Septembre 2016

EN SEPTEMBRE, DU BOIS TU SORTIRAS

C’est la rentrée ! Pour certains, le terme d’une longue période estivale durant laquelle ils se seront ennuyés à mourir parce que pas un rond pour aller se changer les idées ailleurs, pour les autres l’excitation de reprendre le rythme qui les tient 11 mois sur 12 avec intérêt et allant, pour d’autres encore un ni chaud ni froid sans particularité, tout comme d’hab et c’est tout. La rentrée c’est surtout marquant lorsqu’on va en cours ou qu’on est parents d’enfants qui  y vont encore n’est-ce pas.

Il y a longtemps que je ne prépare plus ni cahiers ni ce qui les remplace aujourd’hui pour entamer la nouvelle année scolaire mais l’effervescence de cette période me prend forcément un peu dans son sillage, j’y retrouve d’anciennes sensations oubliées, en fait c’était plutôt cool ce temps là…

En ce qui concerne l’APPAS, Septembre apporte vent frais et recrues de bon augure. Nous nous réjouissons de l’arrivée de trois nouvelles personnes pour soutenir et développer ce qui est déjà en route. Trois femmes.

Et puis c’est aussi la mise en ligne de notre petit sondage destiné aux femmes.

Tiens encore des femmes. Pourquoi que des femmes alors ? Les mecs on se moque de leur avis ou quoi ?

Non non, pas exactement.  C’est simplement que les mecs ils sont partout, ils causent partout, on n’entend qu’eux et on ne voit qu’eux. Je pense aux lieux où les choses se décident évidemment, parce que dans bien d’autres endroits ce sont les femmes qu’on met en avant, ah ben oui, on le sait tous – mais là n’est pas le propos du jour.

Quand j’étais môme y’avait un blondinet célèbre qui nous hurlait dans les oreilles qu’il ne les trouvait plus  «Où sont les fâââmmes ?» qu’il serinait du matin au soir en affolant la jeunesse.  Planquées ?  En voie d’extinction ? Hachées menu puis offertes en gratins ?  Séquestrées dans les caves ? Ou, peut-être, en train de se faire la malle, se dire qu’elles pouvaient vivre autrement qu’avec des sourires plein de larmes et tout son bazar neuneu à Lui.

Alors que pourrait-on lui répondre 40 ans plus tard au blondinet ?

C’était pas la peine de flipper mon pote finalement, tu vois bien qu’elles sont toujours là, les femmes,  où on les attend, où on les assigne, en plus.

Oui je sais on me dira que les choses ont bien évolué depuis ….  Heu justement depuis…  La Renaissance peut-être ?  La Révolution Française ? Simone De Beauvoir ? Le vote et le compte chèque sans l’aval du mari ?  La loi Veil ?

Certes on n’en est plus à faire griller le mammouth comme Lucy, on nous offre des micro-ondes et on peut même se rebeller sans risquer les ecchymoses d’un mégalithe projeté sur la tronche (quoi que…).  Mais passons-nous d’inventaire dans un sens comme dans l’autre et admettons que oui, notre condition a quitté ses stigmates antédiluviens.  Reste que ce qu’on voit, nous, à travers le prisme de l’asso, c’est que l’accompagnement sexuel ne concerne a priori que les hommes. 3% de demandes provenant de femmes si c’est pas une portion qui confine au symbolique alors qu’est-ce que c’est….     Pourtant elles sont bien quelque part ces femmes qui, tout autant que les hommes, aimeraient qu’on touche leur corps, qu’on leur offre des sensations qu’elles n’ont, pour certaines, jamais éprouvées, qu’on s’occupe un peu d’elles juste pour  le plaisir, LE-PLAI-SIR, même si c’est contre quelques billets.

Quelles indications le sondage cité plus haut pourra t-il nous apporter que nous ne connaissions déjà ?…    Il est important d’y répondre individuellement puisque nous traitons les demandes au cas par cas et que de ce point de vue chaque femme exprime quelque chose de singulier, mais la collection des réponses n’élucidera hélas aucun mystère. Pour l’heure, la piqûre de rappel la voici : 3% de demandes 3% seulement. Que ceux qui n’y voient aucun symptôme de dysfonctionnement lèvent la main….

Dans le contexte du Handicap comme dans l’ordinaire de la vie de ceux qui ne souffrent d’aucune restriction d’autonomie, les rôles, les imaginaires, les clichés sont peu mobiles et sans surprise.   Que reste t-il, dans le champ de la Sexualité et du Handicap, des années soixante dix, emblématiques pour bon nombre de choses liées aux mœurs, aux idées dites progressistes ?

La manière d’être en couple a quelque peu changé, celle d’être parents aussi, et LE progrès majeur demeure évidemment la maîtrise de la fécondité (quoi que les dernières statistiques témoignent d’un inquiétant retour en arrière en la matière).   Mais pour ce qui est de la Sexualité, la division des rôles, les projections collectives, les représentations esthétiques et artistiques demeurent tenaces.  L’accès à la pornographie sous ses formes les plus diffusées (faite par des mecs pour des mecs) nous montre en effet que les femmes ont réapparu (coucou Blondinet on est là !) et en nombre même, mais un peu toutes pareilles, toutes au service de la jouissance de l’homme et de la bonne marche des affaires sociales.  Youpi.

La situation de handicap induit souffrances et frustrations pour de nombreux hommes, en tant qu’accompagnante je le vérifie au plus concret et sensible, pas question de le nier ni de le traiter par le mépris ;  mais n’est-ce pas pire encore pour les femmes ?  Comment notamment  interpréter qu’elles nous fassent parvenir si peu de demandes sauf à réaliser une fois de plus que ce qui relève de l’expression sexuelle de base est encore le terrain privilégié des hommes. Parallèlement, beaucoup de gens n’admettent même pas l’idée d’un accompagnement pour les hommes, je sais, mais l’ont-ils seulement envisagé pour les femmes ?

La sexualité est de plus en plus libre, dit-on.  Ah ?… Voyons laquelle et comment : hétérosexuelle, entre personnes valides, au sein de pratiques pas trop limites.   Libre alors ? Mais à ce qualificatif grandiloquent qui entretient son lot d’illusions à la petite semaine je préfère autorisée. Elle n’est autorisée donc, que dans les territoires que la morale, la reproduction de l’espèce, les normes esthétiques de l’époque nous concèdent.   Et dans tous les cas cela ne s’applique pas aux personnes handicapées en perte d’autonomie, ou incapables d’exprimer leurs désirs par la parole par exemple, car elles, il semble avoir été décidé une fois pour toutes que leur univers se limitait à la nécessité. Boire, manger, dormir, évacuer + quelques distractions d’ordre divers maintenant le minimum d’équilibre psychique afin de ne pas pourrir outre mesure la tranquillité de la collectivité, mais qu’on se rassure, point d’amusements  mettant  explicitement en scène le sexuel.

Hommes et femmes n’ont peut-être pas la même sexualité mais tous sont fabriqués pour en avoir une. Entre parenthèses je crois aussi que l’on peut tranquillement et joyeusement décider de vivre une partie de son existence sans activité sexuelle (idée aujourd’hui  incompréhensible et inimaginable à bien des esprits, que j’ai à cœur de défendre autant que celle de l’accompagnement sexuel) mais depuis ma place d’accompagnante cette parenthèse ne s’exprime évidemment qu’entre moi et moi.  Alors disons que chacun étant fabriqué pour l’activité sexuelle il est juste qu’à certains moments elle s’exprime et qu’il ne soit pas incommensurable de trouver moyen d’y satisfaire. Ce  qu’à l’exception des tabous contemporains (inceste, scato, nécro, zoo et pédophilie) on admet – voire on encourage –  pour tout le monde.

Cependant, sans jouer la ronchon de service il me semble que les femmes, elles, ont toujours un chemin supplémentaire à parcourir pour obtenir le même morceau de sucre ; c’est pénible à force.  Et pour les femmes handicapées un chemin encore moins facile. Parsemé d’embûches, d’ornières et de bouillasse.  On les aide à traverser, à monter dans les bus, à saisir les marchandises hors de portée dans les magasins, à faire du sport, à aménager leur appartement, on est bien serviables. Mais est-ce qu’on les aide à coucher ? (ah si pardon, on les aide à se coucher, et c’est pas qu’une mauvaise vanne)

A qui osent-elles parler d’emblée de leur désir d’avoir une relation sexuelle comme certaines femmes le balancent entre la poire et le fromage dès le premier dîner ? « J’ai envie de coucher avec toi » qu’elles disent l’œil pétillant sans autre crainte que la réception d’un simple « Ben pas moi… » (ce qui avouons-le est assez rare tant les hommes sont peu contrariants sur le sujet)    Qui devancera la question avec aisance et à propos ?  Quel homme face à une femme handicapée ne s’orientera pas systématiquement vers une relation où le corps n’aura pas à intervenir ?    Pour telle femme hétérosexuelle affichée combien d’hommes de passage imagineront en sa compagnie qu’ils pourraient,  comme dans le tout venant de beaucoup de rencontres, terminer la soirée au lit dans une partie de baise enflammée ?  Que s’imagineraient-ils pourvoir faire près d’un corps qui ne s’accorde pas, se persuadent-ils, à leur routine gestuelle ? Oseraient-ils seulement aborder la question ?  Se dire que ce qu’ils ont coutume de faire n’est certes peut-être pas possible mais que d’autres positions, d’autres attitudes le sont ?  Que des caresses, de la tendresse et de la douceur feraient bien mieux l’affaire que les séances de gymnastique auxquelles ils s’adonnent généralement. Penseraient-ils, ces hommes, qu’il n’y a pas que leur façon de baiser à eux qui vaille et qui donne du plaisir ?  (les viriles ambitions d’acrobatie ont la vie dure)

Les femmes en situation de handicap cumuleraient donc le handicap lui-même et le fait d’être femme, un handicap ajouté façon deux pour le prix d’un vous voyez.   Parce que si on y réfléchit sérieusement, 3%  de demandes c’est à peine croyable, tellement loin de ce qu’on sait de la réalité des besoins et des désirs humains !….

On ne peut hélas rien DÉCRÉTER en la matière.   Une certaine réflexion politique finira, je l’espère, par faire avancer la question de l’Accompagnement Sexuel en France, faut juste pas être pressé.

Pour ce qui est de la façon dont on se représente la sexualité des femmes handicapées en revanche il faudra aussi que bougent les relations hommes/femmes en général et  ce qu’on projette sur leur sexualité en particulier.  On avance on avance comme disait l’autre, oui, mais à allure de limace.

En attendant, il y a des accompagnant(e)s qui ne demanderaient pas mieux que de passer quelques heures avec une femme, si elles se manifestaient.

ALLEZ LES CHERCHER !!

Vous qui connaissez à la fois notre asso et des femmes handicapées timides, peu sûres d’elles, pas aidées par leur environnement direct, dites leur qu’on peut probablement quelque chose pour les réconcilier avec cette part endormie de leur corps, qu’elles n’ont pas à y renoncer avant d’avoir tenté.

Je suis une fille je sais de quoi il retourne,  le marché de la séduction revêt bien plus souvent les aspects d’une foire au jambon que ceux d’un boudoir du XVIIIe siècle, on fait dans le graveleux, le manque de subtilité, la satisfaction immédiate, on jauge au premier regard, on scanne, on soupèse, on valide ou on rejette.  Impossible de ne pas se sentir a priori hors jeu quand, en plus de ne pas correspondre aux critères du moment (qui valsent eux aussi régulièrement), on est en  situation de handicap visible.

La bonne nouvelle c’est que, tout de même, on n’est pas tous bâtis sur le même moule. Des gens dont le cerveau, le cœur et le sexe réagissent aussi à d’autres stimuli existent, on en connaît, on aimerait que vous, les femmes qui vous sentez hors course, puissiez profiter de leur sensibilité sincère, de leur chaleur, de leur disponibilité.

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