Mai 2015

Commençons par rappeler que l’accompagnement sexuel ne peut être réduit à un acte prostitutionnel : que fait-on de l’accompagnement des couples en situation de handicap physique qui ne peuvent avoir de rapport sexuel sans une aide adaptée ? Que fait-on de l’accompagnement des personnes déficientes intellectuelles et psychiques, un accompagnement essentiellement éducatif ? Que fait-on des personnes qui n’ont pas le tempérament de certaines personnes très autonomes psychiquement, ayant conquis de l’assurance, de la confiance en leurs capacités de séduction.

L’inquiétude de plusieurs opposants semble porter sur ce que représenterait symboliquement, pour une société, un service d’accompagnement sexuel de type prostitutionnel qui ne serait destiné qu’aux personnes « handicapées ».

Acceptons d’envisager ce service sous l’angle d’un acte prostitutionnel, ce qu’il est actuellement aux yeux de la loi, il faut rappeler que la prostitution et les services sexuels ne sont interdits à personne en France (seul le proxénétisme l’est). Parlons donc d’un service sexuel adapté qui tient compte des difficultés rencontrées par certaines personnes « handicapées » (et non par toutes, fort heureusement !), notamment celles qui n’ont pas accès à la masturbation, ou plus généralement qui n’ont pas accès à leur corps comme réservoir pulsionnel. Cela n’empêche pas les rencontres, amoureuses ou seulement sexuelles, mais doit à terme au contraire permettre de les favoriser.

En effet, l’objectif de l’accompagnement sexuel pour de telles personnes est de pouvoir s’en passer. C’est une des différences importantes avec une démarche de prostitution qui souvent vise à fidéliser un client. Il s’agit ici d’aider une personne à prendre confiance, à se renarcissiser, sans qu’il y ait confusion entre ce qui relève de la sexualité et ce qui relève des sentiments.

Il ne s’agit donc pas de proposer une prestation destinée aux personnes « handicapées » qui doive se substituer aux relations affectives et sexuelles dans la durée. Nous le comprenons comme un moyen d’amorcer un changement de regard sur soi et un changement de regard des autres sur soi, y compris dans le domaine de la séduction.

Ainsi la médiatisation actuelle de la cause de l’APPAS est-elle propre à amener chacun à s’interroger sur la place de la sexualité dans sa propre vie, sur sa conception des normes rapportées au corps et à la séduction, afin de permettre à terme un changement de regard social.

Il s’agit pour l’APPAS de répondre à une situation actuelle de souffrance ressentie par de nombreuses personnes. Alors même que les retours de ceux qui y ont eu recours sont actuellement unanimement positifs, pourquoi s’opposer à cette pratique, si tant est qu’elle respecte ceux auxquels elle s’adresse et n’amène pas à la confusion entre sensualité et sentiments ? C’est en ce sens qu’une formation est importante, de même qu’est important le respect de la charte de l’APPAS.

La prise en compte de la parole des personnes « handicapées » exprimant une souffrance dans le champ affectif et sexuel permet leur reconnaissance, et il est possible de penser humainement l’autonomie et l’inclusion, y compris sous l’angle de la sexualité,  sans pour cela occulter le lien entre sexualité et sentiments, ou entre sexualité et sensation corporelle en général. En effet, la sexualité dont nous parlons désigne l’ensemble du plaisir que l’on rencontre par le corps, y compris dans la séduction, le regard, la caresse, le simple contact peau à peau… Elle ne se limite pas et ne doit pas se limiter à la sexualité génitale avec laquelle on confond généralement la sexualité.

L’accompagnement sexuel, si approprié qu’il soit, ne remplacera certainement pas d’autres dimensions de l’existence, nous souscrivons donc tout à fait à la conclusion que la sexualité ne peut être entendue comme un besoin spécifique hors de l’idée d’un accès à l’éducation, à la prévention, à l’intimité et à la liberté. Les actions de sensibilisation et de formation auprès des professionnels du secteur médico-social seraient précisément un moyen d’envisager cet « accès à l’éducation, à la prévention, à l’intimité et à la liberté » en milieu institutionnel. Elles doivent permettre à certaines personnes de découvrir leur corps comme désirant et désirable ; à d’autres de vivre leur lien amoureux et leur sexualité dans l’intimité la meilleure possible. L’importance de la sexualité ne doit pas être surévaluée sur le plan médical (on ne peut par exemple imposer à personne une prestation sexuelle, sous prétexte d’aide à la santé sexuelle), mais la sexualité des personnes « handicapées » ne doit pas être niée, elle possède le même rôle central que chez toute personne. Enfin, la sexualité reste de l’ordre du désir et ne saurait être réduite à un simple besoin, elle s’intègre dans l’ensemble d’une existence.

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