Août 2015

Par José PAGERIE

« Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen » Emmanuel KANT.

Au cœur de l’été, les corps dénudés s’abritent sous les parasols et, d’ombre en ombre, les regards s’affolent. Chacun, chacune, se cherche dans l’autre, les bronzages se copient, les fantasmes s’épient, les silhouettes courent, dansent, exultent et se juxtaposent. Au cœur de l’été les plages se noircissent de chairs brûlées, la moindre peau claire tout comme l’improbable corps tordu, déformé ou incomplet ferait tâche et incongruité dans cette morne étendue de la norme. Au cœur de l’été, les maillots habillent si peu la différence…

C’est au cœur de l’été que les corps et les désirs se rapprochent le plus mais c’est au cœur de l’été que certaines présences, certains corps jugés trop différents sont éloignés, rejetés, exclus même parfois.

L’été c’est la période des vacances ; vacance cet état de vide, de l’inoccupé et si nous le remplissions d’humanité ? Et si cette plage prenait d’autres couleurs que ce bronze sorti des tubes de crème solaire couvrant des solitudes austères pour se parer de toutes les couleurs de la singularité ? Pour cela, il suffit peut-être juste de relever les lunettes qui nous cachent le soleil du sourire des autres, d’écouter ces cigales humaines nous chanter l’amour et la tendresse qu’elles souhaitent tant partager. Et si, là, au beau milieu de l’été, nous y mettions notre cœur ?

Voilà à peu près neuf mois que j’ai rejoint l’APPAS, voilà neuf mois que j’accompagne de très loin et trop peu, le beau chemin déjà parcouru… Mais de mon Nord, du toit de l’hexagone j’observe tout ce que notre association a pu déjà faire bouger dans les regards et les mots. Mais, ce chemin qu’à ouvert mon ami Marcel NUSS avec tous ses fidèles compagnons est loin d’être terminé… La question simple et assourdissante des personnes en situation de handicap que rappelait Pascal DREYER dans son édito du mois de juin : « Faisons-nous partie, oui ou non, de l’humanité ? » reste entière. Je rédige cet édito avant de partir en congés, dans quelques heures le directeur que je suis va s’absenter de ce petit monde où l’altérité est la règle, où l’incongru est le bienvenue. Une femme et un homme se préparent, pour la première fois, à partir ensemble en vacances, tout est prévu, un grand lit les attend et un accompagnant venu de l’extérieur, un ami qu’il faudra découvrir, sera là, présent, tout proche pour tout ce que la déficience intellectuelle les empêche de réaliser seuls et bien assez loin pour ce que l’humanité et l’amour les invitent à vivre. Un homme va partir dimanche, pour 4 semaines ! Mais, promis, j’écris ici, sur ce cahier qu’il me tend, le mot vacances et sur mon agenda, peu après son retour, le mot PARIS pour l’accompagner jusqu’à cette dame de petite vertu et de grande humanité qui depuis maintenant 15 ans lui ouvre ses bras et sa tendresse.

Marcel, ton chemin est encore long mais c’est le seul possible, puisse-t-il un jour nous mener à une plage où je pourrais débuter ainsi un prochain édito.

Au cœur de l’été, les corps dénudés s’invitent sous les parasols et, de l’ombre à la lumière, les regards se cajolent. Chacun, chacune, trouvant l’autre, les couleurs singulières se multiplient, les fantasmes se charrient, les silhouettes courent, dansent, exultent et se métamorphosent.

Oui Marcel, avec toi et tous ceux qui font l’APPAS aujourd’hui et ceux qui le feront demain, invitons chacun des lecteurs pour cet été et tous les autres qui vont suivre, à faire le chemin de cette plage. J’invite chacun à rejoindre, maintenant que vous la connaissez, cette plage même pour y débattre comme le rappelait François VIALLA dans le précédent édito ; j’ajouterai juste en reprenant les 4 premiers vers de la chanson écrite par Jean Naty-Boyer :

Vous connaissez le chemin de la plage

Et pourquoi, et pourquoi n’y allez vous donc pas ?

Avez-vous peur que le vent de la mer

Vous propose un voyage que vous ne ferez pas ?

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