce que je suis

Mon intelligence a été évaluée, quantifiée, expertisée

Mon corps a été diagnostiqué, capacitisé, mesuré

 

Ma dépendance m'a privé, de ma vie privée

Mais, ma capacité d'aimer est toujours présente

 

Ma peur et mon cauchemar viennent de vos idées reçues, de votre raisonnement avec l’apriorisme

Ma peur et mon cauchemar viennent de votre déni qui quotidiennement renforce vos certitudes et vos convictions.

La capacité d'exprimer ses émotions est à la portée de tout un chacun,

Elle n'a pas à être étalonnée, quantifiée,

Elle n'a pas besoin d’être autorisée et programmée.

 

Non il n'y a pas de vérité, non il n'y a pas de norme

Par contre, il y a ma vérité, juste ma propre vérité

Elle est présente tous les jours avec moi,

Elle m'accompagne du réveil jusqu'au coucher

 

S'il-vous-plaît, arrêtez de me conseiller, sur mon intimité,

Arrêtez de m'imposer, ce que je dois faire ou ne pas faire

Arrêtez de programmer mes désirs et mes envies 

Je ne suis pas impotent, grabataire, infirme, handicapé  

 

Laissez-moi, expérimenter par moi-même

Avec mes propres émois, mes imperfections, mon tâtonnement et mes erreurs

Comme vous, je veux construire mon intérieur,

Je veux construire mon vrai espace privé, mon intimité et mon jardin d’Éden, mon Eldorado à moi

 

Je veux simplement me construire avec mes carences, mes absences et mes lacunes

Je veux connaître mon corps à travers le corps d'autrui

Je veux libérer mes émotions à travers les émotions d'autrui

Je veux, je veux, je veux....

 

Mon réel handicap, c'est vous qui pensez à ma place

Laissez mes pensées guider mes désirs

Laissez ma conscience explorer mes sensations de bien-être

Laissez mon univers à moi avec ses propres étoiles et stars

 

Oui je suis un univers plein d'étoiles

Ces étoiles qui illuminent mes rêves et mon intimité

Je veux juste un instant me nourrir du souffle de la vie

Me nourrir d'amour et d'eau fraîche

 

Vous l'avez compris mon handicap c'est les autres

Vous l'avez compris mon handicap ne touche pas mon ressenti

Oui je n'ai aucun handicap pour aimer et être aimé

Changez juste votre regard à mon égard


Edito de Mars 2016

Par Bruno Py

Conseiller juridique

Abolition ou prohibition ? Un courant contemporain semble sur le point de réussir à incriminer le recours à toute forme de prostitution. (Le texte sera débattu en troisième et dernière lecture le 10 mars 2016 au Sénat). Il repose sur la volonté de certains de supprimer, d’éradiquer, d’abolir la prostitution en punissant le client.  On notera que les partisans de cette pénalisation s’auto-intitulent « abolitionnistes », terme d’ordinaire réservé aux réformateurs en lutte pour abolir un mécanisme juridique ou une sanction pénale comme les combattant contre l’institution de l’esclavage ou les partisans de l’abrogation de la peine de mort. L’abolitionnisme a pour but de supprimer une loi. Or, les initiateurs des propositions de loi contemporaines visent à réprimer des faits. Il s’agit donc, littéralement, d’une démarche prohibitionniste. La nuance n’est pas mince.

 

Prostitution libre ou forcée ? Un des arguments les plus forts est d’affirmer que nul ne se prostitue par choix et qu’il y a donc lieu de créer une législation pour réprimer le client qui paie pour obtenir une prestation sexuelle d’une personne non-libre. Cette posture morale se vérifie probablement dans une grande majorité des cas. Mais l’argument juridique ne tient pas dès lors qu’on ouvre un Code pénal pour y constater que toutes les formes d’incitation à la prostitution sont d’ores et déjà prohibée sous la qualification de proxénétisme. La législation en vigueur permet de réprimer vigoureusement l’exploitation de la prostitution et surtout la traite des êtres humains en vue de les forcer à se prostituer. La loi du 5 août 2013 ayant déjà renforcé les peines applicables au fait de traite des êtes humains en vue de les astreindre à une soumission sexuelle payante ou non. La proposition de loi visant à pénaliser le client ne vise donc pas à lutter contre la prostitution forcée. L’objectif annoncé serait d’abolir toute forme de prostitution, consentie ou non, libre ou forcée.

 

La confusion entre désir et consentement. Le postulat fondamental des partisans de la prohibition de toute forme de prohibition est le suivant : « Parce que tout acte sexuel non désiré constitue une violence » (sic). Autrement dit, ce mouvement contemporain prétend affirmer qu’il ne doit plus y avoir à l’avenir de sexe sans désir. Ou, plus radicalement encore, que l’acte sexuel sans désir devrait être qualifié de violence, ce qui justifierait sa répression. Cette posture heurte le juriste qui ne confond pas consentement et mobile. Si le consentement libre et éclairé, manifestation de l’autonomie de la personne, est un critère juridique (Mariage, contrat, acte médical, sexualité etc.), le mobile ou cause subjective est, et doit rester, indifférent. Pourquoi untel consent-il à se marier, à contracter, à se faire opérer ou à lutiner ? Cela est indifférent dès lors qu’il exprime un réel consentement. La sexualité est toujours une question de consentement, lequel est parfois seulement motivé par le désir. Faire du désir un critère de licéité supposerait de créer une police du désir, des experts du désir et un jour… des juges du désir…

 

« Lorsque votre vie sexuelle est réussie, elle occupe 3 % de votre temps ; quand elle ne l’est pas, elle prend environ 97 % de vos préoccupations. »

Seamus HEANEY, poète irlandais, Prix Nobel de Littérature L‘Express 9 nov.1995, p.24.


Edito de Février 2016

Par Brigitte LAHAIE

Marraine

L’infantilisation des personnes handicapées

 

Lorsqu’on parle en toute liberté avec des personnes qui ont pour compagne ou compagnon quelqu’un qui a un handicap, quel qu’il soit d’ailleurs, même si, plus il est lourd plus c’est symptomatique, le « handicapé » est un peu considéré comme une troisième personne, voire même comme un enfant. Cette infantilisation indiquerait que pour la plupart des gens, une personne handicapée n’est pas tout à fait mature. Or, a priori, c’est le corps qui a subi une gêne mais l’esprit reste intègre, je dirais même que bien souvent la tête fonctionne mieux que chez bon nombre de gens. Car subir un handicap est certes une épreuve mais, suivant un adage très connu : ce qui ne nous détruit pas nous rend plus fort ! Pour preuve ce merveilleux témoignage de Damien…*

 

Prenons l’exemple d’une femme qui vit avec un homme non voyant. Cette dernière s’est confié à moi, je n’invente rien. Lorsqu’ils sont dans un magasin pour faire des courses, le commerçant ne s’adresse jamais à l’homme mais toujours à son épouse. Même si l’achat concerne le compagnon, le vendeur aura tendance à utiliser des phrases tout à fait impersonnelles, style :

« Et le monsieur qu’est-ce qu’il veut ! »

Quand ce ne sera carrément pas possible pour lui d’adresser la parole à cet homme certes non-voyant mais, ni sourd ni muet.

 

Ce qui prouve bien que pour la majeure partie des gens, une personne avec un handicap est bien handicapée à vie. Cette nuance est essentielle : d’ailleurs la majeure partie des gens disent un ou une handicapé(e). C’est bel et bien du racisme. On ne peut plus dire un noir ou un arabe mais parler d’un handicapé fait partie du langage courant. Pourtant, c’est tout autant interdit mais qui s’en soucie ?

 

Comment faire pour dépasser ce blocage ?

 

Sans doute faut-il déjà expliquer ce qu’est un handicap. Après tout, nous sommes tous avec des handicaps plus ou moins visibles. Celui qui a une phobie, cet autre qui est bipolaire ou encore ce grand timide incapable de parler sans bégayer. Sans parler de la vieillesse qui devient au fil du temps un handicap.

 

Seulement voilà, ces différents handicaps à première vue ne se voient pas. Alors peut-être que si la société intégrait vraiment les personnes handicapées, peu à peu les mentalités évolueraient. 

 

Ce qui demande sans doute encore beaucoup d’efforts politiques et financiers. Mais aussi un effort dans les médias et dans l’art. 

 

*Extrait de l’émission "Regard sur le handicap" en compagnie de Jean Luc LETELLIER, diffusée le 1er février 2015 aux alentours de 14h sur RMC.


Edito de Janvier 2016

Par Marcel NUSS

Président-Fondateur

L’APPAS a deux ans d’existence. Deux années que nous n’avons pas vu passer comme vous avez pu le constater, vous qui nous suivez fidèlement sur notre site et notre page Facebook. 

 

2015 aura été l’année de la concrétisation et de la consécration de notre engagement en faveur de la reconnaissance de l’accompagnement à la vie affective, intime, sensuelle et sexuelle des personnes en situation de handicap ou de perte d’autonomie. Ainsi, en mars, nous avons gagné un contentieux en référé qui a légitimé notre formation à l’accompagnement sexuel. Nous mettons régulièrement en relation des accompagnant(e)s sexuel(le)s et des personnes qui souhaitent bénéficier de ce type d’accompagnement. Et, en juin, l’association a été récompensée pour son engagement controversé par le prix « coup de cœur » de l’OCIRP. Symboliquement, ce trophée est d’une importance certaine. 

Pour autant, très pragmatiquement, où en sommes-nous ? 

 

Nous avons aujourd’hui environ quatre-vingts adhérents – près de deux fois moins qu’en 2014 (cent cinquante). Nous avons cent quatre-vingt-dix demandes d’accompagnement sexuel en attente, dont beaucoup ne pourront pas être honorées car ces personnes vivent dans des régions qui ne sont pas (encore) desservies par l’APPAS. Nous avons cent dix-huit postulants à la formation d’accompagnants sexuels – dont certains ne répondent évidemment pas nécessairement aux critères d’admission. À ce jour, nous avons formé vingt personnes, parmi lesquelles douze pratiquent plus ou moins régulièrement l’accompagnement sexuel. Nous espérons en former au moins autant en 2016 afin de pouvoir plus et mieux couvrir le territoire, offrant ainsi davantage de proximité.

 

De surcroît, nous avons accueilli un accompagnant et une accompagnante sexuels dans notre conseil d’administration pour qu’ils puissent participer aux débats internes et les enrichir par leur expérience et leurs compétences spécifiques.

 

Cependant, nous avons beaucoup d’autres projets qui restent en suspens par manque de moyens pour les mettre en œuvre. À l’instar de beaucoup d’associations, notre talon d’Achille, ce sont l’argent et les soutiens politiques, bien sûr, mais pas que…

En effet, comment ne pas être interpellé en constatant que nous avons perdu la moitié de nos adhérents en un an. Pourquoi ? Pourquoi alors que 2015 a été l’année de tant de concrétisations. L’année de la réponse à tant de demandes jusqu’à présent totalement ignorées en France par manque de courage et de détermination de la part d’associations qui se contentent de théoriser et de faire de la rhétorique pleine de bons sentiments ? Oui, pourquoi cette désaffection ? En raison de quel mécontentement ? Parce que ça ne va pas assez vite ? Parce qu’on est frustré de ne pas encore pouvoir « jouir » d’un accompagnement sexuel ?

 

En parallèle, nous avons plus du double de demandes d’accompagnement sexuel. Donc, une centaine au moins de personnes qui veulent être aidées mais ne voient pas l’intérêt de nous aider en retour. Même s’il n’est pas véritablement surprenant, ce constat est désolant et désespérant pour ceux et celles qui donnent de leur temps et de leur énergie, de leurs convictions et de leur courage militant en faveur de cette liberté fondamentale. D’autant que l’adhésion est de seulement 10 € par an pour tous les demandeurs qui n’ont que l’AAH pour vivre. 10 € pour défendre leur cause et leur liberté, obtenir une révision de la loi sur le proxénétisme et la reconnaissance de l’accompagnement sexuel, par conséquent, la possibilité d’espérer « profiter » d’un accompagnement sexuel partout en France. De même que l’adhésion est de 25 € pour les professionnels du médico-social, par exemple. 25 € pour être conseillé, informé, voire accompagné pour le travail éducatif…

Nous n’avons jamais souhaité conditionner l’adhésion, préférant faire confiance au bon sens, à la responsabilité, à la solidarité et à la citoyenneté des personnes qui font appel à nous. Et nous ne le ferons jamais. Toutefois, il faut que tout un chacun soit conscient de nos limites et de nos contraintes. Des limites et des contraintes qui indéniablement nous freinent et nous réfrènent dans nos avancées. Ce qui a forcément des répercussions au niveau des attentes.

Et puis, au-delà de nos contingences pécuniaires, comment pouvons-nous avoir un poids, une crédibilité et une lisibilité mobilisatrice autour de nos valeurs auprès des politiques avec quelque 80 adhérents ? Naïvement, je rêvais de quelques centaines, nous permettant a minima d’avoir une certaine autonomie financière et donc de mouvement, à défaut de pouvoir nous investir dans des projets ambitieux et d’avoir la capacité de faire un réel lobbying auprès des pouvoirs publics et des politiques.

 

Défendre et soutenir nos actions en faveur de la reconnaissance de l’accompagnement à la vie affective, intime, sensuelle et sexuelle, c’est d’abord défendre une certaine idée de la liberté, de nos libertés individuelles trop souvent bafouées par des moralisateurs dogmatiques, aveugles jusqu’à l’inhumanité parfois. En tant que personne en situation de dépendance vitale, je n’ai jamais considéré que tout m’est dû, que la solidarité va à sens unique et que j’ai tous les droits. Sauf à être un assisté. J’ai appris à assumer mes responsabilités et à me donner les moyens de réaliser mes attentes et de satisfaire mes besoins.

 

Quoi qu’il en soit, à l’aube de cette nouvelle année, j’émets avec force le vœu qu’il y ait une vraie prise de conscience et que nous soyons rejoints et soutenus par un raz-de-marée de personnes en phase avec nos valeurs et nos engagements pour avoir la possibilité de profiter des élections présidentielles qui se profilent à l’horizon 2017 afin que nos revendications soient écoutées attentivement et prises en compte par les futurs candidats à l’investiture suprême. Suis-je utopique ? Toute avancée repose sur des opportunités politiques. À nous d’en tirer profit avec et pour vous. 

Mais pour être entendus demain, nous devons tous nous engager aujourd’hui ! Merci de nous rejoindre et de nous apporter votre expérience et vos conditions.

 

En attendant, très bonne année 2016 de la part du Conseil d’administration de l’APPAS et de son président-fondateur.


Edito de Décembre 2015

Par Laetitia REBORD

Secrétaire - Coordinatrice des référents locaux

A Charly Valenza, militant parti trop tôt...

 

Cela fait longtemps que je plaide pour la reconnaissance de l'accompagnement sexuel et sensuel des personnes en situation de handicap et pourtant, j'ai sauté le pas il y a seulement 4 mois. Ayant immédiatement ressenti les bienfaits, j'ai décidé de partager mon expérience avec vous car il n'y a rien de plus parlant pour argumenter sur l'utilité et le bien-fondé de l'existence de notre association.

 

Pourquoi attendre si longtemps avant d'avoir recours à une pratique pour laquelle je me battais aux côtés d'autres personnes pour son développement en France ? C'est une question que l'on me posait très souvent.

 

J'avais tout simplement besoin de temps pour être au clair avec ce que je souhaitais vraiment et surtout pour acquérir suffisamment de maturité afin d'affronter le risque éventuel d'attachement lorsqu'une vie affective et sexuelle manque si cruellement. Je ne regrette pas de m'être laissé plusieurs années de réflexion car elles m'ont permises d'être pleinement ouverte et prête à l'expérience et de ne pas en tirer plus de souffrances que de bénéfices. Par ailleurs, ce n'est pas par ce que je voulais faire appel à un accompagnement sexuel que j'allais me résigner à solliciter le premier disponible. J’assumais mon besoin de trouver quelqu'un de relativement jeune et pour lequel j'avais une attirance physique, entre autres. Je tenais également à ce qu'il soit formé par notre association.

 

Tous ces critères réunis et mon esprit apaisé de toutes mes peurs insurmontables, j'ai contacté Christophe*, escort dans ma région depuis plusieurs années et qui a suivi l'une de nos formations à l'accompagnement sexuel. Après avoir échangé quelques mails, nous nous sommes rencontrés et avons discuté de vive voix pendant 2 heures pour apprendre un minimum à nous connaître, vérifier ce que j'appelle la compatibilité et échanger sur ce que je recherchais et ce qu'il pouvait me proposer. Nous sommes repartis de cet entretien, soulagé l'un comme l'autre, de voir que le courant était passé. Nous étions tous les deux novices en la matière car c'était ma première demande d'accompagnement sexuel et j'étais la première personne aussi dépendante physiquement à qui il allait proposer ses services d'accompagnant formé.

 

Nous avons convenu d'un rendez-vous un mois plus tard à mon domicile. Nous nous étions mis d'accord sur le déroulement de la séance. Je voulais d'abord découvrir mon corps plaisir par des massages sensuels, nue devant un homme, qui pour une fois n'était pas là pour mes soins. Ayant connu depuis tellement longtemps le toucher fonctionnel par des mains de professionnels, j'avais l'angoisse que mon corps, ou plutôt mon cerveau, ne fasse pas la différence avec un toucher plaisir, que n'ayant jamais appris à découvrir ses sensations, il reste endormi à toute sollicitation. Je fus bien soulagée de m'apercevoir immédiatement que j'avais cérébralement saisi la différence et que mon conscient s'était alors ouvert à la découverte de cette pulsion de vie. Christophe est reparti presque trop vite à mon goût mais revint deux mois plus tard. La première séance m’avait permis de définir ce que je voulais plus précisément. Je ne raconterai pas en détail le déroulement de la deuxième séance mais je peux parler du fait que j'avais exprimé le besoin de connaître le corps d'un homme par le toucher, le mien, avec mes propres mains, accompagnées dans leur mouvement, et l'envie de connaître le contact corps à corps. Grâce au professionnalisme de mon accompagnant et grâce à ma préparation préalable, j'ai réussi à m'attacher et à me détacher sans souffrir, ce dont j'avais le plus peur. La distance instaurée par le contrat financier est également un point de repère, même si je suis consciente que cela ne fait pas tout. Mon seul regret est de ne pas avoir provoqué le désir sexuel chez lui, même si je comprends tout à fait que cela est difficile à commander.

 

Aujourd'hui, je suis beaucoup plus épanouie, tout le monde me le dit. J'ai davantage confiance en moi et cela s'est immédiatement ressenti dans ma relation avec les inconnus. Le dialogue semble beaucoup plus facile car je crois avoir commencé à intégrer que je pouvais plaire, corps et âme réunis, même avec mon handicap. J'ai compris aussi que mon image ne provoquait pas le dégoût et que je pouvais être désirable. C'est exactement ce que je cherchais avec l'accompagnement sexuel. Ma vie affective ne pouvait évidemment pas être remplie avec deux séances mais j'ai plus avancée en quelques mois grâce à cette expérience qu'en une dizaine d'années à réfléchir dans mon coin et à attendre désespérément que mes blocages se désamorcent pour créer du lien social.

 

Je terminerai en vous disant que comme par hasard, j'ai fait une rencontre relativement peu de temps après avoir eu recours à l'accompagnement sexuel. J'ai beaucoup moins d'appréhension et j'accueille plus facilement l'inconnu pour avancer. Peu importe où cela me mènera, je sais que j'entame une nouvelle vie en termes d'expérience affective et sexuelle, avec comme tout le monde des hauts et des bas, des souffrances et des joies, des moments de doute et de bonheur. En bref, je vis à fond le risque et la beauté de l'existence en pleine conscience de ma corporéité, l'un des plus beaux cadeaux de Noël que l'on ait pu m'offrir.

 

Joyeuses fêtes de fin d'année à tous.

 

*Le prénom a été changé par respect de l'anonymat


Edito de Novembre 2015

Par Hélène LECOMTE

Vice-présidente (Relations publiques et médias) 

Faisons un effort. Imaginons que nous ne sachions quelle serait notre condition d’homme, de femme. Par-delà la question de genre, imaginons un instant, que nous ne sachions pas – a priori – quelles seraient nos conditions de vie, de réalisation. Nous songeons alors – à titre de majorité écrasante – à la condition sociale qui serait la nôtre : professionnelle, amicale, familiale…


Songerions-nous vraiment, de manière immédiate, à questionner notre niveau d’autonomie physique ? Nous servir un café, marcher dans la rue, vaquer à nos occupations… jusqu’à courir. Nous presser, d’ores et déjà mentalement, vers ce rendez-vous, que nous aurions, avec un homme, une femme. 


Imaginons un instant que nos doutes, mâtinés de conformisme, nous desservent d’entrée de jeu. Car dans cet exercice mental, imaginons, nous – la majorité écrasante – que nous soyons enfermés dans cette désignation : personne en situation de handicap. 


Imaginons que l’appréhension immédiate de notre corps relève de la contingence décrite plus haut, médiée par un tiers. Un assistant qui nous aide à atteindre la fourchette, à laver, lever cet amas de chair, que nous savons être le nôtre, à mesure que nous l’éprouvons de façon sourde, pesante, dans sa plus pure matérialité. Pensons alors, mû par l’exercice qui est le nôtre, en cet instant, de ce qu’il adviendra des caresses, de la tendresse, du désir que nous voudrions ressentir et susciter encore, pour lécher de la manière la plus singulière qui soit, le genre, et la sexualité auxquels nous nous rapportons. 


Pierre Nazereau disait : « L’accompagnement sexuel n’est pas la solution, mais c’est une solution. » J’ai la conviction que cette solution est valable. L’accompagnement sensuel, sexuel, peut officier au même titre que ce rendez-vous, que nous avons tous attendu, espéré, au moins une fois. A la clé, pas une histoire d’amour, non. Simplement, et sans ambages, la potentialité de recouvrer un lien avec son propre corps, de modeler son intimité, par l’intermédiaire d’un autre. 


Pourvu que nous puissions apprécier notre corporéité à sa juste valeur. Pourvu que nous puissions nous éprouver autrement que dans la nécessité. Nous ne sommes ni parfaits, ni parfaites. Demeurerons irrémédiablement inquiets devant les canons de genre que nous nous laissons imposer. Mais pour cette vie qui nous est à vivre, un peu de douceur, pour surplomber tout ce que nous sommes, et tout ce qui nous entoure.  


Edito vidéo d'Octobre 2015

Par Jill Nuss

Coordinatrice des accompagnants sexuels et Secrétaire adjointe de l'APPAS


Edito de Septembre 2015

Par Pascal Jacob 

Membre d'honneur de l'APPAS

Le bonheur n’est pas dans le pré parce que, trop souvent, le pré n’est pas accessible.

Alors où est le bonheur pour nous tous, dans la tête, dans l’esprit, dans le corps, ou mieux encore est-il dans notre liberté, dans notre affectivité, dans nos sens ?

Bien malin celui qui a une réponse toute faite, mais je crois que chacun d’entre nous  essaie de construire son bonheur un peu chaque jour et que ce bonheur va se nicher partout dans la tête, dans l’esprit, dans notre corps, dans notre liberté.

Notre sexualité peut être une source de bonheur, qui peut nous remplir complétement pendant un moment plus ou moins long, si l’amour en dessine le partage avec une autre personne.

Lorsque le destin limite les capacités de construire un bonheur, un partage, un amour, le manque de sensation de bonheur devient un véritable désarroi parce que la tête, l’esprit, le corps, la liberté, les sens réclament quelque chose d’inaccessible, et laissent un vide béant de manque de bonheur. Chacun  d’entre nous connaît ces moments  parfois bien pénibles, et si cela dure trop longtemps, c’est difficile de vivre tout simplement.

La loi du 11 février 2005 a été un pas en avant très important, parce qu’elle a permis de mettre tout le monde au même niveau : nous sommes tous des  citoyens, et grâce à l’accompagnement nous allons compenser tout ou partie de nos défaillances et de nos handicaps, et certes cette reconnaissance et cet accompagnement offrent de beaux moments du bonheur de vivre ensemble.

Dés l’adolescence, nous devons vivre nos frustrations et trouver notre équilibre de vie, et le manque de bonheur sexuel est un réel handicap qui entrave le bonheur que nous cherchons tous.

Bien sur, les médecins, les sachants, les savants, les scientifiques, les juristes, les politiques, et tous les autres, sont des humains avant tout, qui ont et vivent la même chose que tout le monde.  Comment pourrions-nous nous mettre autour d’une table avec notre expérience comme guide afin de trouver l’accompagnement possible du bonheur ?

Comment éviter de se laisser porter par la fatalité en ne voulant pas regarder les nombreuses souffrances que le manque de sexualité donne à nos enfants adultes et handicapés ?

N’ayez pas peur, c’est un grand et beau défi qui ne peut être ignoré aujourd’hui.


Bonne rentrée à tous nos adhérents et soutiens.


Edito du 1er Août 2015

Par José Pagerie

Membre du CA de l'APPAS

« Agis de telle sorte que tu traites l'humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen » Emmanuel KANT

Au cœur de l’été, les corps dénudés s’abritent sous les parasols et, d’ombre en ombre, les regards s’affolent. Chacun, chacune, se cherche dans l’autre, les bronzages se copient, les fantasmes s’épient, les silhouettes courent, dansent, exultent et se juxtaposent. Au cœur de l’été les plages se noircissent de chairs brûlées, la moindre peau claire tout comme l’improbable corps tordu, déformé ou incomplet ferait tâche et incongruité dans cette morne étendue de la norme. Au cœur de l’été, les maillots habillent si peu la différence…

C’est au cœur de l’été que les corps et les désirs se rapprochent le plus mais c'est au cœur de l'été que certaines présences, certains corps jugés trop différents sont éloignés, rejetés, exclus même parfois.

L'été c'est la période des vacances ; vacance cet état de vide, de l'inoccupé et si nous le remplissions d'humanité ? Et si cette plage prenait d'autres couleurs que ce bronze sorti des tubes de crème solaire couvrant des solitudes austères pour se parer de toutes les couleurs de la singularité ? Pour cela, il suffit peut-être juste de relever les lunettes qui nous cachent le soleil du sourire des autres, d'écouter ces cigales humaines nous chanter l'amour et la tendresse qu'elles souhaitent tant partager. Et si, là, au beau milieu de l'été, nous y mettions notre cœur ?

Voilà à peu près neuf mois que j'ai rejoint l'APPAS, voilà neuf mois que j'accompagne de très loin et trop peu, le beau chemin déjà parcouru... Mais de mon Nord, du toit de l'hexagone j'observe tout ce que notre association a pu déjà faire bouger dans les regards et les mots. Mais, ce chemin qu'à ouvert mon ami Marcel NUSS avec tous ses fidèles compagnons est loin d'être terminé... La question simple et assourdissante des personnes en situation de handicap que rappelait Pascal DREYER dans son édito du mois de juin : « Faisons-nous partie, oui ou non, de l’humanité ? » reste entière. Je rédige cet édito avant de partir en congés, dans quelques heures le directeur que je suis va s'absenter de ce petit monde où l'altérité est la règle, où l'incongru est le bienvenue. Une femme et un homme se préparent, pour la première fois, à partir ensemble en vacances, tout est prévu, un grand lit les attend et un accompagnant venu de l'extérieur, un ami qu'il faudra découvrir, sera là, présent, tout proche pour tout ce que la déficience intellectuelle les empêche de réaliser seuls et bien assez loin pour ce que l'humanité et l'amour les invitent à vivre. Un homme va partir dimanche, pour 4 semaines ! Mais, promis, j'écris ici, sur ce cahier qu'il me tend, le mot vacances et sur mon agenda, peu après son retour, le mot PARIS pour l'accompagner jusqu'à cette dame de petite vertu et de grande humanité qui depuis maintenant 15 ans lui ouvre ses bras et sa tendresse.

Marcel, ton chemin est encore long mais c'est le seul possible, puisse-t-il un jour nous mener à une plage où je pourrais débuter ainsi un prochain édito :

Au cœur de l’été, les corps dénudés s’invitent sous les parasols et, de l'ombre à la lumière, les regards se cajolent. Chacun, chacune, trouvant l’autre, les couleurs singulières se multiplient, les fantasmes se charrient, les silhouettes courent, dansent, exultent et se métamorphosent.

Oui Marcel, avec toi et tous ceux qui font l'APPAS aujourd'hui et ceux qui le feront demain, invitons chacun des lecteurs pour cet été et tous les autres qui vont suivre, à faire le chemin de cette plage. J'invite chacun à rejoindre, maintenant que vous la connaissez, cette plage même pour y débattre comme le rappelait François VIALLA dans le précédent édito ; j'ajouterai juste en reprenant les 4 premiers vers de la chanson écrite par Jean Naty-Boyer :

Vous connaissez le chemin de la plage

Et pourquoi, et pourquoi n'y allez vous donc pas ?

Avez-vous peur que le vent de la mer

Vous propose un voyage que vous ne ferez pas ?


Edito du 1er juillet 2015

Par François Vialla

Conseiller juridique de l'APPAS

Homines dum docent discunt.

 

Qui enseigne s’instruit ! 

Cette sentence qui dérive des Epistulae ad Lucilium de Sénèque rappelle aussi la formule docere est discere (enseigner s’est apprendre).  

Voilà que mon ami Marcel s’inquiète … Vialla décline (Latin oblige).

Où veut-il en venir ?

Simplement à un  constat porteur d'espérances. A la lecture attentive des échanges pre per et post  formations entre les membres, plus ou moins actifs de l’APPAS (je le confesse … en un mot). ’’Apprenants’’ et formateurs sortent grandis, parfois bouleversés, des journées de partage. Tous apprennent, tous apportent, les ‘‘rapports’’ ne sont pas ceux de savant envers des  ignorants mais des ‘‘échanges’’.

Cela traduit parfaitement ce qu’évoquait Bruno PY dans un précédent éditorial, lorsqu’il rappelait le sens des termes « assistance » et « accompagnement ». La formation n’est pas une assistance, elle est un accompagnement, un chemin fait ensemble, dans une quête personnelle de connaissance et de découverte.

Il ne doit y avoir  ni dissymétrie ni asymétrie dans les rapports engagés, mais un cheminement plus convergeant que divergeant.

On ne doit donc pas être surpris que les formateurs sortent, eux aussi, grandis à l’occasion des journées organisées par l’APPAS et pour cela il nous faut remercier ceux qui ont le courage de franchir le pas et de forcer les idées reçues.

C’est aussi un message lancé à ceux qui pourraient légitimement être heurtés par l’APPAS. Qu’ils n’hésitent pas à débattre, à disputer, à controverser.

Rien ne saurait être pire que l’absence d’échanges car, pour se comprendre il faut s’entendre, pour s’entendre il faut s’écouter et pour s’écouter il faut se parler !  La Disputatio de quolibet (Ce qui te plaît : quod :  ce qui ,  libet :  te plaît ) et la controverse permettront à chacun de se faire une opinion, elle nous semble préférable à l’échange de quolibets et d’injures. 

 

Nous ne sommes pas pétris de certitudes, nous doutons, mais nous avons aussi des opinions et des convictions sur lesquelles nous sommes toujours prêts à débattre. Comme l'eut dit Pétrone Si nos coleos haberemus (là je laisse chacun libre de traduire) nous ne refuserions jamais un débat …in cauda venenum  


Edito du 1er juin 2015

Par Pascal Dreyer

Membre du Conseil d'Administration de l'APPAS

Repensant à tout ce qui s’est passé ces derniers mois autour de la première formation d’accompagnants à la vie affective et sexuelle organisée en France par l’Appas, je me suis souvenu de la demande des personnes en situation de handicap présentes au colloque de Strasbourg en 2007. Ce colloque qui avait pour titre, rappelons-le, Dépendance physique, intimité et sexualité, est le point de départ de l’affirmation en France par Marcel Nuss de la nécessité d’une réflexion mais aussi de réponses claires et concrètes à la demande des personnes handicapées concernant leur accès à une vie affective et sexuelle digne de ce nom. Que disaient ces personnes ? Elles nous posaient une question simple : « Faisons-nous partie, oui ou non, de l’humanité ? » Il n’y avait pas là de grands principes à énoncer ou à proférer la main sur le cœur mais simplement à répondre par oui ou par non. La question m’avait bouleversé et fait prendre conscience que l’aventure qui prenait forme à ce moment-là était hasardeuse mais devait être tentée absolument.

Les réactions de ces derniers mois ont montré que la réponse à la question posée alors est loin d’être évidente. Bien sûr, les médias ont montré un accueil nouveau et positif à l’interpellation et à la mobilisation de l’Appas. Mais cet accueil n’exclut pas le voyeurisme et donc l’assignation à une place dégradée ou dégradante des personnes handicapées et des accompagnants. Les stéréotypes ont la vie dure et ils n’ont pas manqué de remonter à la surface parés d’habits nouveaux.

Bien sûr, le projet de l’Appas a fait surgir, et c’est bon signe, des réactions contrastées de la part des personnes handicapées elles-mêmes : l’existence d’un accompagnement dédié ne fait pas l’unanimité. Car pas plus que les valides, ces dernières n’ont une vision unique de ce que sont ou peuvent être une affectivité et une sexualité satisfaisantes et épanouissantes. Chacun est libre – même si cette liberté est largement contrainte par les normes sociales, ce qui est licite ou illicite, admis ou simplement toléré – de vivre les formes d’affectivité et de sexualité qui lui conviennent le mieux. Dans ce que j’ai entendu, l’accompagnement à la vie affective et sexuelle était encore trop souvent confondu avec la seule sexualité génitale et performante. Il me semble plus important de rappeler que la sexualité est diverse et que tous les êtres humains souhaitent d’abord vivre pleinement une relation charnelle selon leurs désirs et capacités avec un(e) autre. Faut-il encore rappeler que la satisfaction heureuse et respectueuse de cette relation charnelle que chacun attend peut emprunter de nombreuses voies.

Et puis bien sûr, j’éprouve le sentiment que lorsque l’on parle de la vie affective et sexuelle des personnes handicapées – ce qui est un énorme progrès qu’il faut soutenir – on envisage rarement l’interaction de cette personne avec un autre. On en parle de manière abstraite, comme d’un avenir possible, plus tard, lorsque… les choses auront évoluées. N’avons-nous pas aujourd’hui des priorités plus urgentes ? L’évolution du climat, les pays en guerre, les souffrances des peuples déplacés ne mobilisent-ils pas les soucis de chacun ?! Ces arguments hypocrites dissimulent à peu de frais l’angle mort de la vision des valides qui rejoint la question de 2007 : si nous appartenons tous à la même humanité, alors l’enjeu de la vie affective et sexuelle des personnes handicapées est bien un sujet d’actualité brûlant.

Au fond, il semble que le plus insupportable aux opposants de l’accompagnement à la vie affective et sexuelle des personnes handicapées, c’est qu’il crée les conditions réelles d’une communauté et d’une intimité entre des personnes que tout séparait depuis toujours dans nos sociétés. Communauté car, oui, les personnes en situation de handicap sont avant tout des personnes. Intimité car, oui, tout l’enjeu de la vie humaine, à chaque rencontre fondatrice qui passe par l’esprit et le corps, c’est d’ouvrir avec l’autre une intimité, créatrice de liens privilégiés, partageable avec seulement cette personne ; une intimité source de découverte de soi, d’ouverture au monde et aux autres, source de plus de vie. Aller au plus intime de soi et de l’autre dans l’établissement de relations affectives et sexuelles, c’est atteindre ce lieu du renversement et du coup de pied au fond de l’eau qui vous fait remonter vers la lumière et les autres avec une incroyable envie de vivre. Alors oui, l’accompagnement à la vie affective et sexuelle ne pose qu’une seule question, celle de notre appartenance à l’humanité commune. Mais avec l’Appas la question est posée aux différents niveaux de l’individu et du collectif. Et donc désormais aux politiques qui doivent apporter aux personnes la réponse qu’elles attendent. Oui ou non ?


Edito du 1er mai 2015

Par Pierre Ancet

Philosophe

Membre du Conseil d'Administration de l'APPAS

Commençons par rappeler que l'accompagnement sexuel ne peut être réduit à un acte prostitutionnel : que fait-on de l'accompagnement des couples en situation de handicap physique qui ne peuvent avoir de rapport sexuel sans une aide adaptée ? Que fait-on de l'accompagnement des personnes déficientes intellectuelles et psychiques, un accompagnement essentiellement éducatif ? Que fait-on des personnes qui n'ont pas le tempérament de certaines personnes très autonomes psychiquement, ayant conquis de l'assurance, de la confiance en leurs capacités de séduction.

L'inquiétude de plusieurs opposants semble porter sur ce que représenterait symboliquement, pour une société, un service d'accompagnement sexuel de type prostitutionnel qui ne serait destiné qu'aux personnes "handicapées".

 

Acceptons d'envisager ce service sous l'angle d'un acte prostitutionnel, ce qu'il est actuellement aux yeux de la loi, il faut rappeler que la prostitution et les services sexuels ne sont interdits à personne en France (seul le proxénétisme l'est). Parlons donc d'un service sexuel adapté qui tient compte des difficultés rencontrées par certaines personnes "handicapées" (et non par toutes, fort heureusement !), notamment celles qui n'ont pas accès à la masturbation, ou plus généralement qui n'ont pas accès à leur corps comme réservoir pulsionnel. Cela n'empêche pas les rencontres, amoureuses ou seulement sexuelles, mais doit à terme au contraire permettre de les favoriser.

En effet, l'objectif de l'accompagnement sexuel pour de telles personnes est de pouvoir s'en passer. C'est une des différences importantes avec une démarche de prostitution qui souvent vise à fidéliser un client. Il s'agit ici d'aider une personne à prendre confiance, à se renarcissiser, sans qu'il y ait confusion entre ce qui relève de la sexualité et ce qui relève des sentiments.

Il ne s'agit donc pas de proposer une prestation destinée aux personnes "handicapées" qui doive se substituer aux relations affectives et sexuelles dans la durée. Nous le comprenons comme un moyen d'amorcer un changement de regard sur soi et un changement de regard des autres sur soi, y compris dans le domaine de la séduction.

Ainsi la médiatisation actuelle de la cause de l'APPAS est-elle propre à amener chacun à s'interroger sur la place de la sexualité dans sa propre vie, sur sa conception des normes rapportées au corps et à la séduction, afin de permettre à terme un changement de regard social.

Il s'agit pour l'APPAS de répondre à une situation actuelle de souffrance ressentie par de nombreuses personnes. Alors même que les retours de ceux qui y ont eu recours sont actuellement unanimement positifs, pourquoi s'opposer à cette pratique, si tant est qu'elle respecte ceux auxquels elle s'adresse et n'amène pas à la confusion entre sensualité et sentiments ? C'est en ce sens qu'une formation est importante, de même qu'est important le respect de la charte de l'APPAS.

La prise en compte de la parole des personnes "handicapées" exprimant une souffrance dans le champ affectif et sexuel permet leur reconnaissance, et il est possible de penser humainement l’autonomie et l’inclusion, y compris sous l'angle de la sexualité,  sans pour cela occulter le lien entre sexualité et sentiments, ou entre sexualité et sensation corporelle en général. En effet, la sexualité dont nous parlons désigne l'ensemble du plaisir que l'on rencontre par le corps, y compris dans la séduction, le regard, la caresse, le simple contact peau à peau... Elle ne se limite pas et ne doit pas se limiter à la sexualité génitale avec laquelle on confond généralement la sexualité.

 

L'accompagnement sexuel, si approprié qu'il soit, ne remplacera certainement pas d'autres dimensions de l'existence, nous souscrivons donc tout à fait à la conclusion que la sexualité ne peut être entendue comme un besoin spécifique hors de l’idée d’un accès à l’éducation, à la prévention, à l’intimité et à la liberté. Les actions de sensibilisation et de formation auprès des professionnels du secteur médico-social seraient précisément un moyen d'envisager cet "accès à l'éducation, à la prévention, à l'intimité et à la liberté" en milieu institutionnel. Elles doivent permettre à certaines personnes de découvrir leur corps comme désirant et désirable ; à d'autres de vivre leur lien amoureux et leur sexualité dans l'intimité la meilleure possible. L'importance de la sexualité ne doit pas être surévaluée sur le plan médical (on ne peut par exemple imposer à personne une prestation sexuelle, sous prétexte d'aide à la santé sexuelle), mais la sexualité des personnes "handicapées" ne doit pas être niée, elle possède le même rôle central que chez toute personne. Enfin, la sexualité reste de l'ordre du désir et ne saurait être réduite à un simple besoin, elle s'intègre dans l'ensemble d'une existence. 


Edito du 1er Avril 2015

Par Michaël SABATIE

Trésorier de l'APPAS

Le printemps arrive avec son florilège de changements climatiques, de bourgeonnement des feuilles et des fleurs, d’éclosion des papillons mais c’est aussi le temps des Assemblées Générales et des bilans dont notre association n’échappe pas à la règle.

Après une année 2014 en demi-teinte qui a surtout permis à l’APPAS de mieux se structurer, de s’affiner et de peaufiner ses actions, son véritable envol a eu lieu à partir du mois de mars 2015 avec la 1ère formation des accompagnants sexuels qui s’est déroulée à Erstein, en Alsace.

 

Un incident indépendant de notre volonté, nous a permis d’avoir une exposition médiatique inespérée dans laquelle notre cher Président, qui n’en demandait pas tant, s’est immédiatement engouffré et qui a eu pour conséquence de vraiment nous faire connaître au niveau national.

Je vous laisserai le soin de consulter tout le dossier « Presse » de ce site pour revivre les moments forts et épiques de ces dernières semaines.

Cela s’est traduit par une très forte augmentation du nombre de nos adhérents. L’attente est là et il s’agit pour nous maintenant de ne pas décevoir nos membres. Je me souviens d’un temps lointain, lors de mon service militaire, où l’on disait : « pas de moyens, pas de missions ». Cela vaut aussi pour notre association.

Les subventions publiques se sont considérablement réduites ces dernières années, en même temps le nombre d’association a augmenté. Nous sommes donc de plus en plus nombreux à nous partager un gâteau de plus en plus petit. Par conséquent, nous n’avons pas d’autre choix que de nous tourner vers d’autres solutions de financements comme le mécénat ou le sponsoring. Toute idée ou tout contact serait le bienvenu.

Je tiens ici à remercier Mr François Brottes, Député de l’Isère qui nous a accordé une subvention sur sa réserve parlementaire.

Notre Assemblée Générale à laquelle sont conviés tous nos adhérents se tiendra à Strasbourg le 11 avril. Le trésorier que je suis rappellera néanmoins que les personnes présentes doivent être à jour de leur cotisation.


Edito du 1er mars 2015

Par Brigitte LAHAIE

Marraine de l'APPAS

Franchement, en tant que personne valide, je n’étais pas fan pour côtoyer des personnes à mobilité réduite. Sportive mais aussi hyper dynamique, pour moi, la liberté passait forcément par le corps.

Puis, comme de nombreux cavaliers, j’ai été confrontée aux chutes douloureuses et aux séjours à l’hôpital. Durant ces périodes plus ou moins longues (suite à une jambe cassée, j’ai tout de même connu cinq mois d’immobilisation forcée), je me suis rendue compte que mon état d’esprit, malgré le handicap physique, restait toujours dynamique.

Sauf que, au lieu de galoper dans les champs, je galopais dans ma tête et ces périodes ont été très fructueuses en changement de cap dans mon existence. En quelque sorte, l’énergie qui ne circule pas par le corps circule dans notre tête. Je l’avais expérimenté grâce à la méditation mais c’est autre chose, la transformation intérieure est différente.

J’ai parfois des auditeurs qui connaissent le handicap et je suis ravie de les entendre s’exprimer car ils ont souvent une capacité d’élaboration psychique supérieure à la moyenne. Ainsi, comme le dit si bien Nietzche, «ce qui ne te détruit pas te rend plus fort ».

Les personnes en situation de handicap sont des êtres peut-être plus riches que les autres sur le plan humain, quand ils ont su dépasser leur épreuve.

Néanmoins, nous, personnes valides, nous sommes souvent gênées face à eux.

Cette gêne est normale car, nous sommes face à quelqu’un de différent et nous n’avons pas appris à gérer cette situation. Faire comme si nous n’avions pas remarqué, devenir un peu trop prévenant, faire preuve de pitié ou voire même ressentir une peur ou une angoisse diffuse ? Chacun fait comme il peut mais notre réaction est souvent un peu gauche et à n’en pas douter, celui qui est en face de nous doit s’en rendre compte.

 

Pourtant, ce qui fait la richesse des échanges humains, c’est plutôt la communication verbale. Qu’importe que notre interlocuteur soit laid, dans un fauteuil roulant, vieux ou malvoyant !

Les personnes en situation de handicap ont souvent bien plus à nous apprendre que la dernière vedette de téléréalité aux seins refaits ou ce joueur de foot devenu star en quelques mois.

Elles ont un vécu et elles sont aussi généralement plus dans la capacité d’échanger puisqu’elles ont appris à se connaître bien mieux que la plupart des gens.

 

Alors, la prochaine fois que vous aurez l’occasion de croiser une personne en situation de handicap, ne soyez pas gêné d’être gêné. Si vous croisez son regard, souriez comme on sourit à une belle âme. Il y a de fortes chances que vous ayez en récompense un sourire illuminé et si ce n’était pas le cas, alors vous aurez le droit d’avoir un peu de compassion pour cette personne qui n’a pas encore réussi à intégrer son handicap, sans doute encore trop récent… 


Edito du 1er février 2015

Par Pierre Ancet

Philosophe

Membre du Conseil d'Administration de l'APPAS

Qui serais-je aujourd’hui si je n’avais jamais été touché sensuellement ?  Et qui serais-je si je n’avais jamais été en capacité de me toucher moi-même ? Je me serais senti sous le registre du manque. Etre en situation de handicap n’est pas seulement lié au défaut de motricité, mais aussi du défaut de contact affectif et érotisé. C’est tout différent d’être enlacé par des bras qui vous aiment, vous réchauffent, vous caressent et d’être mobilisé par un professionnel, qu’il soit kiné, infirmier ou accompagnant. La différence repose non pas sur la qualité du soin et du prendre soin, mais sur la différence qualitative introduite par la sensualité et l’érotisation, qui est l’une des voies vers la réappropriation de son corps et la confiance en ses capacités.

Serais-je toujours puceau, honteux, et soumis à une image d'éternel enfant, gentil et peu viril ? Il semblerait en effet, selon une représentation bien-pensante, qu’en situation de dépendance physique, l’affection puisse suffire. Que peut-on souhaiter de plus à un « gentil handicapé » ? (comme si d’ailleurs la gentillesse devait être confondue avec la mièvrerie des sentiments, et le défaut d’intelligence). Ils sont gentils, se prennent par la main, c’est suffisant pour eux… Nous n’avons pas à nous préoccuper de désirs plus coupables, qui pourraient nous amener à évoquer la sexualité, la génitalité, la contraception et toute sorte d’autres questions dérangeantes, notamment en institution, ou les relations doivent être claires et propres, hygiéniques et aseptisées, comme les objets, les couloirs et les résidents.

Nous sommes très loin des représentations associées aux corps désirables dans le monde courant : toutes les femmes sont-elles à la recherche d’un « gentil mari », une sorte de mâle émasculé, discret et en retrait ? En restant dans un registre légèrement caricatural (mais ô combien révélateur), les hommes que désirent  les femmes sont-ils des hommes qui ont du caractère, qui s’opposent, sur l’épaule desquels on se repose, ou de « gentils » mâles, bien propres sur eux ? Pourquoi faudrait-il que les choses soient différentes lorsque l’homme en question est en situation de handicap ? Je ne prends ici que l’exemple de la masculinité hétérosexuelle pour en rester à ce que je connais plus personnellement, mais il est évident que l’on pourrait associer à la féminité d’autres stéréotypes sociaux qui, ici encore, ne s’appliqueraient pas aux corps avec un handicap, et trouver ainsi d’autres formes de masculinité homosexuelles ou hétérosexuelles qui ne verseraient ni dans un stéréotype ni dans un autre (ni l’être émasculé ni le mâle débordant de virilité)

Il m’apparaît donc essentiel d’être reconnu comme potentiellement désirable, de pouvoir toucher l’autre par sa personnalité et de pouvoir être touché en retour. Etre touché par un caractère, par une âme, être touché par un autre corps, dans un contact peau à peau. Il y a de mon point de vue un lien fort entre ce que l’on ressent pour l’autre et ce que l’on éprouve dans son corps.

Cette importance du lien entre affectivité et sexualité ne nuit nullement à la possibilité d’expériences d’accompagnement sexuel permettant de prendre confiance en soi et de se sentir se réapproprier son corps. D’ailleurs mes premières expériences en matière de sexualité ne se sont pas faites avec quelqu’un mais avec mon propre corps, par l’auto-érotisme. Je n’ai pas attendu d’être amoureux d’une personne pour oser parler de sexualité et essayer de sentir les zones érogènes de mon propre corps. Sans tomber dans la confusion entre sexualité et pornographie, mais en utilisant comme beaucoup d’adolescents des images suggestives pour nourrir mes fantasmes.

La mobilité de mon corps m’a permis l’auto-érotisme. Mais ce n’était pas mon corps seul qui me donnait du plaisir : mon narcissisme étant loin d’être suffisant pour ressentir du désir envers moi-même, j’ai donc eu recours aux fantasmes. J’ai imaginé que l’on me jugeait désirable, j’ai imaginé d’autres corps en contact avec le mien. Et j’y ai toujours recours aujourd’hui (je confesse bien volontiers ces « pensées coupables »). N’en déplaise aux confessionnaux des siècles passés, tout cela est très courant : que fait un homme valide quand il n’a rien à faire et qu’il se retrouve seul dans un lieu abrité du regard ? L’un des meilleurs moyens de passer le temps agréablement est de se donner du plaisir à lui-même en faisant travailler ses fantasmes (personnellement il m’arrive aussi de méditer ou de penser dans la solitude, ce qui peut être assez jouissif également, mais différemment). Nous ne sommes plus ici dans l’exigence haute en matière de sexualité où se développerait un plein accord avec le corps et l’esprit d’autrui, mais dans une expérience courante, faite depuis l’adolescence par un individu valide, mais interdite à quelqu’un qui ne peut se toucher lui-même ou ne ressent pas son corps comme réservoir pulsionnel.

Bien sûr il y a une différence forte entre le fantasme soutenu par l’auto-érotisme et la réalité d’un contact avec un autre corps : dans le fantasme, « l’autre » (son image, en fait) est un objet pour son propre désir. Dans la réalité du contact, on reste à l’écoute d’un autre corps, on éprouve quelque chose qui dépasse l’ordinaire, mais qui s’insinue dans le réel. Cela n’empêche pas, même dans le véritable contact, de projeter un grand nombre d’affects sur l’autre (plus corps que personne ici), de prendre ses propres désirs pour des réalités, mais il s’agit d’une expérience différente, où l’on commence à faire entrer dans le réel ce qui n’était qu’un tissu d’illusions, d’imaginations, de désirs, d’appréhensions parfois.

 

L’un des meilleurs moyens de dépasser ses angoisses et son auto-dévalorisation n’est-il pas d’essayer de s’y affronter ? Si on l’accorde en général, pourquoi ne pas l’accorder sur le plan de la sexualité ?  Ce dépassement se prépare, on n’y est pas toujours prêt quand on pense l’être. Et c’est précisément l’une des spécificités de  l’accompagnement : pourquoi passer directement à l’acte sexuel si l’on s’aperçoit sur le moment que ce n’est pas (ou pas seulement) à cela que l’on est prêt ? C’est une manière de grandir, de dépasser l’adolescence, d’entrer dans une autre dimension du contact et de la charnalité. Pourquoi devrait-on sauter par-dessus ces étapes (devenir d’un coup adulte autonome) ou ne jamais les connaître (rester un enfant sans sexualité) quand on est en situation de handicap physique ? Ce serait le meilleur moyen pour surestimer l’acte, et de rester durablement coincé dans son corps et dans ses propres fantasmes. Car on peut aussi s’enfermer soi-même dans la méconnaissance et l’idéalisation de ce que l’on n’ose essayer de connaître. Les prisons les plus redoutables sont aussi celles dont on ne voit pas les murs.


Edito du 9 janvier 2015

Par Vanessa Luciano

Membre du Conseil d'Administration de l'APPAS

2015 … Une année qui commence dans la lumière pour moi puisque Marcel Nuss me fait l’immense honneur d’écrire le tout premier édito de cette nouvelle année sur le site de l’APPAS. .. Alors que je viens à peine d’intégrer l’équipe du Conseil d’administration.


Il est de tradition de « présenter les vœux » pour la nouvelle année. Je suis loin d’être « traditionnelle » mais pour vous, je vais faire une exception.


2015 sera pour l’APPAS, et j’en suis convaincue, une année décisive annonciatrice de grands changements : est organisé pour la première fois en France une formation d’accompagnants sexuels pour les personnes en situation de handicap. C’est au mois de mars et du côté de Strasbourg. Vous trouverez plus d’informations sur le site.


Mes vœux pour tous et toutes :

Que vous souhaiter de mieux que, dans votre vie, la santé (pour vous et vos proches) ; dans vos affaires, la prospérité et beaucoup, beaucoup d’amour tout au long de cette année ?


Peu importe ce que les gens pensent de vous. Ne vous forcez jamais à être la personne que vous n’êtes pas. Soyez vous-même car c’est ce qui vous rend unique.


Je souhaite que l’APPAS et tous ses membres actifs vous apportent ce dont vous rêvez depuis peut-être de trop nombreuses années : vous qui souffrez d’isolement, de misère affective et sexuelle, puissions-nous vous permettre d’accéder enfin à l’expérience de l’exploration et de la découverte de votre corps.


Aussi, que cette année associative soit pleine de joies, de rencontres et d’échanges. Depuis 8 ans que je côtoie la misère affective et sexuelle sur le net par le biais du site de Brigitte Lahaie, je connais cette douleur. J’ai pu aider quelques-uns d’entre vous mais si peu en fait.


Mes vœux pour moi :

D’aider encore un plus grand nombre de personnes en situation de handicap. Je suis à votre écoute, nous sommes tous à votre écoute. N’hésitez pas à nous contacter, d’autant que l’APPAS a,  à présent,  des référents un peu partout en France.


Je terminerai par cette citation de Bouddha que j’affectionne particulièrement :

« Le plaisir se ramasse, la joie se cueille, et le bonheur se cultive »


Que l’APPAS vous aide, pour cette année 2015, à ramasser, à cueillir et à cultiver…


Soyez heureux.


Edito du 20 décembre 2014

Par Gwendie Bonnenfant

Assistante Administration Gestion au sein de l'APPAS

Quels mots seront du meilleur usage pour exprimer ce qui se dit difficilement, parfois pas du tout, parfois maladroitement. La même difficulté que rencontrent parfois le personnel professionnel accompagnant et les personnes accompagnées quand il s'agit du rapport à l'affectif, à l'intimité, à la sexualité. Souvent une sensation d'indicible face au vide qui se creuse autour du cœur et du corps.

On s'entoure alors de théories, de stratagèmes, de dispositifs, pour réparer, pallier, supporter, créer de la distance professionnelle. Quand pourrons-nous agir et être tête, corps et cœur liés. J'ai rencontré, lors d'une formation interculturelle, des éducateurs de rue mexicains. Leur pratique s'articule autour de ces notions. La tête qui nous sert à réfléchir doit nous permettre de recevoir l'information, de l'analyser, de concevoir des réponses adaptées. Le corps est présent, évoluant dans l'espace, touchant, exprimant. Le cœur tambourine sans cesse, le ressenti prend part à nos relations à l'autre, le sentiment nous guide aussi. Il s'agit alors de reconnaître ce que nous sommes et de questionner ces trois fondements sans cesse.

L'APPAS reconnaît et met en lumière les Hommes dans leur intégrité. Lorsque l'on frappe à une porte avant d'entrer, que l'on transmet son humeur matinale à la personne que l'on accompagne, qu'on le touche avec pudeur, on est Soi avec l'Autre. Il s'agit de respect et de reconnaissance mutuelles. Les conditions d'un dialogue vrai, les bases d'une relation de confiance. Trop souvent les relations sont minutées, trop souvent les questionnements refoulés. Où en sommes-nous d'ailleurs, chacun d'entre nous, avec notre propre intimité, sexualité ?

Il s'agit d'oser avoir des désirs, puis d'oser les exprimer. Nous en sommes là...

A-t-on le droit d'avoir envie de se masturber, d'acheter un DVD pornographique, de faire l'amour, de dormir avec quelqu'un ?... Sans conteste, oui. Mais alors comment oser dire, oser être sans concessions lorsque la dépendance est là ? Le désir fait partie de nous. J'ai rencontré beaucoup de gens à qui il manquait un bout d'eux-mêmes.

Dans le contexte de la vie en institution, on parle parfois « d’isomorphisme institutionnel », presqu’un gros mot ! Vivre ou travailler en collectivité amène parfois l'individu à adopter des comportements « adéquats », « adaptés », relatifs au fonctionnement d'une structure. Il en va de même par ailleurs pour la vie en société de façon plus globale.

L'APPAS propose des formations à destinations des professionnels accompagnants mais aussi des personnes désireuses de devenir accompagnantes sexuelles. Par ces actions, elle propose un vrai projet de transformation sociale, d'évolutions dans les pratiques institutionnelles, qui, je le pense, pourrait amener la société dans son ensemble à porter un regard nouveau sur la différence.

« Si le désir embellit toutes les choses sur lesquelles il se pose, le désir de l'inconnu embellit l'univers », écrit Anatole France dans Le livre de mon ami ; 1885

Désirons l'inconnu, n'ayons plus peur...

 

Bonnes fêtes de fin d'année à vous.


Edito du 7 décembre 2014

Par Akim Boudaoud

Sexologue, Membre du Conseil d'Administration de l'APPAS

Comment voulez-vous que les mots "personne" et "respect" prennent leur sens ?

 

Je voudrais comprendre pourquoi la "différence" fait peur ? Pourquoi la "déficience" génère de la frayeur ? Surtout, lorsque ces deux aspects sont visibles.

Pourquoi "l'inconnu" engendre la méfiance, le rejet et l'indifférence ? Sommes-nous devenus moins sensibles, moins tolérants, moins indulgents, moins bienveillants ?

 

Cinq millions de personnes sont touchées par la solitude (enquête fondation de France 7 juillet 2014, le Monde).

Cette étude révèle que quatre Français sur dix n'ont pas de contact avec leur famille, qu'un Français sur quatre n'a pas de relations amicales soutenues et près de quatre sur dix n'ont pas ou peu de contacts avec leurs voisins.

 

Voici quelques témoignages de certaines personnes sur des forums internet, cet espace où elles peuvent exprimer leur "sous-France", leur colère et leur détresse:

1- "J'ai un handicap léger mais visible, ça fait fuir certains hommes (beaucoup en fait) mais pas tous..."

2- "Il y a peu, je me suis inscrite sur un site de rencontres et j'ai eu beaucoup de réponses jusqu'à ce que les gens sachent que je suis handicapée."

3- "Lorsque l'on a un handicap, on est invité nulle part et sommes victimes de moqueries parfois même dans le milieu professionnel et de la part de gens ayant un rang hiérarchique très élevé. Aujourd'hui je me suis habituée à une vie seule."

4- "J'ai dû mal à accepter ce nouveau physique et la perte d'autonomie. Je n'ai jamais eu de petite amie, encore moins de plaisir et à 27 ans, je désespère..."

 

Que dire ? Quoi penser ? Pour ma part, j'ai envie simplement de comprendre notre société d'aujourd'hui, une société à l'heure de la consommation à outrance, à l'heure de la course vers la satisfaction d'un besoin imaginaire.

Il suffit de regarder autour de soi pour réaliser et comprendre que, plus la machine économique pousse, voire conditionne la personne à satisfaire ses désirs, ses envies par la consommation, plus celui-ci demeure insatisfait.

La personne a l'illusion d'avoir accès au plaisir, l'illusion d'une satisfaction et d'un bien-être, la vérité est que cette illusion du plaisir/satisfaction est conditionnée par la publicité de l'idéal et l'imaginaire.

 

N'y a t-il pas là un signe dans cette insatisfaction, un indicateur et une alerte pour se poser un instant et s'interroger réellement sur ces trois points qui nous taraudent en permanence ?

a- La notion de respect
b- La personne
c- Les notions de satisfaction/insatisfaction

 

Effectivement, notre mental est formaté par les médias et par notre environnement pour ne retenir que les modèles standardisés par le flux des pubs des revues, de la télé, d'internet...etc.

 

Cela nous conditionne à consommer des modèles standardisés avec une croyance ou encore une espérance du bien-être, et de la satisfaction qui, au final, nous rend dépendant de ces mêmes produits et modèles. L’être humain en oublie l’essentiel : l'absolu et l'indispensable pour vivre et exister. Il s'agit, vous l'avez compris, de ce qui fait le lien.

Le besoin d'établir des liens avec l'autre, le besoin de nouer des contacts et de se connecter réellement avec ses semblables, nourrissent, sans que l'être humain le sache depuis des millions d'années, son bien-être et sa bonne santé.

 

Si tout simplement nous prenions conscience de ces petits moments qui font interaction avec l'autre, interaction par le regard, le sourire, la parole, le toucher ..., cela réduirait probablement l'indifférence, le mépris, le rejet et l'intolérance.

Si, dans la notion du respect, nous arrivions à injecter un peu de "considération" et un peu de "reconnaissance" peut-être que cela atténuerait encore un peu plus l'indifférence et permettrait à la bienveillance de voir le jour.

Ce besoin de lien crée de la résonnance, nourrit la convivialité et renforce la communication, notamment la communication par les émotions.

Les neurosciences nous confirment aujourd'hui que les émotions positives sont bénéfiques pour le bien-être et la santé.

Exprimer ses émotions améliore et renforce le système immunitaire, protège contre certaines pathologies et agit comme mécanisme de prévention.

Rien que pour cela, cultivons jour après jour le lien avec autrui, multiplions les contacts pour renforcer mutuellement nos santés, cela serait encore mieux si "autrui" était différent.

Peut-être que se déconnecter des images pré-formatées et se connecter avec son semblable donneraient réellement un sens à la notion de respect et de personne.


Edito du 15 novembre 2014

Par Véronique Wilhelm

Membre du Conseil d'Administration de l'APPAS

Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler de la confiance sexuelle et du massage. Se sentir tranquille, libre de son désir et de ses pulsions, en accord avec son corps. Pour cela, il faut avoir une liberté intérieure et un regard positif posé sur soi.

La confiance sexuelle se traduit par le fait d’oser rencontrer l’autre, d’oser entrer en contact intime sans peur. Pour cela, il faut avoir suffisamment confiance en soi mais aussi se sentir en confiance avec son partenaire.

 

Avoir confiance en soi, cela veut dire, en matière de sexualité, avoir confiance dans son corps, dans l’image qu’il renvoie, dans sa capacité à donner et à recevoir du plaisir. Nul besoin d’avoir un corps parfait pour s’aimer, mais ne pas aimer son corps peut créer au fil du temps un conflit interne, ce qui peut avoir des conséquences négatives sur le désir et le plaisir. Un obstacle difficile pour bon nombre de personnes et peut-être plus difficile encore pour les personnes en situation de handicap. Il y a trois choses essentielles : une bonne estime de soi, se sentir désirable et être aimé.

Notre corps enregistre toutes les expériences et il existe une réelle mémoire corporelle. « L’éprouvé du corps » commence avec notre vie sur terre, dans le ventre même de notre mère. Comme un ordinateur qui enregistre toutes les données, notre corps enregistre toutes nos expériences corporelles. Si notre corps emmagasine de bonnes expériences, nous aurons une bonne estime de nous et notre confiance sexuelle sera renforcée.

Les rencontres amoureuses que nous faisons peuvent aussi être déterminantes en matière d’estime de soi. Un partenaire peut vous porter vers le haut et un autre peut vous faire descendre au plus bas. Il suffit parfois d’un mot, d’un regard pour se sentir dévalorisé. Un « bon partenaire » est une personne qui ne nous met pas en danger, qui est à l’écoute, présent et disponible.

Une sexualité heureuse peut nous transformer et avoir des répercussions dans tous les domaines de notre vie. Moins de stress, plus d’énergie, plus de joie de vivre, augmentation de la créativité et de l’imagination, nouvelle orientation professionnelle, nouveaux projets…..

Toutefois, il est très facile d’en parler, de faire de belles théories sur l’estime et la confiance en soi, avoir un « bon partenaire » qui vous valorise et pourtant ne pas être réconcilié avec son corps.

Aujourd’hui, il existe de multiples techniques de bien-être, elles donnent toutes de bons résultats. Pour ma part, je trouve que le massage est un bon moyen d’apprivoiser le corps, il favorise les bonnes sensations, il permet d’évacuer les mémoires négatives du corps et redonne confiance en soi.

Il permet aussi de développer un terrain propice pour une sexualité pleinement épanouie et apparait comme un premier pas vers la sexualité. Toucher l’autre, c’est communiquer. Etre à l’écoute du corps de l’autre, être attentif au rythme qui lui convient, adapter la force de la pression des doigts….

En matière d’accompagnement sexuel, la pratique et la maitrise du massage peut-être un outil essentiel car il permet d’éveiller la sensualité, de stimuler les sens, de se réconcilier avec son corps et d’érotiser la vie sexuelle.

C’est pour toutes ces raisons que lors de la formation à l’accompagnement sexuel des personnes en situation de handicap qui se déroulera en mars 2015, nous aborderons le massage, le touché et le rapport au corps.


Edito du 8 novembre 2014

Par Bruno Py

Conseiller juridique de l'APPAS

Le mieux que nous ayons à faire c'est de rêver d'un monde meilleur.

Le malheur de l'homme, c'est d'avoir trop souvent rêvé d'un monde parfait.”

Franz Bartlelt, Petit éloge de la vie de tous les jours (2009)

 

La sexualité est-elle un besoin ; l’orgasme est-il indispensable pour vivre ? Heureusement que non ! L’Histoire et la Science montrent que l’être humain peut se passer de toute sexualité, par contrainte ou par choix, sans que cela n’affecte son espérance de vie. Le constat est aisé, physiologiquement, la sexualité n’est pas un besoin. La réponse est différente, lorsqu’on se place sur le plan psychologique et relationnel. Si l’on admet que l’Homme est un animal social, alors il faut s’interroger sur l’impact de la privation de toute sexualité sur l’ensemble des relations avec les autres. « Je suis les liens que je tisse avec les autres» (Albert Jacquard, Petite philosophie à l'usage des non philosophes, 1997). Or, le ressort qui pousse vers les autres porte un nom : le désir. Désir d’être, d’exister, d’aimer. Lorsque ce désir est sexuel, il s’agit de libido. Exprimée ou pas, la libido existe en chacun. Elle peut être réprimée, frustrée ou sublimée, mais elle existe. C’est alors qu’interviennent les deux grands fondements de l’équilibre que sont la liberté et l’autonomie. Les personnes en situation de handicap, sont privées de liberté, par défaut d’autonomie. C’est pourquoi la loi tente de compenser cette perte d’autonomie pour permettre une certaine liberté. Faut-il aller jusqu’à prendre en compte la libido des personnes en situation de handicap ? Nous pensons que oui. C’est pourquoi nous militons à l’APPAS.

 

Encore faut-il distinguer l’assistance sexuelle et l’accompagnement sexuel. L’assistance évoque l’action d’aider celui qui est incapable. L’assistance suppose une relation asymétrique entre un aidant-autonome et un aidé-dépendant. L’inconvénient majeur de l’assistance est de faire du bénéficiaire un assisté et d’entretenir la dépendance. L’APPAS vise un objectif plus ambitieux : l’accompagnement. Le verbe accompagner signifie littéralement se déplacer avec un être animé. Accompagner, c’est faire un bout de chemin avec l’autre. Accompagner, n’est ni infantilisant, ni paternaliste. Dans le domaine érotique, l’accompagnement sexuel ne prétend pas être LA solution, mais se propose d’être une étape du progrès au bénéfice de celui ou celle qui souhaite être accompagné. L’accompagnement se conçoit exclusivement entre adultes volontaires. L’accompagnement sexuel est un projet pensé, espéré, accepté et dans le meilleur des cas, réalisé.

 

Bien entendu, l’accompagnement sexuel ne peut être limité à un acte sexuel classique qui n’est parfois pas possible, parfois même pas demandé. Il peut englober toutes les formes d’expression de la libido, en passant par les textes et les images, les objets et les gestes, les mots et les silences, qui font la sexualité des hommes et des femmes libres.

 

« Le monde est dans ma tête, mon corps est dans le monde» (Paul Auster La Solitude du labyrinthe, 1997)

 

Parce que la sexualité est de tête et de corps, à défaut d’autonomie, l’accompagnement sexuel est un chemin vers la liberté.


Edito du 16 octobre 2014

Par Laetitia Rebord

Secrétaire adjointe de l'APPAS

Le site internet communautaire Quintonic.fr, un réseau social s’adressant à la génération active des 50 ans et plus a interrogé ses membres au sujet de l’accompagnement sexuel des personnes en situation de handicap. Selon un sondage en ligne qu’il a mené du 5 au 13 mai auprès de 812 internautes, les trois-quarts (74 %) des répondants se prononcent pour.

Ils estiment qu’il faut légiférer en ce sens, au nom du droit pour tous à la sexualité. Pour eux, l’accès à une vie affective et sexuelle grâce à l’accompagnement sexuel permettrait un meilleur épanouissement des personnes concernées et ce moyen nécessiterait d’être reconnu et défendu.

C’est en effet un sujet important qui interpelle l’ensemble de la société et contre toute attente, l’opinion publique pourrait se montrer en faveur d’une législation en la matière.

 

Pendant mes interventions pour l’organisme de formation pour lequel je travaille, je tiens toujours à aborder le sujet de la vie affective et sexuelle des personnes en situation de handicap. C’est une problématique qui suscite toujours beaucoup d’intérêt.  J’aime particulièrement discuter et découvrir les réactions des stagiaires sur l’accompagnement sexuel. Certains en ont déjà vaguement entendu parler mais la plupart ignorent même l’existence d’une telle pratique. Généralement, ils comprennent parfaitement le besoin, sont conscients de la frustration que peut engendrer l’immobilité du corps mais après un court instant de réflexion, ne voient pas comment il est possible de répondre à cette attente, notamment lorsque ce n’est pas compatible avec leur religion.

 

Dans ce cas, je demande si l’on doit priver les personnes d’une tentative de réponse parce qu’on ne trouve pas de solution en accord avec nos propres principes et valeurs, parce que notre religion l’interdit ?

 

Chez les personnes en situation de handicap, l’avis sur la question est souvent plutôt positif mais elles précisent régulièrement que ce n’est pas pour elles.  Je m’aperçois qu’il y a, parmi les réactions, un idéalisme récurrent de découvrir le corps plaisir avec l’être aimé, la différentiation de l’amour et du sexe semble très complexe chez les français. Sexe et amour peuvent être dissociés, même si cela déplaît à certains tenants de l'ordre traditionnel de la famille et du couple. Devrait-on alors imposer l'abstinence à des personnes n'ayant pu s'insérer corporellement, en raison de leur dépendance physique ?

 

Comme je le dis souvent, moi aussi j’aimerais tellement connaître le plaisir charnel avec quelqu’un qui m’aime et que j’aime. Mais certains blocages en moi, dont le lourd handicap est en partie responsable, ainsi que mes occasions de rencontres actuelles, ne me permettent pas d’accéder facilement à ce schéma.  Et c’est le cas de nombreuses personnes en situation de handicap.

En attendant, faut-il continuer à souffrir parce que celui ou celle qui vous aimera vous fera tout découvrir tôt ou tard ? Pas trop tard si possible, au moins avant de mourir !

 

Quant aux opposants à l’accompagnement sexuel, que j’aime aussi beaucoup écouter pour tenter de comprendre les raisons de leur rejet, l’argumentation est souvent similaire. Ils sont contre la marchandisation du corps, contre la prostitution, même volontaire et spécialisée, et se demandent pourquoi ce service serait uniquement proposé aux personnes en situation de handicap. Cette dernière question étant d’ailleurs, même pour moi, à l’origine de nombreuses interrogations. 

 

Après les avoir écoutés, j’exprime mon opinion. Pourquoi vouloir empêcher une liberté quand deux individus sont éclairés, responsables et consentants ? Pourquoi refuser une forme de prostitution spécialisée quand elle est pratiquée par des personnes formées et parfaitement volontaires ? Comment interdire à deux adultes consentants le droit de se toucher, si ce n'est au nom d'une morale liberticide ?

 

C’est alors que l’on me rétorque que l’accompagnement sexuel est la porte ouverte aux abus sur les pauvres petits handicapés sans défense. Priver les gens d'un droit en prétextant de les protéger est une ruse bien connue des puissants. C'est ce que font les bien-pensants qui empêchent les travailleurs/euses du sexe d'exercer, ceux qui restreignent la liberté au nom de la sécurité.

Attention, je ne nie absolument pas que les abus existent malheureusement. Sur les personnes bien portantes comme en situation de handicap. Le risque zéro est un mythe, vivre est un risque permanent. Je ne veux simplement pas que l’on empêche qui que ce soit de vivre pleinement. Les accompagnants sexuels formés et encadrés sont tout sauf des prédateurs. Il n’y a pas plus humains que ces personnes-là.

 

Bonne nouvelle, toutes ces opinions sont le signe que le débat s’ouvre enfin. J’espère voir, de mon vivant, une France où l’accompagnement sexuel sera compris, en place et rentré dans les mœurs ! Ce jour-là, on pourra se dire que le combat de l’APPAS n’aura pas été vain.


Edito du 3 octobre 2014

Par marcel Nuss

Président de l'APPAS

Un an déjà !

 

Il y a un an est née l’APPAS. Un an déjà. Et nous n’avons pas chômé pendant ce temps. Nous en avons fait du chemin en 12 mois.

Nous avons près d’une centaine d’adhérents aujourd’hui ; plusieurs accompagnant(e)s sexuel(le)s collaborent avec nous dans certaines régions, pas suffisamment malheureusement, pour l’instant ; en septembre, nous avons dû reporter la première formation à l’accompagnement à la vie affective et sexuelle en France, la veille de son lancement, du fait d’un nombre trop important de désistements en dernière minute, mais ce n’est que partie remise ; cet automne, nous allons déposer une demande de subvention auprès de la fondation de France, avec pour objectif d’obtenir le financement d’une recherche-action dans le champ de la vie affective et sexuelle en milieu institutionnel ; nous allons collaborer, l’année prochaine, à un projet d’étude autour de la vie affective et sexuelle initié par l’association belge Aditi, auquel sera associé le SEHP, en Suisse ; nous mettrons en place un réseau de référent(e)s locaux(les) à partir d’octobre, etc. Enfin, nous avons été rejoints cet été par Gwendie qui, je l’espère, pourra devenir notre assistante à temps plein dès que possible, car ses compétences nous sont très précieuses pour continuer à évoluer et à mûrir.

Et où en est-on sur le terrain ? Nonobstant un silence toujours aussi étonnant chez les opposants à notre cause, grâce à l’APPAS, quelques femmes et hommes « handicapé(e)s » ont pu bénéficier d’un accompagnement sexuel avec bonheur, d’autres sont en attente car, dans leur région, il n’y a pas encore d’accompagnant(e) sexuel(le) ; cependant, les demandes sont relativement (encore) limitées. Pour quelle raison ? Dans le même temps, la majorité de mes interventions, depuis deux ou trois ans, ont pour sujet l’accompagnement à la vie affective et sexuelle des personnes handicapées, que ce soit dans des écoles de formation, des colloques ou des institutions. C’est donc devenu un thème « à la mode ». Il intéresse autant qu’il dérange, il suscite une réelle curiosité, autant qu’il provoque du rejet. Il reste entouré d’importants préjugés et d’idées reçues chez les futurs professionnels des métiers de l’accompagnement et du soin, notamment la crainte récurrente de devoir faire de l’accompagnement sexuel (surtout des masturbations) dans le cadre de leur travail, par manque d’informations correctes et fiables. Dans les colloques, la thématique est exponentielle ces dernières années, des associations et des organismes sociaux, médico-sociaux ou même médicaux, s’en emparent pour plancher dessus avec leurs adhérents et/ou collaborateurs, par souhait d’avancer ou pour être dans l’air du temps. Idem des institutions qui, comme je le constate régulièrement, font appel à mes services dans le but d’avoir une caution morale, de se donner bonne conscience et de se dédouaner : on a organisé un événement autour de l’accompagnement à la vie affective et sexuelle de nos résidents, on fait donc la preuve que cela nous tient à cœur, qu’on a le souci de la libido et de l’affect des personnes « à notre charge », qu’on a l’intention de faire quelque chose… dès que possible… Et, en fait, on se contente d’ergoter, de tergiverser, d’estimer qu’il est encore urgent d’attendre, après avoir laissé percer une lueur d’espoir faussement émancipatrice, le temps de m’avoir fait intervenir. Sauf que cela éveille des émulations, des encouragements, des interrogations et des rassemblements partisans qui risquent de faire boule de neige. Il me suffit d’entendre les réactions de certains auditeurs, résidents et professionnels, après mon intervention. La graine est plantée, malgré tout. Elle prendra le temps qu’il faut pour éclore. Et puis, il y a aussi par-ci par-là, de plus en plus nombreux, des établissements qui osent être à l’écoute des demandes et des attentes, en matière d’affectivité et de sexualité, des personnes qu’ils accompagnent et acceptent que l’accompagnement sexuel devienne une réalité dans leur établissement.

Qu’est-ce qui retient les récalcitrants ? Leur morale ? Une certaine idéologie ? De l’intégrisme ? La peur de la justice ? Un peu de tout cela ? Certes, il y a de l’hypocrisie et des craintes infondées derrière nombre de rejets (l’APPAS étant prête désormais à endosser le rôle d’intermédiaire entre l’accompagnant(e) sexuel(le) et les client(e)s en situation de handicap où est le risque ?), mais il reste également sur le sujet beaucoup de mésinformation et de désinformation, de méconnaissance voire d’inculture. D’où ma conviction que, après avoir passé une première année à construire les fondations de l’association, l’essentiel de notre engagement en 2015 devra porter sur la communication et la sensibilisation des professionnels et de la société en général. Sur le travail de terrain donc et les partenariats avec certaines associations hexagonales (non sujettes à la tentation de la récupération) et européennes. Ce qui implique de trouver les énergies, les soutiens et les moyens suffisants pour le faire…

 

Un an d’existence déjà pour l’APPAS. Mais nous ne sommes qu’au début… Et il reste tant à faire.


Edito du 15 septembre 2014

Par Amélie LAGUZET

Vice-présidente de l'APPAS

En janvier dernier j’avais l’honneur d’écrire le premier édito de l’année 2014. Notre association en était à ses balbutiements et je découvrais avec bonheur mes « collègues » lors de nos premiers conseils d’administration.

 

Neuf mois plus tard nos discussions passionnées, nos nombreux échanges et notre détermination aboutissent sur une première session de formation d’accompagnants sexuels. Une première victoire.

 

Je sais combien cette nouvelle suscite d’espoir. Je sais les attentes de beaucoup d’hommes et de femmes déconnectés de leurs corps. Je sais les besoins, les envies. Je les ressens chaque jour. Je les vis depuis bientôt 20 ans et je côtoie la cruelle frustration de la peau qui réclame, de l’esprit qui supplie et du corps qui ne répond pas.

 

Il y a quelques mois mon amie Laëtitia Rebord commençait son édito par ces deux phrases :

 

« J’ai eu beaucoup de chance. Je suis née avec une maladie génétique qui a abouti à la paralysie totale de mon corps. »

 

Je pourrais rebondir en balançant :

 

« J’ai eu beaucoup de chance. J’ai eu un grave accident de la route qui m’a laissée paralysée des quatre membres. »

 

Et c’est presque vrai. Je vis plutôt bien mon handicap. J’accepte d’être, comme l’écrit Charles Gardou(1), « pas du bon côté du hasard ». Et sans aller jusqu’à dire que j’ai eu la chance de faire un joli soleil sur une route de campagne aux côtés d’un conducteur ivre, je peux quand même affirmer que le handicap n’est pas la fin d’une vie. En tous cas il n’a pas été synonyme de la fin de ma vie. Il l’a juste profondément modifiée. Un jour j‘étais valide. Le lendemain j’étais paralysée des quatre membres. Un jour j’étais autonome. Le lendemain j’étais dépendante pour tous les gestes essentiels à ma vie. 

 

Être accompagnée au quotidien est un combat. Un combat pour conserver sa dignité et le peu d’autonomie qu’il vous reste. Un combat pour faire respecter ses choix. Un combat pour faire entendre ses besoins, des plus importants aux plus futiles, des plus évidents aux plus intimes. Je mène ce combat du mieux possible, en essayant de ne pas trop blesser l’autre. Mais il arrive que je le mette au tapis par mes demandes qui heurtent, qui bousculent, qui déstabilisent. Devrais-je alors déclarer forfait ? Et qui sont ces gens incapables d’entendre ou de comprendre que mon handicap n’a pas tué mon humanité, que je fais toujours partie du cercle de la vie, que je ne suis ni en dehors, ni à côté mais bien dans la vie, avec tout ce que cela implique.

 

Si cette vie, ma vie, est différente, singulière, par rapport à celle du commun des mortels, je n’ai pas, moi, l’impression d’être différente. Enfin jusqu’au moment où je me heurte à la norme. Car c’est bien elle, la norme, qui fait de moi un être différent, pas à sa place, en équilibre instable entre la valide que j’ai été, la « normale », et l’handicapée que je suis devenue, l’ « anormale ». Anormale aux yeux de qui ? Anormale par rapport à qui ? Aux bien-portants ? Ceux qui se croient à l’abri, qui nous parle d’accessibilité universelle, d’inclusion, tout en nous confinant dans des lieux spécialisés, de l’école au travail, de nos lieux de vie à nos loisirs … et à notre sexualité. Puisque cette dernière ne peut pas ressembler à la norme en vigueur du fait de nos limitations, de nos difficultés, elle devient moins valable, anormale, hors-norme. On ne veut pas en entendre parler, ni même l’imaginer. Ces corps abimés, torturés …

 

Certains sont pourtant prêts à s’attarder auprès d’eux. Ils le font déjà. Ils touchent des peaux, effleurent des lèvres, caressent des visages, frôlent des torses et des poitrines, s’allongent contre des dos, des jambes et pénètrent des corps abimés, torturés … D’autres vont se former à cet accompagnement pour aider leurs semblables « qui ne sont pas du bon côté du hasard » à vivre des moments intenses, à se sentir plus vivants encore.

 

Être handicapé n’est pas une punition, ni un châtiment. Être handicapé n’est pas une fatalité ni un destin tout tracé par je ne sais quel génie pervers. Être handicapé c’est un coup du sort, ça tombe sur ton enfant, ton mari, ton père ou sur ta pomme. Ca n’enlève rien à ce que tu es mais ça te prive de toi-même. Heureusement les autres sont là …

 

(1) Charles Gardou – « Fragments sur le handicap et la vulnérabilité » - Éditions Érès

 


Edito du 29 août 2014

Par Brigitte LAHAIE

Marraine de l'APPAS

Le concept de santé sexuelle a été reconnu par l’OMS (organisation mondiale de la santé), il y a déjà de nombreuses années. Ce qui signifie que tout humain, sur cette planète, a le droit de vivre une sexualité. En tout cas, chaque Etat devrait reconnaître à chacun de ses citoyens des droits sexuels.

 

Bien sûr, l’être humain n’est pas un animal et sa sexualité est toujours complexe et individuelle. On ne pourra jamais définir, une fois pour toute, ce qu’est le besoin sexuel d’un homme ou d’une femme. Tout comme la définition de la norme sexuelle reste une définition fluctuante.

Néanmoins, nous devrions pouvoir reconnaître à chacun un droit à « sa liberté sexuelle ».

Si un individu peut préférer n’avoir aucune sexualité, cela n’en fait pas pour autant un être anormal. Il a sans doute sublimé sa sexualité ou a choisi de la refouler, à moins qu’il n’accepte la frustration que lui impose son ou sa partenaire. Bref, il reste libre par rapport à lui-même.

 

Mais, quand cette absence de sexualité est due à des contraintes imposées par son état de handicap et par une société peu encline à l’aider dans ses désirs ; on peut, et j’ose le dire, parler de maltraitance ou, en tout cas, de non-assistance à personne en souffrance.

Voilà pourquoi il serait grand temps, en ce début de XXI siècle, d’aborder en toute conscience la question de la sexualité des personnes en proie à un handicap. Qu’il soit physique ou mental.

 

L’un des premiers préjugés à faire tomber, et non le moindre, c’est cette tendance chez le plus grand nombre de gens, à lier sexualité et reproduction.…

Alors, si en effet, il me semble peu propice de laisser des personnes handicapées mentales devenir parent puisqu’on sait à quel point un enfant peut être perturbé lorsque son père et, à plus fortes raisons, sa mère ne peuvent pas lui apporter le minimum de soins, restons prudent et prévoyons une contraception adaptée à ceux-là.

En revanche, les autres personnes handicapées physiquement, même gravement, sont tout à fait aptes à élever correctement un enfant. Je dirai même que leur handicap peut parfois les avoir rendues encore plus responsable de ce qu’est la vie et ses avatars.

 

Autre tabou à lever, la notion de violence sexuelle. Et cela demandera sans doute également un véritable travail en amont.

Soyons lucide, la violence sexuelle existe bel et bien dans notre société.

Violence auprès des enfants, qui ne sont pas respectés dans leur enfance, attouchements etc…

Violence auprès des femmes trop souvent agressées parce qu’elles sont du « sexe faible ».

Viols et autres maltraitances du corps, harcèlements sexuels sur le lieu de travail.

Violence auprès des personnes âgées, notamment dans les maisons de retraite où l’intimité est parfois bafouée.

Violence de certains personnels soignants qui ne respectent par le corps du patient.

Violence dans la manière d’aborder la question de la prostitution, notamment en voulant pénaliser ces pauvres clients

Violence vis-à-vis des femmes ou des hommes qui osent abuser de leurs charmes à des fins mercantiles et à qui on ne reconnait pas de statut digne de ce nom

Et bien sûr, violence dans le refus d’apporter un bien-être sexuel aux personnes handicapées.

Cette liste n’est d’ailleurs peut-être pas exhaustive !

 

Pour avancer, il serait temps de mettre le corps à sa juste place, reconnaître les bienfaits d’une sensualité harmonieuse. Pour le bien-être de tous…


Edito du 03 juillet 2014

Par Anne Fesquet,

Membre du Conseil d'Administration de l'APPAS

Aujourd’hui j’ai envie de m’adresser spécialement aux professionnels du secteur médico-social.

 

En effet, j’ai rejoint les rangs de l’Appas pour mettre mes convictions au service de ce combat : faire respecter les droits de l’Homme et l’égalité entre les Hommes, parce que c’est de cela qu’il s’agit !

De la même manière que dans certains pays, avoir de l’eau est un combat, manger à sa faim une lutte de chaque instant, dans notre pays, certaines personnes n’accèdent jamais à ce qui fait l’essence même de la vie : la rencontre physique avec l’Autre, la sensualité, la sexualité.

 

En tant que professionnels vous travaillez au contact de personnes en situation de handicap physique ou mental, que ce soit en institution ou à domicile : vous les accompagnez, vous les aidez dans leur vie quotidienne, vous trouvez normal de les faire manger, boire, de les soigner, de les habiller, de leur parler, de les divertir, de les faire sortir voir le soleil…. Et j’en passe.

Alors pourquoi ce blocage face à une chose tout aussi naturelle, tout aussi essentielle à nous autre être humain…

 

Quand on parle de ce sujet, quelle que soit la fonction ou le statut du professionnel, encore trop de personnes réagissent en riant, mal à l’aise ou en évacuant la question, l’estampillant comme secondaire.

Il faut pourtant, par humanité, sortir de ces rires, de cette fuite perpétuelle et affronter le problème. Le nôtre d’abord… face à notre propre sexualité, notre propre corps et notre rapport au regard des autres… ce n’est pas simple, que l’on soit valide ou en situation de handicap : le corps, la séduction, la sexualité sont encore trop souvent des questions taboues.

Pourtant il est essentiel que nous, professionnels du médico-social, arrivions à nous dépasser sur ce sujet !

 

Pour vous y aider, l’Appas organise des formations à destination des professionnels encadrant des publics en situation de handicap physique ou mental. C’est l’occasion pendant 2 jours de pouvoir parler du sujet, poser ses craintes et ses difficultés, échanger avec d’autres professionnels sur le thème, mettre en lumière les enjeux d’une approche globale de la personne, travailler sur ses propres projections et représentations en matière de handicap et de sexualité.

Encadré par un binôme de formateur : Une personne en situation de handicap et une personne valide (juriste, psychologue, sexologue, etc.) : la richesse des échanges et de la pédagogie s’en trouve accrue !

Si vous êtes intéressé, n’hésitez pas à prendre contact avec nous pour avoir des renseignements sur le sujet.

 

Dans l’attente, je vous souhaite au nom de toute l’équipe de l’APPAS un excellent été et vous donne rendez-vous en septembre. 


Edito du 16 juin 2014

Par Pierre Ancet

Philosophe

Membre du Conseil d'Administration de l'APPAS

Avant le grand congrès de 2007 organisé à Strasbourg par Marcel Nuss, publié depuis dans Handicap et sexualités : le livre blanc, je n'avais jamais réfléchi à la question de l'accompagnement sexuel et sensuel de personnes en situation de handicap. Ce congrès a été pour moi l'occasion de nombreuses interrogations : pourquoi un tel accompagnement ? N’est-il pas une forme de prostitution à caractère compassionnel destiné à des personnes jugées incapables de séduire ? Ne correspond-il pas à une demande essentiellement masculine et qui plus est dans une acception très machiste du masculin ?

La rencontre avec des personnes vivant avec un handicap m’a, comme toujours, ouvert les yeux sur la fausseté de ces représentations, à tout le moins sur leur caractère incomplet (car les écueils dont je viens de parler existent réellement).

J'ai compris toute la subtilité d'un tel accompagnement qui apparaît indispensable pour des personnes totalement paralysées qui ne peuvent avoir accès à l'auto-érotisme, et qui n'ont de rapport à leur propre corps que par l'intermédiaire de mains étrangères dont elles sont plus l'objet que le sujet incarné. Or cette incarnation est préalable à la sensualité et au plaisir, et elle n’est pas toujours facile à découvrir (ou à redécouvrir après un accident). Redonner chair, c’est aussi une manière de redonner vie.

J'ai également compris que des personnes atteintes de troubles psychiques pouvaient avoir besoin d'un tel accompagnement, afin de se réapproprier leur corps qu'elles ne perçoivent pas toutes comme un réservoir pulsionnel potentiel. Je pense notamment à certaines formes d’autisme, et à la possibilité de diminuer par cet intermédiaire des comportements agressifs ou auto-destructeurs. 

 

En ce qui me concerne, je considère la sexualité comme quelque chose d'extrêmement intime, où se mêlent les sentiments, les affects, le désir non pas pour un corps mais pour une personne. Il m’est donc très difficile de séparer affectivité et sexualité. Mais je peux comprendre qu’il en aille autrement pour d’autres. Pour moi, un regard peut être aussi profondément érotique que l'est un toucher génital. Inversement, un toucher génital, même attentif, peut être déplaisant : qui donc considère comme sensuelles les consultations gynécologiques ou andrologiques ? L’intention qui guide le mouvement, la qualité du contact et l’attente qu’il suscite sont donc des éléments essentiels de l’accompagnement.

 

Il convient donc de distinguer le contact et l'intention qui guide le toucher, qui lui donne de la sensualité. Le contact peut être technique et se réduire au toucher ; il peut être celui d’un massage qui procure du bien-être sans être sensuel. Si l’une et l’autre des personnes partagent une même intention de sensualité, comme dans l’effleurement ou la caresse, il change alors de nature. Il peut aller jusqu’à l’érotisation, qu’il ne faut pas confondre avec la seule génitalité (ce serait d’ailleurs bien triste de limiter la sexualité en général à certaines zones seulement). Dans le contact, tout est une question d’intention et de conscience de ce que l’on est en train de proposer à l’autre. L’accompagnement sexuel requiert une grande capacité de recul par rapport à ses propres actes et ressentis. En aucun cas il ne peut se substituer à une relation affective.

 

C’est pourquoi l’accompagnement sexuel, s'il est une étape importante, ne sera jamais qu'une étape dans le développement général d'une existence. Il doit permettre de développer un autre rapport à son corps et à soi-même.

Bien vivre son corps, et plus tard bien vivre son couple, dépend de l'ensemble de cette relation à l'autre. L'accompagnement sexuel n'est en ce sens qu'une forme d'accompagnement vers la rencontre. Il ne doit pas être sous-estimé, Ni sur-estimé. Encore moins obligé !

 

On comprendra que j’aie longuement hésité avant de rejoindre l’APPAS, mais les rencontres que j’ai faites et les textes que j’ai lus, qu’ils soient hostiles ou favorables à l’accompagnement sexuel, m’ont permis d’avancer dans ma réflexion. Ce sont notamment les regards féminins sur cette question qui ont eu raison de mes réticences. Je ne peux pour conclure que renvoyer le lecteur aux éditos présents sur cette page, qui m’apparaissent mesurés et respectueux du bien-être comme du choix des personnes concernées.

 

Il est vrai qu’en pratique (si ce n’est dans les discours), la sexualité ne fait pas bon ménage avec la vie en institution. Parce qu’elle est intime, elle rompt l’uniformité des rythmes et oblige à une certaine adaptation.


Edito du 04 juin 2014

Par François Vialla

Conseiller juridique de l'APPAS

Il pourra paraitre étonnant de lire ici des propos de juriste, tant la question de l’intime, de la vie privée, de la vie affective et sexuelle ne saurait être confinée dans le droit. Pour autant, il ne sera peut être pas vain de rappeler que de la Convention Européenne des Droit de l’Homme au Code civil, du  Code de l’action sociale et des familles au Code de la santé publique, nombreux sont les textes qui garantissent à tous le droit au respect de sa vie privée. Notons que ces articles utilisent l’adjectif possessif « sa » et non l’article « la ». Il s’agit bien de ma, ta, sa, notre, votre, leur… vie privée qui est source des préoccupation du droit. 

 

Assurément en la matière,  les demandes des personnes, celles qui vivent en institution notamment, seront souvent ambivalentes.

 

Elles souhaiteront, bien évidemment, voir leur pudeur respectée, quant bien même des actes de soins semblent « aller de soi » pour les professionnels. Cette certitude n’est pas toujours partagée par la personne. Comment ne pas illustrer ce propos par un passage de l’ouvrage de Grand Corps Malade (Patients, Ed. don Quichotte 2012) : « Après le petit déj, c’est l’heure merveilleuse d’aller à la selle. Enfin le mot « aller » est un peu fort, puisque tout se passe sur son propre lit. (évidemment les draps sont protégés par une sorte d’alèze jetable). On te positionne en chien de fusil, sur le flanc, les jambes rempliées (sensation d’ailleurs extrêmement agréable quant tu es sur le dos depuis un mois). Et comme l’étendue de tes possibilités musculaires ne permet pas l’action de « pousser », on t’introduit un suppositoire, et, vingt minutes plus tard, l’aide-soignant  ou l’infirmière, dûment muni de gants jetables, vient t’aider à évacuer tout ce qu’il y a à évacuer. (Moment de l’histoire à lire en dehors des repas.) ».

En fonctions des regards, des attitudes, la pudeur pourra aisément se muer en honte, si l’on n’y prend garde : « Et (…) on peut mourir de honte, et une pudeur blessée est la plus profonde des douleurs, parce que de toutes la plus inexplicable » (Søren Kierkegaard, Le concept de l’angoisse, Gallimard, 1935).

 

 Par delà le nécessaire respect de la pudeur de chacun, se  pose ensuite la question de l’exercice et de l’expérience d’une vie privée.

 

Il convient de faire en sorte que toute personne soit en mesure  d’exercer ses droits et  libertés fondamentaux,  afin que nul ne soit confiné dans sa pathologie, son âge ou son handicap. Il faut lutter contre toute forme de résidualité de la personne. Au nom d’un humanisme élémentaire, nous ne pouvons être seulement considérés comme des organes malades ou disfonctionnants. Qu’est ce que l’humanisme, sinon une « Doctrine, attitude philosophique, mouvement de pensée qui prend l'homme pour fin et valeur suprême, qui vise à l'épanouissement de la personne humaine et au respect de sa dignité » (Dict. Académie Française, www.atilf.fr, V° Humanisme). Cette primauté de la personne est au demeurant aussi affirmée par l’article 16 du Code civil.

Toute action de « prise en soin » de la personne doit donc veiller à respecter et garantir  cette primauté. Le Code de l’action sociale et des familles en convient lorsqu’il rappelle, dans le champ des situations de handicap notamment, que les fondements de toute action médicosociale sont ancrés dans l’affirmation de l’autonomie de la personne et dans la recherche de son « épanouissement personnel et social ».

 

Comment ne pas considérer alors que la promotion  de l’exercice des libertés, que l’existence d’une vie affective et sexuelle, participent de cette quête d’autonomie et d’épanouissement.

 

Au  nombre des libertés constitutionnellement garanties, le respect de notre vie privée figure en bonne place. La vie sexuelle est garantie par des instruments constitutionnel, conventionnel et législatif,  en tant qu’elle est une  composante de la vie privée. La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH, KA et AD, 1 février 2005, req. n° 4275/98, 45558/99) a même reconnu « le droit à l’épanouissement sexuel ».

 

Pour autant la sexualité, en tant qu’élément de la vie privée,  est généralement considérée comme une liberté et non comme un droit subjectif opposable. Aussi pour certains le droit au respect de la vie privée demeurera lettre morte, puisqu’on ne protège … que ce qui existe ! Il faudrait donc veiller à ce que la vie privée de chacun existe …  afin qu’elle puisse être protégée.

 

 

Mais comme souvent il faut conclure que « le dire c’est bien, le faire c’est mieux ».

 


Edito du 15 mai 2014

Par Pascal Dreyer

Vice-président de l'APPAS

Il entre, dans les débats autour de la définition et de la mise en œuvre concrète de services d’accompagnement à la vie affective et sexuelle des personnes en situation de handicap, davantage de fantasmes que de réflexion véritable. Et depuis 2007, la question de l’échange d’argent cristallise des positions qui assimilent l’accompagnement à la vie affective et sexuelle à la prostitution. Ce que la violence des interpellations des acteurs ne cesse de montrer c’est qu’il nous reste à accomplir de grands progrès sociaux et humains pour être en mesure de penser et d’accompagner les désirs des femmes et des hommes en situation de grande dépendance. Nous devons lutter chacun contre nos préjugés, nos représentations et les clichés qui ont d’autant plus de force que nous pensons qu’ils décrivent une réalité objective. Or ces clichés, comme autant de chausse-trappes, dissimulent l’oppression habillée en bienveillance protectrice de personnes placées sous des autorités qui les assignent à la neutralité. Etre en situation de handicap, être l’objet de la sollicitude des institutions et de la puissance publique, ce n’est pas toujours, pas assez, pas encore complètement, être reconnu comme une femme, un homme, doué-e de désirs et d’attentes vis-à-vis de sa vie à venir. C’est véritablement être neutralisé.

L’accompagnement à la vie affective et sexuelle qui prend d’ores et déjà de multiples formes vise à corriger cet état de fait en recueillant les demandes des personnes en situation de handicap et en leur apportant une ou des réponses. Ces demandes et ces réponses, on le sait mais on ne le dit pas assez haut, sont multiples. Elles vont de l’éducation relationnelle et sexuelle à l’accompagnement proprement dit de la sexualité lorsque les personnes ne peuvent pas atteindre leur propre corps ou celui de leur partenaire. Cet accompagnement toujours global ne peut se réduire ni être réduit à une succession d’actes sexuels. Il engage deux êtres qui doivent pouvoir se rencontrer sans confusion des rôles et des places. Et il ne peut pas être prodigué gratuitement puisqu’il exige la sélection, la formation, le suivi et la responsabilité des accompagnants. Prendre sérieusement en compte la question de l’échange d’argent entre un professionnel de l’accompagnement affectif et sexuel et une personne souhaitant bénéficier d’un accompagnement demande à être élaboré collectivement, c’est-à-dire socialement, et politiquement.

Sans vouloir se substituer à la démarche sociale et politique qui doit aboutir à une compréhension partagée de ce que pourrait être l’accompagnement à la sexualité et à la vie affective d’hommes et de femmes en situation de handicap (et donc faire advenir un réel nouveau), que penser de l’échange d’argent qui lui serait associé ? S’il ne s’agit ni de prostitution, ni de thérapie ni de développement personnel, de quoi cet échange est-il le signe ? Il signale que se constitue en ce lieu précis un espace d’intimité et une distance sans équivalents. L’espace d’intimité est à la fois matériel et temporel : lui seul permet aux deux personnes de construire une relation et la possibilité de négociations. L’échange d’argent doit garantir la distance de positions asymétriques et destinées à  le rester : mettre à distance la confusion des affects ; dessiner un lieu psychique dans lequel la personne en situation de handicap et l’accompagnant vont créer une réalité unique et adaptée à un projet et à un processus d’autonomie. La force des affects éprouvés ne sera pas neutralisée par l’échange d’argent puisque que cette force se veut apprentissage de soi et de la relation à l’autre. L’échange d’argent réglé doit idéalement définir un processus personnel, psychique et physique, temporaire et protégé, pour la personne en situation de handicap comme pour l’accompagnant. Une grande partie de la protection réelle établie dans l’accompagnement tiendra à la fiabilité des accompagnants, au rôle de tiers des services et au maintien rigoureux de cette asymétrie qui évitera de confondre cet accompagnement avec le projet d’une vie sexuelle et affective féconde avec un(e) partenaire choisi(e). Ce processus pour être fructueux doit inscrire l’échange d’argent dans le cadre plus large d’institutions garantes de la formation et de la déontologie des acteurs ainsi que de l’éthique de leurs pratiques relationnelles et éducatives, sans intrusion. Dans ce sens, l’accompagnement à la vie affective et sexuelle des personnes en situation de handicap diffèrera radicalement des relations tarifées de la prostitution.

 

S’il y a une injustice dans l’accompagnement à la vie sexuelle et affective des personnes en situation de handicap, une fois déterminé que les accompagnants sont des hommes et des femmes volontaires et formés, c’est qu’il y ait un prix financier et social à payer pour une expérience et un apprentissage de soi et de l’autre que la plupart des hommes et des femmes valides construisent dans les tâtonnements mais sans l’aide de tiers formés.


Edito du 2 Mai 2014

Par Véronique Wilhelm

Membre du Conseil d'Administration de l'APPAS

Monitrice éducatrice/Intervenante en expression corporelle

 

Lorsque j’ai rencontré Marcel pour la première fois j’étais en formation Monitrice Educatrice. Ce jour-là, Marcel intervenait dans notre formation pour parler de la sexualité des personnes en situation de Handicap.

J’ai alors remarqué avec étonnement qu’un bon nombre d’étudiants n’étaient pas du tout à l’aise avec le sujet. Je me suis interrogée sur la raison de ce mal-être. Est-ce dû à leur âge ? A leurs propres difficultés par rapport à la sexualité ? A des différences de culture ? Ou est-ce un problème de société ?

Parler de sexualité en général est déjà un tabou pour de nombreuses personnes mais oser mettre en avant la sexualité des personnes en situation de handicap est pour certains déplacé, voire impensable.

Le rapport au corps est quelque chose qui heurte, qui dérange, qui met mal à l’aise. Nous préférons en formation parler de distance éducative plutôt que de relation éducative. La relation, le contact avec l’autre «  sans parler de sexualité » réveillent des peurs. La peur de soi ou la peur de l’autre ?

L’autre est-il un risque ? Le risque de dévoiler une partie de soi, d’être en contact avec ses propres souffrances et ses propres difficultés. Pour ma part, la distance éducative empêche la relation, elle est le refuge et la tanière d’un certain nombre d’éducateurs.

Sortir de sa tanière n’est pas facile, pour cela nous avons besoin de nous connaître, d’avoir réglé notre passé, d’avoir un bon rapport avec notre corps et de posséder une bonne estime de soi.

Ceci demande évidemment un travail sur soi, c’est un chemin qui peut parfois se révéler tortueux et semé d’embuches. Toutefois, le jeu en vaut la chandelle, car il s’agit du chemin de notre cœur, de notre âme. Notre corps devient alors le temple qui nous permet de contacter la confiance et la paix intérieure.

Il est possible de travailler dans la relation d’aide en ayant soi-même besoin d’aide. Le tout, c’est d’en avoir conscience. Dans le cas contraire, cela peut engendrer des dégâts chez le soignant comme chez le soigné, chez l’aidant comme chez l’aidé, chez l’éducateur comme chez l’éduqué.

Accepter la sexualité des personnes en situation de handicap, suppose déjà d’accepter sa propre sexualité, connaître son identité sexuelle, reconnaitre son corps et entretenir un bon rapport à soi. Cela veut dire s’aimer et se laisser aimer, s’ouvrir à soi et à l’autre, avoir confiance en soi pour aboutir à l’affirmation de son être.

Les mentalités et les cœurs doivent encore évoluer. La sexualité reste encore un sujet délicat et dans certaines institutions un simple massage des pieds peut être sujet à polémique. Des réflexions comme, je cite, « Tu les masses ou tu les masturbes ?», « Cela ne te dégoûte pas de les toucher ?», démontrent qu’il faut réagir et agir.

Un jour, un jeune adolescent lourdement handicapé a été surpris par des professionnels en train de se masturber. Les hurlements, les réprimandes d’une encadrante ont terrorisé le jeune homme. Pour toute réponse, l’adolescent a été humilié et rabaissé. Etait-ce la réponse adéquate ???

L’âge, la culture, la société peuvent avoir une incidence mais j’ai observé que les personnes ayant ce type de réactions ont souvent des difficultés relationnelles ou des problèmes existentiels.

 

Nous devons intervenir au cœur même des institutions et aussi au cœur de chaque être. La communication, la formation, les échanges sont primordiaux. Toutes les personnes en situation de handicap n’éprouvent pas le besoin d‘avoir un accompagnement sexuel mais pour celles qui le souhaitent et qui souffrent, nous devons agir !