Décembre 2015

Par Laétitia REBORD

A Charly Valenza, militant parti trop tôt…

Cela fait longtemps que je plaide pour la reconnaissance de l’accompagnement sexuel et sensuel des personnes en situation de handicap et pourtant, j’ai sauté le pas il y a seulement 4 mois. Ayant immédiatement ressenti les bienfaits, j’ai décidé de partager mon expérience avec vous car il n’y a rien de plus parlant pour argumenter sur l’utilité et le bien-fondé de l’existence de notre association.

Pourquoi attendre si longtemps avant d’avoir recours à une pratique pour laquelle je me battais aux côtés d’autres personnes pour son développement en France ? C’est une question que l’on me posait très souvent.

J’avais tout simplement besoin de temps pour être au clair avec ce que je souhaitais vraiment et surtout pour acquérir suffisamment de maturité afin d’affronter le risque éventuel d’attachement lorsqu’une vie affective et sexuelle manque si cruellement. Je ne regrette pas de m’être laissé plusieurs années de réflexion car elles m’ont permises d’être pleinement ouverte et prête à l’expérience et de ne pas en tirer plus de souffrances que de bénéfices. Par ailleurs, ce n’est pas par ce que je voulais faire appel à un accompagnement sexuel que j’allais me résigner à solliciter le premier disponible. J’assumais mon besoin de trouver quelqu’un de relativement jeune et pour lequel j’avais une attirance physique, entre autres. Je tenais également à ce qu’il soit formé par notre association.

Tous ces critères réunis et mon esprit apaisé de toutes mes peurs insurmontables, j’ai contacté Alexis*, escort dans ma région depuis plusieurs années et qui a suivi l’une de nos formations à l’accompagnement sexuel. Après avoir échangé quelques mails, nous nous sommes rencontrés et avons discuté de vive voix pendant 2 heures pour apprendre un minimum à nous connaître, vérifier ce que j’appelle la compatibilité et échanger sur ce que je recherchais et ce qu’il pouvait me proposer. Nous sommes repartis de cet entretien, soulagé l’un comme l’autre, de voir que le courant était passé. Nous étions tous les deux novices en la matière car c’était ma première demande d’accompagnement sexuel et j’étais la première personne aussi dépendante physiquement à qui il allait proposer ses services d’accompagnant formé.

Nous avons convenu d’un rendez-vous un mois plus tard à mon domicile. Nous nous étions mis d’accord sur le déroulement de la séance. Je voulais d’abord découvrir mon corps plaisir par des massages sensuels, nue devant un homme, qui pour une fois n’était pas là pour mes soins. Ayant connu depuis tellement longtemps le toucher fonctionnel par des mains de professionnels, j’avais l’angoisse que mon corps, ou plutôt mon cerveau, ne fasse pas la différence avec un toucher plaisir, que n’ayant jamais appris à découvrir ses sensations, il reste endormi à toute sollicitation. Je fus bien soulagée de m’apercevoir immédiatement que j’avais cérébralement saisi la différence et que mon conscient s’était alors ouvert à la découverte de cette pulsion de vie. Alexis* est reparti presque trop vite à mon goût mais revint deux mois plus tard. La première séance m’avait permis de définir ce que je voulais plus précisément. Je ne raconterai pas en détail le déroulement de la deuxième séance mais je peux parler du fait que j’avais exprimé le besoin de connaître le corps d’un homme par le toucher, le mien, avec mes propres mains, accompagnées dans leur mouvement, et l’envie de connaître le contact corps à corps. Grâce au professionnalisme de mon accompagnant et grâce à ma préparation préalable, j’ai réussi à m’attacher et à me détacher sans souffrir, ce dont j’avais le plus peur. La distance instaurée par le contrat financier est également un point de repère, même si je suis consciente que cela ne fait pas tout. Mon seul regret est de ne pas avoir provoqué le désir sexuel chez lui, même si je comprends tout à fait que cela est difficile à commander.

Aujourd’hui, je suis beaucoup plus épanouie, tout le monde me le dit. J’ai davantage confiance en moi et cela s’est immédiatement ressenti dans ma relation avec les inconnus. Le dialogue semble beaucoup plus facile car je crois avoir commencé à intégrer que je pouvais plaire, corps et âme réunis, même avec mon handicap. J’ai compris aussi que mon image ne provoquait pas le dégoût et que je pouvais être désirable. C’est exactement ce que je cherchais avec l’accompagnement sexuel. Ma vie affective ne pouvait évidemment pas être remplie avec deux séances mais j’ai plus avancée en quelques mois grâce à cette expérience qu’en une dizaine d’années à réfléchir dans mon coin et à attendre désespérément que mes blocages se désamorcent pour créer du lien social.

Je terminerai en vous disant que comme par hasard, j’ai fait une rencontre relativement peu de temps après avoir eu recours à l’accompagnement sexuel. J’ai beaucoup moins d’appréhension et j’accueille plus facilement l’inconnu pour avancer. Peu importe où cela me mènera, je sais que j’entame une nouvelle vie en termes d’expérience affective et sexuelle, avec comme tout le monde des hauts et des bas, des souffrances et des joies, des moments de doute et de bonheur. En bref, je vis à fond le risque et la beauté de l’existence en pleine conscience de ma corporéité, l’un des plus beaux cadeaux de Noël que l’on ait pu m’offrir.

Joyeuses fêtes de fin d’année à tous.

*Le prénom a été changé par respect de l’anonymat

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